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Coach de jeunes bédéastes, Guy Delisle débusque l’exotisme… à Meyrin

L’as du BD-reportage a supervisé les travaux de seize auteurs.

Guy Delisle devant deux des panneaux de l’exposition «Meyrin: du réel au dessin».
Guy Delisle devant deux des panneaux de l’exposition «Meyrin: du réel au dessin».
Miguel Bueno

«Meyrin, ça reste un drôle de coin.» Ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui l’affirme, mais bien l’avatar graphique de Lauriane Andro, une étudiante de l’École supérieure de bande dessinée et illustration de Genève (ESBDI). Avec quinze de ses camarades, et sous l’œil avisé du bédéaste canadien Guy Delisle, expert en BD-reportages, la jeune femme a arpenté le territoire meyrinois en janvier et février derniers. Objectif: créer en toute liberté des pages qui témoignent de la réalité d’une commune en constante mutation. Les planches des élèves de l’ESBDI sont exposées en ce moment dans le cadre du festival des droits humains, le FIFDH, tout à la fois au Cairn, la villa du jardin alpin de Meyrin, ainsi qu’à la Salle Pitoëff. On y découvre notamment, croqué par Théo Ducommun, un chat à trois pattes prénommé Jerry, devenu la mascotte d’un immeuble. Lluis Casellas, lui, raconte en images l’histoire de «Monsieur Caddie», un type dont la profession – unique à Genève – consiste à traquer et à ramener tous les chariots disséminés autour du Centre commercial de Meyrin. Muriel Scherwey évoque pour sa part le «Salto de l’escargot», un petit cirque permanent installé au cœur de la cité.

Autant de travaux originaux et convaincants qui ont séduit Guy Delisle, coach des élèves de l’ESBDI. «Tout cela se tient bien, c’est solide et diversifié», relève l’auteur de Shenzen, Pyongyanget autre Chroniques de Jérusalem, albums fameux de BD-reportages. «Chacun des étudiants possédait déjà un bon bagage graphique. Ils sont arrivés avec des propositions, des envies. Leur approche décalée me convenait très bien, moi qui parle volontiers des problèmes de ma bagnole ou de la scolarité de mes enfants dans mes histoires. Où je suis intervenu le plus, c’est sur la narration. Il fallait que leurs récits restent fluides, qu’on comprenne immédiatement ce qui se passe, et que cela soit intéressant.»

Vous avez bourlingué en Chine, en Corée du Nord, à Jérusalem. Qu’avez-vous découvert d’exotique à Meyrin?

Où que l’on se rende, il y a souvent mille trucs à montrer. Il faut aller à la rencontre des gens qui vivent dans l’endroit que l’on visite, et qui vont nous parler de plein de faits cocasses. Ce qui peut paraître barbant vu de loin, tels ces immeubles meyrinois des années 50-60 orientés vers l’aéroport parce que c’était le top du modernisme et du chic à l’époque, prend vite une autre dimension quand c’est expliqué de manière intense.

Quelle est votre méthode de travail quand vous réalisez un BD-reportage?

J’aime bien observer les petits détails, me glisser dans la peau du Candide de service. Pendant toute l’année où j’étais à Jérusalem, j’ai pris des notes, sans forcément vouloir réaliser un livre. Durant les six premiers mois de mon séjour, il ne s’est rien passé d’extraordinaire. À force de faire des albums, il me faut des trucs de plus en plus croustillants, il faut que je creuse.

Qu’est-ce qui provoque le déclic?

Il y a toujours un moment où je me dis qu’une scène peut déboucher sur quelque chose à raconter. À Jérusalem, un prêtre luthérien m’avait alloué une partie de son église pour que je puisse travailler. C’était sur le mont des Oliviers. Ce religieux aimait non seulement la bande dessinée, mais aussi les films d’horreur. Il m’en avait prêté un, que j’ai visionné dans cette église battue par le vent. Quand je suis sorti, la porte centrale était fermée, j’ai dû remonter par le donjon. J’étais terrorisé. A posteriori, je me suis dit qu’il y avait là une anecdote assez marrante.

Comment procédez-vous sur place?

Je prends des notes, je fais des photos, mais je ne dessine pas. Lorsque j’étais en Chine, je travaillais à la chinoise, six jours sur sept. Parce que j’ai une très mauvaise mémoire et que j’avais tout oublié de certains voyages précédents, j’ai couché mes impressions par écrit, pas du tout dans l’optique d’un bouquin. En revenant, j’ai imaginé quelques pages à partir de ces anecdotes. Cela a bien plu. Sur le même thème et dans la même veine, j’ai encore dessiné deux ou trois histoires courtes. Finalement, c’est devenu l’album Shenzen. Même topo en Corée du Nord. Je bossais toute la journée et le soir je prenais des notes. À Jérusalem, j’ai réalisé en plus différents croquis. Mais le principe, c’est que je me base sur mes notes. À la fin, j’élague pas mal. Parce qu’il y a des jours où le quotidien n’est pas inspirant.

Expo «Meyrin: du réel au dessin» jusqu’au 18 mars, Le Cairn, villa du Jardin alpin de Meyrin, 14 h à 18 h et Salle Pitoëff (cour extérieure), 52, rue de Carouge. Entrée libre.

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