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«La connivence des néoféministes avec l’islamisme me répugne»

Elles sont féministes. Pourtant, rien ne les horripile plus que… les féministes. Meet Peggy Sastre, Eugénie Bastié, Isabelle Marlier et Nouhad Fathi.

De gauche à droite, Eugénie Bastié, Nouhad Fathi, Peggy Sastre et Isabelle Marlier.
De gauche à droite, Eugénie Bastié, Nouhad Fathi, Peggy Sastre et Isabelle Marlier.
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Elles sont féministes. Pourtant, rien ne les horripile plus que… les féministes. Auteur et docteur en philosophie des sciences, la Française Peggy Sastre a coécrit la Tribune des Cent, qui critiquait la victimisation générale véhiculée par le mouvement #metoo.

Eugénie Bastié, auteure et journaliste au «Figaro», revendique un «féminisme conservateur» et des valeurs chrétiennes.

Isabelle Marlier, auteure et anthropologue belge, a longtemps partagé les thèses des «néoféministes», avant de les réfuter.

Nouhad Fathi, journaliste marocaine installée depuis peu dans la campagne bernoise, ne comprend pas les féministes intersectionnelles, qu’elle accuse de soutenir l’islamisme, notamment sur la question du voile.

Bien que différentes dans leur sensibilité féministe, les quatre femmes se rejoignent sur certains points.

1. La focalisation sur le «mâle blanc hétérosexuel», pour reprendre les termes d’Eugénie Bastié. Pour Nouhad Fathi, l’urgence est effectivement ailleurs que dans le sexisme véhiculé par le manspreading, le mansplaining, ou encore les couleurs roses et bleues des jouets pour enfants. «Ces féministes sont à court de combats. Je ne les entends pas dénoncer les femmes mutilées ou lapidées après avoir osé enlever leur voile en public dans les pays arabes. En revanche, elles font une glorification du voile qui est présenté comme un choix. Cette connivence avec l’islamisme me répugne. Je peux comprendre qu’une femme dont cette oppression est l’unique réalité puisse céder à la pression, mais qu’une féministe occidentale biberonnée à l’égalité y voie une liberté individuelle à défendre me dégoûte, ça pue le privilège et l’ignorance. Privilège parce que celles qui le défendent n’ont jamais vécu dans un endroit où il est interdit de l’enlever. Ignorance parce qu’elles ne savent pas que la propagation du voile est un phénomène relativement récent qui a accompagné l’expansion de l’islam politique.»

Peggy Sastre relève, quant à elle, qu’il y a une incohérence à parler de «culture du viol» dans les pays occidentaux, où le viol est sévèrement puni par la loi, et à «se taire ou même à s’opposer à l’abolition de l’excision, du viol ou des mariages forcés dans d’autres pays», par peur d’être jugé colonialiste.

2. Le manque de rigueur intellectuelle.«Il y a dix ans, j’adhérais à fond à ces thèses de patriarcat systémique, de continuum de violence, de culture du viol, etc., raconte Isabelle Marlier. Je traversais des difficultés d’ordre affectif, et je lisais toutes mes interactions avec les hommes à travers le biais néoféministe. Au lieu d’aller mieux, je suis devenue parano. J’avais développé une mentalité d’assiégée. La désillusion est venue lorsque j’ai rendu une étude sur le plafond de verre. On m’a convoquée pour que j’explique ma méthodologie. En effet, je n’avais tenu compte que des témoignages qui validaient mon postulat de base, soit qu’il existait un dispositif antifemmes. L’humiliation de m’être prise en défaut de rigueur intellectuelle m’a permis de remettre en question mes convictions féministes au fur et à mesure. Et ces dernières se révélaient tout aussi biaisées que mon étude.»

3. La négation de la biologie. Peggy Sastre dénonce «le créationnisme mental des néoféministes». Elle regrette que «la biologie, notamment ce que l’on sait sur l’organisation sociale des primates», soit écartée et qu’une «importance démesurée» soit accordée à la construction sociale des genres.

Eugénie Bastié s’inquiète de «l’indifférenciation des sexes fondé sur l’expérience de la minorité transsexuelle». Nier le corps des femmes reviendrait à «s’empêcher d’apporter des réponses appropriées aux problèmes spécifiques des femmes. C’est pour cette raison aussi que je suis pour un congé paternité différé, que le père pourrait prendre plus tard, par exemple à l’adolescence, où sa présence peut se révéler plus utile que pendant les premiers mois où le nourrisson a davantage besoin de sa mère. Prétendre que les rôles du père et de la mère sont parfaitement interchangeables est idiot.»

4. L’injonction de sororité, qui veut qu’une femme a forcément plus à voir avec n’importe quelle autre femme qu’avec un homme, fût-il son compagnon. «La rivalité et l’animosité existent aussi entre les femmes», souligne Isabelle Marlier. Nouhad Fathi, qui a travaillé dans plusieurs rédactions au Maroc (dont Tel quel), se souvient aussi de «femmes dont le discours très féministe s’est arrêté dès qu’elles ont obtenu le poste de dirigeante convoité. Préférant régner sans partage comme des Queen Bee (littéralement «reine des abeilles»), elles ne commandaient que des hommes plutôt que de favoriser l’engagement d’autres femmes.»

5. La victimisation et l’esprit de revanche. «Faire croire aux femmes qu’elles vivent dans une oppression permanente revient à les associer à des chiffes molles incapables de se défendre. C’est infantilisant», martèle Isabelle Marlier. «Ce révisionnisme pleurnichard et revanchard n’a cure de l’égalité. Vouloir faire payer des siècles d’oppression fantasmée aux hommes d’aujourd’hui est injuste et dangereux.» Peggy Sastre se souvient que, lors d’un débat, une féministe l’avait accusée de «jeter sa résilience personnelle au visage» des autres femmes: «Je n’ai toujours pas compris en quoi c’est mal», s’amuse-t-elle.

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