«Le Cogitoscope» transmute sous vos yeux la philosophie en geste artistique

SpectacleJean-Louis Johannides et Vincent Coppey entament leur série en jouant sur les notions d’identité et d’identitaire.

Vincent Coppey et Jean-Louis Johannides, duo philo-caustique.

Vincent Coppey et Jean-Louis Johannides, duo philo-caustique. Image: DOROTHEE THEBERT FILLIGER

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Médias, cafés, studios de coaching ou tréteaux, voilà bien une décennie que la philosophie s’est mise à déborder les rayons de bibliothèques pour infiltrer nos vies quotidiennes. À la lecture attentive des grands penseurs dans le texte s’est greffé un marché du bien-être qui les recycle sous forme de conseils pratiques. Entre «L’Éthique» de Spinoza et les recettes qui en sont tirées pour initier à l’expérience de la joie, le fossé est parfois profond. De la friction entre les stoïciens de l’Antiquité et leur application au «carpe diem» contemporain naissent des surprises, parfois des contradictions.

Or «l’effort nécessaire à la compréhension de la philosophie ne la réserve pas pour autant à une minorité», avancent Jean-Louis Johannides et Vincent Coppey, concepteurs d’une série dramaturgique en quatre épisodes déclinée tout au long de la saison au Théâtre du Grütli, «Le Cogitoscope». Signes particuliers: le projet, évolutif, s’élabore au fur et à mesure – non sans rappeler la méthode de Ludwig Wittgenstein qui développait sa réflexion en direct pendant ses cours. Il présente quatre soirs durant les mêmes deux acteurs sur scène pendant 45 minutes, ainsi qu’un éventuel expert invité. Et il n’implique que deux semaines et demie de travail in situ, sur le plateau. Dans l’idéal, il débouchera sur une intégrale en juin prochain.

«L’envie nous démangeait depuis longtemps déjà – notamment depuis notre précédente collaboration sur «Avec les dents», un spectacle sur la consommation de la viande – de créer un objet artistique à partir de concepts philosophiques, résume en chœur le tandem. Notre démarche, esthétique dans le sens où elle s’enracine dans l’impression, consiste à rattacher tel concept à une actualité d’ordre politique ou socioculturel.»

Sous-titré «Espace discursif de philosophie pratique», le «Cogitoscope» démarre ce mercredi sur le thème «À force d’identité». «Nous commencerons par nous référer à John Locke, qui fonda au XVIIIe siècle la notion d’identité», explique Vincent Coppey, détenteur d’un Master en philosophie. «Mais nous quitterons en digressant le langage philosophique pour créer des situations de rapports humains simples et ludiques, complète son acolyte, en montrant par exemple comment l’un de nous peut devenir l’autre.»

À la notion originelle, nos Gilbert & George – nos Bouvard et Pécuchet – articuleront celle de l’identitaire, très en vogue, qui en dérive tout en la dévoyant. Ils ne cacheront du reste pas leur agacement devant toute récupération ou appropriation erronée. «Le spectateur transposera dans son champ d’interprétation nos démonstrations concrètes.»

Loin d’adopter une posture didactique («nous nous surveillons!»), les comédiens emploient leur légendaire humour British à prouver que Descartes nous concerne, que «nous avons besoin de Locke plutôt que l’inverse». Dans cette optique, ils affirment que chacun «peut trouver son chemin dans les choses complexes, pourvu qu’il s’adonne au conflit d’idées». Joli programme.

«Le Cogitoscope – Épisode 1» Théâtre du Grütli, du 28 nov. au 1er déc., 022 888 44 88, www.grutli.ch (TDG)

Créé: 26.11.2018, 18h42

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