Une comédienne genevoise raconte «son» Théâtre du Soleil

LivreRosine Rochette a travaillé entre autres avec Ariane Mnouchkine. Elle dit tout dans "Scènes de vie & Vie sur scène".

Pour illustrer son livre, Rosine Rochette a choisi cette photo d’elle (à droite) face à face avec Ariane Mnouchkine, prise par Martine Franck pour Magnum en 1971, sur le plateau de «1789».

Pour illustrer son livre, Rosine Rochette a choisi cette photo d’elle (à droite) face à face avec Ariane Mnouchkine, prise par Martine Franck pour Magnum en 1971, sur le plateau de «1789». Image: EDITIONS L'HARMATTAN

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Les connaisseurs de l’œuvre du cinéaste genevois Claude Goretta l’ont vue dans «L’invitation», le film lauréat du Prix du jury du Festival de Cannes en 1973. Rosine Rochette y joue une secrétaire vite éméchée, aux côtés de Jean-Luc Bideau, Michel Robin, François Simon et Corinne Coderey.

Ce passage réussi devant la caméra prend place au milieu d’une carrière essentiellement vouée au théâtre; une «Vie sur scène», comme l’indique le titre de l’autobiographie de la comédienne qui vient de paraître. Aujourd’hui âgée de 83 ans, Rosine Rochette dit tout – absolument tout – sur sa vie professionnelle et sa vie privée, dans ce livre qui s’appelle aussi «Scènes de vie».

Née en 1936 dans une famille genevoise protestante aux attaches patriciennes, Rosine n’est en rien une enfant de la balle. Mais très jeune déjà, elle a le goût du théâtre et peu d’aptitudes pour le respect des conventions. Son récit très vivant et souvent drôle de ses années de jeunesse témoigne de l’emprise d’une mère terrifiée par l’éclat et les éclats de sa fille, trop belle et trop artiste.

«Elle a désapprouvé mon choix de vie au point de ne jamais venir me voir jouer au théâtre. Seul mon père s’y est risqué, mais lui non plus n’était pas pour», se souvient-elle. Cette réprobation familiale l’a durablement marquée. Un poids qu’elle appelle «ma tare, mon obsession, ma phobie ou ma bête». Une sorte de folie qui s’emparait d’elle et la paralysait. «Ma bête avait plusieurs visages. C’était ma mère, mon père, mes frères, la Suisse, la mère de ma mère…» Le seul antidote était la scène.

Heureusement pour Rosine, le théâtre lui ouvre toutes grandes ses portes. Après avoir décroché sa «matu» à Genève, la jeune fille n’a plus qu’une idée en tête, s’inscrire au Conservatoire de Paris. Jean Piat, qui est en séjour au bord du lac chez des amis des Rochette, accepte d’entendre Rosine lui jouer les textes qu’elle a préparés pour Paris. Elle ignore que ses parents ont demandé à l’acteur de décourager leur fille. Il s’y emploie sans conviction, puis la fait travailler Célimène du «Misanthrope» avec le plus grand sérieux. «Quelque chose qui ressemblait à une certitude s’est dressé en moi», se souvient la comédienne, confortée dans son projet professionnel.

À Paris, la petite Genevoise de 20 ans réussit les trois tours du concours d’entrée au Conservatoire. Au troisième, elle est admise à l’unanimité du jury avec Danièle Lebrun. Curieusement, l’étudiante souffre d’aller avec tant de succès à l’encontre de ce que ses parents voulaient pour elle. S’ajoute à cela la fatigue d’étudier le jour et de jouer le soir, car elle a été immédiatement engagée au Théâtre Hébertot. Elle craque et doit être remplacée par Stéphane Audran. Retour précipité à Genève, mariage dans son milieu «pour faire plaisir à ma mère», divorce, second mariage, deux enfants précèdent une tranche de vie éclairée par le soleil du théâtre du même nom.

«Ariane a fait une dépression quand je suis partie», affirme Rosine. «Elle va sûrement lire mon livre en cachette. Pourquoi en cachette? Parce qu’elle ne supporte pas qu’on la quitte. Philippe Caubère en sait quelque chose…»

Rosine Rochette a été engagée par Ariane Mnouchkine en 1967 au Théâtre du Soleil. Du «Songe d’une nuit d’été» à «1789», elle a participé à plusieurs spectacles de cette troupe. Dans son autobiographie, elle consacre de nombreuses pages à ces six années intenses au service d’une metteuse en scène géniale mais tyrannique. Jusqu’à ce jour de 1972 où elle dit «Je pars» à la troupe rassemblée dans la Cartoucherie de Vincennes pour une répétition de «1793». «Je n’en pouvais plus mais je sais ce que je dois à Ariane. Elle m’a permis de déconstruire ce que le Conservatoire avait fait de moi pour me donner accès à ma vraie nature.»

Les metteurs en scène qui la dirigeront par la suite ont pour nom Roger Planchon, Jacques Lassalle ou Jean-Pierre Vincent. Elle participe avec Claude Goretta au scénario de «La Provinciale», après une expérience de vie qui lui a inspiré un des rôles féminins du film. Tout cela est raconté sans fard et avec verve dans «Scènes de vie & Vie sur scène».

Depuis plusieurs années, la comédienne se consacre à une forme d’expression appelée «Clown-Gestalt», qui lui a permis de pousser plus loin le travail d’improvisation découvert au Théâtre du Soleil. Elle y trouve la plénitude artistique qu’elle a si longtemps cherchée.

«Scènes de vie & Vie sur scène» Rosine Rochette, 328 pages. L’Harmattan, editions-harmattan.fr

Créé: 24.09.2019, 18h01

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