La colo qui libère la plume des élèves

Reportage Des enseignants de français du collège Emilie-Gourd ont mis sur pied un camp d’écriture qui remporte de plus en plus de succès

Vidéo: Film: Lucien Fortunati / Montage: Marianne Grosjean

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Une grande maison, posée à côté d’une rivière et de pâturages neuchâtelois. A l’intérieur, une dizaine de paquets de céréales et des pots de Nutella s’alignent sur la table. On n’entend pas une mouche voler. «Les jeunes sont en train d’écrire», sourit Philippe Garo, enseignant de français. A l’étage en effet, 25 jeunes – dont 7 garçons – grattent le papier, front studieux et basane au pied. Bienvenue au camp d’écriture du collège Emilie-Gourd.

Faire la cuisine et la vaisselle

Au lieu d’emmener leurs élèves en classe blanche ou verte, des profs de français passionnés organisent chaque année une semaine d’écriture, du lundi au samedi, à la campagne. Cette année dans le Val-de-Travers. Ouvert aux élèves du collège entre la première et la troisième année (soit entre 15 et 18 ans), le camp ne s’adresse qu’aux élèves motivés. Au menu, quelque 6 heures de rédaction par jour. Le but? Apprendre à écrire un texte dit «littéraire». «Il ne suffit pas de raconter une histoire, mais de travailler sur la langue, le style, le rythme d’un texte qu’ils créent. En tant que profs, nous sommes disponibles pour les aider à écrire mais aussi à réciter leur texte à haute voix», explique Michelle Martin, enseignante de français participante depuis la première heure.

Côté thème ou genre, les élèves sont totalement libres. «On a beaucoup de nouvelles, mais aussi quelques poèmes ou des petites pièces de théâtre», remarque l’enseignante. Pour varier les plaisirs, des lectures de textes d’auteurs et des jeux d’écriture - comme la très appréciée soirée slam du lundi - viennent compléter l’emploi du temps des plumes en herbe. «Ce camp est un mélange entre un atelier d’écriture et un camp de vacances: on sort au grand air, on vit en collectivité, on s’occupe nous-mêmes des repas et de la vaisselle, confie Philippe Garo, fort d’une longue expérience d’animateur de colonies de vacances. Je suis convaincu que les choses importantes de la vie ne s’apprennent pas qu’à l’école.»

Et la recette fonctionne. «Il y a onze ans lorsque l’on a commencé, on comptait une petite dizaine d’élèves. Aujourd’hui, ils sont si nombreux à s’inscrire que la direction doit faire un tri», se réjouit l’enseignante. La sélection se fait-elle d’après le carnet de notes? «Non. On écarte l‘élève qui a déjà participé plusieurs fois. Ou celui en difficulté scolaire, dont l’absence aux cours pendant une semaine menacerait les résultats», explique Géza Malasics. Son collègue Camille Cellérier nuance: «Nous avons déjà fait venir des élèves en échec. Cela permet parfois de voir éclore chez les jeunes moins scolaires des idées et une créativité insoupçonnées.»

C’est la pause. La maison s’anime, s’étire, rigole. Quelques jeunes descendent se faire un thé. On les interroge sur leurs textes personnels. Les thèmes de prédilection chez les jeunes filles qui nous répondent? Les mécanismes de la folie, et la mort. «J’écris un prologue à un roman post-apocalyptique sur une jeune fille dotée d’une intelligence artificielle ne se rend pas compte qu’elle a elle même provoqué le cataclysme qui a ravagé la terre», résume Alyssa, une élève de 3e année. Anastasia, en 3e également, se penche sur «la relation malsaine entre un psy pervers narcissique et sa patiente», qui amènera cette dernière «à tuer sa fille». Maude, 2e année, raconte les derniers «sentiments et pensées de quelqu’un enseveli sous une avalanche». Parmi les textes produits pour l’atelier de slam, Quentin et Piero, en 2e année, expriment respectivement un dégoût du matérialisme, de la pollution, de la passivité des uns face au malheur des autres.

Des rires et des larmes

«On est entouré par des gens qui écrivent hyper bien», se réjouit Lysiane. «Je trouve ce camp cool, car normalement, je n’écris jamais. Et pour une fois, je trouve que ça donne quelque chose…» se réjouit Maude. «Les profs sont supers, parce qu’ils nous poussent dans ce qu’on aime faire, plutôt que de nous imposer les contraintes d’une dissertation ou d’un commentaire composé», apprécie Laurane.

Le moment le plus fort du camp? «Le vendredi soir, sourit Michelle Martin, lorsque chacun lit son texte abouti aux autres. Il y a des larmes, des rires, beaucoup d’émotions. On se dit toujours que c’était un camp formidable et que ce ne sera plus jamais la même chose. Mais chaque année on est surpris.»

Les travaux des élèves donneront lieu à un recueil édité à compte d’auteur, que chaque élève emportera avec soi

(TDG)

Créé: 27.03.2017, 21h06

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