Claude Ratzé: «C’est inspirant, les autres!»

NominationLe «Monsieur danse contemporaine» à Genève est muté patron du Festival de la Bâtie. Un beau défi!

Les trois atouts du nouveau directeur du Festival de la Bâtie, Claude Ratzé? Expérience, rondeur et doigté!

Les trois atouts du nouveau directeur du Festival de la Bâtie, Claude Ratzé? Expérience, rondeur et doigté! Image: STEEVE IUNCKER GOMEZ

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Année de mue pour la culture à Genève. Avec la nomination d’une pelletée de nouveaux directeurs à la tête d’institutions scéniques, le paysage des arts vivants se recompose. Nouvelle Comédie et Théâtre Saint-Gervais hier, Grütli et Orangerie demain, c’est aujourd’hui dans le cockpit du Festival de la Bâtie que vient d’être installé Claude Ratzé, depuis 1992 aux commandes de l’Association pour la danse contemporaine (ADC).

Fort d’avoir inoculé aux Genevois le virus chorégraphique, ce leader matois a le don de vous mettre dans sa poche. On ne connaît pas d’ennemi à l’ancien programmateur danse de la même Bâtie, cofondateur par la suite du Festival Antigel et lauréat d’un Prix suisse de la danse en 2015. Parmi la vingtaine de candidatures déposées, c’est son dossier qu’ont retenu la fondation de La Bâtie et ses expertes extérieures, Sandrine Kuster (de l’Arsenic, à Lausanne) et Hortense Archambault (à Avignon de 2004 à 2013, avec Vincent Baudriller). A 57 ans, le rassembleur se réjouit de succéder dès le 1er novembre à l’actuelle pilote, Alya Stürenburg Rossi.

Qu’est-ce qui a joué en votre faveur?

Mon enthousiasme, j’imagine. Ma vision? Le fait que j’aie de la bouteille, et que je vienne d’Antigel. Mais surtout mon projet, j’espère. Plutôt que tabler sur des noms d’artistes, j’entends profiter des nouvelles nominations genevoises pour créer une programmation concertée avec les partenaires historiques que sont les institutions de la place. Je veux questionner avec mes vis-à-vis le rôle de ce festival de la rentrée, qui donne le ton de la saison à venir. Son affiche doit se sédimenter en fonction du reste de l’offre. En fixant collectivement les enjeux artistiques de telle ou telle création. Et répondre ainsi aux dynamiques qui régissent les théâtres du Grand Genève. Je voudrais que La Bâtie réinvente quelque chose autour de la notion de territoire. Enfin, au rayon de la convivialité, j’ai envie de développer un programme culinaire: des «kitchen battles» au sein d’un festival gourmand!

Il faudra aussi défendre l’innovation en matière de création contemporaine. Y a-t-il un âge limite pour cela?

Je suis justement assez vieux pour assumer d’avoir besoin de jeunes autour de moi! Je m’entourerai ainsi de «conseils artistiques» regroupant quatre ou cinq personnes de 20 à 30 ans sachant profiter de La Bâtie pour expérimenter. A mes débuts, j’ai eu la chance d’avoir été encadré par des gens plus expérimentés: je veux offrir la même chose.

Allez-vous tirer le festival davantage du côté de la danse?

Non. Je ne perdrai pas ma culture chorégraphique de vue, mais je veux surprendre par mes choix, comme je l’ai fait à Antigel. Je n’aurai pas non plus de programmateur musical spécifique, car je souhaite mieux intégrer la musique à la programmation pluridisciplinaire de la manifestation.

Romprez-vous avec la précédente ligne du festival?

Je serai plus nomade dans mes prospections, tout en gardant les liens établis par Alya Stürenburg Rossi avec les grands festivals et théâtres à l’échelle locale, nationale et internationale. Il me faudra avoir du goût. De l’intuition. Je ne me vois pas introduire de vraie rupture, mais améliorer les articulations du festival.

Vous lâchez donc les manettes de l’ADC…

Oui, en ayant tout juste bouclé la saison 2017-2018. Le comité de l’ADC a été informé de mon départ, il va entamer une procédure d’engagement dans les règles de l’art, et me remplacer dans les mois à venir. A ce jour, je n’ai aucune idée de la personne qui me succédera, et cela ne me regarde pas.

En quoi votre expérience à Antigel vous sera-t-elle utile?

Elle m’a donné le goût du travail au sein d’un festival. Antigel et La Bâtie doivent évoluer en toute intelligence, de manière constructive. Je ne ferai pas de l’Antigel à La Bâtie, notamment en ce qui concerne la musique. Nous occuperons le territoire sans empiéter l’un sur l’autre: je sais où je peux aller. J’ai plusieurs concurrents parmi mes amis; plutôt que m’inhiber, cela me stimule. C’est inspirant, les autres!

Avec votre Prix suisse de la danse, vous êtes devenu le chouchou des commissions! C’est votre côté consensuel?

La programmation hétéroclite que je prône ne va pas vers le consensus. C’est vrai, j’aime travailler avec les autres, j’aime rassembler. Je défends le travail singulier, mais qui considère autrui. Cela dit, je cultive aussi la liberté de ton. En somme, je crois en un état d’esprit collégial.

Quid du Pavillon de la danse?

Ce dossier est actuellement entre les mains du Conseil administratif. Avec un peu de chance, le crédit de construction sera voté au début de l’année 2018. Un énorme travail a été accompli par l’ADC, le Département de l’aménagement et celui de la culture. Il n’est de loin pas fini. Le Pavillon n’est plus de mon ressort, mais je l’accompagnerai, je ne me désengage pas. Et je me réjouis déjà d’être invité en qualité de VIP à son inauguration en 2019, si tout va bien! Comme nouveau directeur de La Bâtie et utilisateur d’outils performants, je ne peux que me féliciter de l’ouverture de la Nouvelle Comédie, du Pavillon de la danse, du Centre culturel de Châtelaine, du nouveau Théâtre de Carouge ou du nouveau Château-Rouge à Annemasse.

Créé: 22.05.2017, 20h55

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