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La Comédie sert de vitrine au «Temps»

Dix journalistes du quotidien ont entamé leur tournée romande hier. La codirectrice de la Comédie s’explique.

S. Chave (vidéo), S. Ruche (éco), Y. Pauchard (suisse), G. Carel (vidéo), A. Demidoff (culture), C. Héron (société), P. Simon (édition), G. Schönenberg (correction), A. Mani (assistant à la mise en espace) et Darius R. en special guest.
S. Chave (vidéo), S. Ruche (éco), Y. Pauchard (suisse), G. Carel (vidéo), A. Demidoff (culture), C. Héron (société), P. Simon (édition), G. Schönenberg (correction), A. Mani (assistant à la mise en espace) et Darius R. en special guest.

On appelle cela du «journalisme debout», et il est en passe de devenir un genre en soi, dans la foulée des conférences, procès et autres débats théâtralisés. Mercredi soir, dix volontaires de la rédaction du «Temps» ont tour à tour foulé les planches de la Comédie, devant une salle comble, avant d’aller sillonner le territoire de leur lectorat romand. Interpellé par la démarche, on interroge Natacha Koutchoumov, codirectrice avec Denis Maillefer d’une institution culturelle par ailleurs liée au quotidien par un partenariat média.

Comment ce projet est-il né?

«Le Temps», qui était monté sur la scène de l’Octogone de Pully et de la salle Pitoëff à l’occasion de son 20e anniversaire, l’an dernier, nous a fait part de son envie. Nous nous sommes renseignés sur le phénomène du «journalisme debout» et avons trouvé belle l’idée de nous ouvrir à un nouveau public par ce biais. Je tiens à préciser que nous n’avons aucunement participé au financement du spectacle – à la charge de sponsors – nous ne faisons que l’accueillir. Après avoir eu accès aux textes, nous avons aussi organisé deux sessions de travail afin d’entraîner les intervenants à la prise de parole en public, nous avons établi un déroulé et cadré la mise en lumière.

Quelles sont les règles du jeu?

Celles liées à l’exercice des «Live Magazines»: le respect d’un timing, la forme d’une histoire, l’implication physique d’un auteur. Sans réinventer la roue, j’ai posé quelques questions d’ordre théâtral. L’objectif était principalement de donner un corps à des personnes dont on lit la production écrite sans les connaître. La presse a besoin, je crois, qu’on incarne son travail – surtout face au développement des algorithmes! Inviter des artistes du mot a tout son sens dans un théâtre.

À votre connaissance, ce type de spectacle se pratique-t-il ailleurs?

Le phénomène a débuté dans les années 80 aux États-Unis sous la forme de conférences TED (ou «TED talks», pour Technology, Entertainment and Design), qui diffusent des prises de parole, des histoires de vie, des discours inspirants, dans un format qui reproduit le rubriquage d’un journal. Il s’est depuis répandu un peu partout.

Où poser les limites d’un partenariat entre un média et une institution culturelle?

Elles me paraissent aller de soi. La relation ne doit entraver la liberté ni de l’un ni de l’autre. Si les choses sont claires, ça ne risque pas. Nous n’avons rien censuré dans les textes, écrits dans la plus totale liberté rédactionnelle, et nous n’attendons pas du «Temps» qu’il se montre tendre envers notre programmation. Ses articles parlent d’eux-mêmes. Du reste, nous avons accueilli «Le Courrier» au printemps 2018 pour son 150e anniversaire. Et on n’est pas fermé du tout à l’idée de recevoir la «Tribune» un jour!

Auriez-vous accepté que votre sœur Lisbeth, journaliste au «Temps», intègre le projet?

Le journal a effectué la sélection des journalistes. Ma sœur, qui écrit sur la littérature, n’en faisait pas partie. Elle fait ce qu’elle souhaite et vit sa vie. Comme elle est une excellente plume doublée d’une formidable oratrice, j’espère qu’elle participera à un prochain opus, s’il se fait. Pour l’instant, je n’en sais franchement rien.

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Les règles de l’art…

Sollicitée par téléphone pour son avis autorisé, la juriste Valérie Humbert, par ailleurs présidente du conseil de fondation du Festival de la Cité, à Lausanne, estime qu’il y aurait, déontologiquement, l’apparence d’un éventuel conflit d’intérêts à ce qu’un théâtre mette à l’affiche un spectacle proposé par son partenaire presse. «La question est de savoir dans quelle mesure le projet a réellement convaincu les programmateurs. Ont-ils voulu éviter de se mettre à dos un grand quotidien romand, y compris ses rédacteurs culturels? Ont-ils dû pour cela faire l’impasse sur leurs exigences artistiques?» explicite-t-elle.

La spécialiste admet en revanche qu’il est légitime de rendre un journal de référence accessible à son lectorat. De même, pour une institution culturelle, de chercher à élargir son public. «Au prix d’une petite compromission sans gravité, on ouvre son audience tout en faisant plaisir à un partenaire, sans pour autant dévoyer son expertise», résume notre interlocutrice. D’autant plus que «Le Temps monte sur scène» – «le titre porte la quintessence du projet» – tourne partout où il est lu, bien au-delà de ses partenariats avec la Comédie ou le Théâtre de Vidy.

L’éventuelle pondération des intérêts dont ont fait preuve Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer se comprend. Si bien, du reste, «qu’ils pourraient jouer franc jeu, tant qu’à faire», suggère l’avocate, et reconnaître chacune de leurs motivations, y compris les légers malaises qu’elles comportent. «Ils couperaient court, ainsi, à toute suspicion.»

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