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De collective, la direction du Théâtre de l’Usine passera à binaire en 2019-2020

Roberta Alberico, membre du collectif de programmation, dresse son bilan de saison et en annonce le point d’orgue.

La Brésilienne Michelle Moura chorégraphie... les paupières.
La Brésilienne Michelle Moura chorégraphie... les paupières.
MARCO FLAVIO

Suite à la fin de mandat de sa directrice, Laurence Wagner, en été 2018, le Théâtre de l’Usine (TU) avait opté, le temps d’une saison, pour une ligne artistique définie collectivement. Une équipe de cinq membres – Roberta Alberico, Léo Chavaz, Alice Berger, Jules Destanne de Bernis et Vincent Devie, âgés de 27 à 40 ans – à laquelle s’ajoutent trois personnalités externes, a donc assumé en toute équité la riche programmation qui s’achèvera ce mois de juin. Dès la rentrée prochaine, un duo féminin composé d’Hélène Mateev (médiatrice culturelle pour la précédente direction) et Léa Genoud (diplômée de la HEAD, où elle a effectué un master) a été désigné par la commission ad hoc pour prendre la relève. «Pendant cette année de transition, remarque Roberta, nous tenions à confier le plateau du TU à des créateurs émergents qui n’étaient pas forcément issus du milieu théâtral. Je tire un bilan très positif de ces invitations à des plasticiens, créateurs vidéo et autres artistes à casser la frontalité de la scène, à démanteler le dispositif conventionnel pour occuper l’espace autrement, pleinement, et aborder des thématiques politiques nécessitant que les points de vue soient bouleversés.» Autre motif de satisfaction pour la jeune femme, l’harmonie des rapports de travail horizontaux au sein du collectif: «Le consensus s’est toujours installé comme une évidence, sans recours au vote!» D’autant plus que ce mode de fonctionnement a valu à plusieurs des créations du TU d’être achetées ailleurs. Temps fort «Un corps à soi» Aussi c’est avec une pointe de tristesse que le collectif, faute de moyens pour perdurer, s’apprête à quitter sa table ronde. Le vœu de Roberta, Léo, Alice et leurs camarades? Que d’autres institutions les imitent dans cette tentative de collectiviser les programmations. On peut en témoigner, il n’en ressort que du bon. Pour en donner une nouvelle preuve, le comité organise cette semaine un temps fort autour de la notion de chair. «Un corps à soi» – clin d’œil à la chambre à soi revendiquée par Virginia Woolf – c’est une constellation à 100% féminine de spectacles, performances, projections, atelier et fête, abordant la notion de corps à travers le double regard que chacun porte sur le sien propre, mais aussi que les autres dirigent sur soi. Voici l’un des exergues de ce beau programme: «La cellulite, c’est beau comme les vagues sous les couchers de soleil»… Bodypositive et postporn Emblématique, la création interactive d’Agathe Raboud, «À qui est ce cul?», se produira jusqu’à samedi dans un espace restreint et «en mixité choisie sans hommes cis». Se réclamant du «bodypositivity», un courant qui cherche à étendre à tous la notion de beauté, la performance vise à susciter l’acceptation bienveillante de son apparence, quelle qu’elle soit. Dans le même ordre d’idées, un atelier de céramique intitulé «Touching Myself», donné ce week-end par Giulia Essyad, apprend à «sculpter son corps autrement qu’au fitness». Enfin, pour compléter cet axe, deux films de Marit Östberg viendront, au Spoutnik, illustrer la démarche «postporn», qui affranchit la pornographie d’une sexualité masculine exclusivement hétéro. Torride encore, la pièce chorégraphique de Tamara Alegre, «Fiebre», plongera trois danseuses dans un slime aussi suggestif que visqueux, tantôt érotique, tantôt dégoûtant. Pour faire baisser la température, les spectateurs suivront la ramification thématique qui les mènera à «Blink», une chorégraphie pour paupières cette fois! Michelle Moura et Clara Saito, Brésiliennes établies à Berlin, font une brève escale à Genève avant d’aller montrer à la Biennale de Venise ce «travail sur les conséquences psychophysiques de l’interruption du clignement des yeux». À part la soirée festive, samedi au Zoo de l’Usine, on mentionnera encore cette proposition atypique d’Annina Machaz, «Cassandra», qui détourne le mythe éponyme au profit de séances individuelles de futurologie. «Forcément, on ne la croira jamais», concède notre interlocutrice, réjouie.

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«Un corps à soi» Théâtre de l’Usine, jusqu’au 19 mai, 022 328 08 18, www.theatredelusine.ch

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