Passer au contenu principal

Claude Monet trempe ses pinceaux dans un album inspiré

Les auteurs espagnols Salva Rubio et Efa retracent brillamment différents événements clés de la vie du peintre des «Nymphéas».

Efa/Ed. Le Lombard

Chef de file du mouvement impressionniste, Claude Monet n’a pas toujours été ce peintre installé, œuvrant tranquillement dans son jardin de Giverny, sans pression financière. Avant de devenir l’ami du président Georges Clemenceau, bien avant que ses toiles ne s’arrachent chez les marchands et n’entrent dans les musées, l’artiste qui allait révolutionner la peinture de son siècle en la faisant sortir des ateliers a connu des débuts chaotiques. Désargenté chronique, en butte à l’incrédulité du public et des critiques, ce perfectionniste au caractère entier tentera même de se suicider à l’âge de 28 ans en se jetant dans des flots qu’il sublimera bien plus tard par le pinceau.

Parmi d’autres anecdotes plus ou moins hautes en couleur, cet épisode dramatique est raconté par le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Ricard Fernandez, alias Efa, dans un passionnant roman graphique retraçant différents événements clés de la vie de Monet. Les deux auteurs espagnols le montrent inexpérimenté, mais déjà ambitieux et obstiné, fréquentant ses contemporains Renoir, Pissarro et Sisley, tous opposés à la peinture académique de leur temps. Ils le saisissent alors que le jeune maître élabore son premier chef-d’œuvre, un gigantesque Déjeuner sur l’herbe de cinq mètres sur sept, au destin contrarié. Pour payer son loyer, Monet sera contraint de donner la toile en gage à son logeur, qui la roulera et l’oubliera dans une cave. Vingt ans plus tard, le peintre des Nymphéasla récupérera moisie, et sera contraint de la découper, pour n’en conserver que trois fragments.

En quête de reflets et d’éclats colorés, à la recherche d’impressions plutôt que de vérité, Monet affine progressivement sa touche. Efa et Rubio pointent cette évolution qui voit l’artiste s’éloigner du réel pour décrire la lumière qui se reflète sur ses sujets. Le duo ibérique ne manque pas non plus d’éclairer la vie privée de leur modèle, déchiré entre deux femmes.

Graphiquement, cette bio déroulant un fil chronologique tortueux tend avec bonheur vers un style pictural, sans quitter les conventions de la bande dessinée. Efa, dont on avait notamment pu apprécier le style dans la série Alter Ego, revisite subtilement de nombreux tableaux de Monet, intégrant volontiers le peintre dans ses propres toiles. Narrativement, Salva Rubio, écrivain et historien reconnu, s’attache à décrire les tourments de l’âme d’un «nomade de la lumière», comme il nomme son sujet. Un récit inspiré, complément idéal de l’exposition actuellement présentée par la Fondation Beyeler à Bâle, riche elle aussi en reflets et en ombres.

«Monet, nomade de la lumière», Efa et Rubio. Ed. Le Lombard, 112 p.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.