Nos cinq coups de cœur littéraires de 2016

Best ofQue lire au chalet, en attendant la neige? Voici une petite sélection subjective concoctée avec amour pour vous.

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Vous ne savez qu’emporter au chalet comme livre de chevet? Nous vous avons concocté une petite sélection subjective des livres qui nous ont marqués cette année et dont le souvenir ne s’estompe pas sitôt la dernière page lue.

1. «Allegra», de Philippe Rahmy, Ed. La Table Ronde

Abel, trader prometteur, se retrouve licencié. En dépression post-partum, sa femme, Lizzie, l’a chassé de leur appartement et l’empêche de voir leur bébé, Allegra. Pour couronner le tout, Abel se retrouve embrigadé par un ancien collègue dans une combine louche qui se dessine de plus en plus précisément: construire une bombe et se faire exploser lors de l’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Pourtant, loin de creuser dans la veine du djihadisme, l’auteur en fait une parade: Abel doit se laisser pousser la barbe et poster de temps à autre des vidéos islamistes pour faire croire à sa radicalisation, mais cette mascarade sert en réalité à cacher le véritable but de l’attentat: créer un chaos boursier permettant à quelques avertis de réaliser des opérations financières extrêmement favorables.

2. «Cœur tambour», de Scholastique Mukasonga, Ed. Gallimard

Kitami doit son succès planétaire à ses fameux états de transe sur scène, où elle chante d’étranges et magnifiques airs inspirés par son tambour géant. Ses musiciens, son manager et encore plus ses fans la considèrent comme une véritable reine. C’est donc un deuil immense que provoque internationalement sa mort brutale. Comment est-elle devenue cette star totale? Le récit raconte son initiation par un fantôme, alors qu’elle n’était qu’une jeune fille anonyme d’un village rwandais. Réinvestissant les mythes légendaires de Nyabinghi, figure féminine anticoloniale à laquelle la culture rastafari voue un respect tout particulier, Scholastique Mukasonga fait vibrer le mystère du pouvoir féminin.

La structure du récit avance en spirale, les phrases sont concises, précises, au plus près de la pensée du personnage, et les rebondissements inattendus.

3. «Petit Pays», de Gaël Faye, Ed. Grasset

Le rappeur de 34 ans, que le milieu du slam connaît pour ses textes poétiques et révoltés, s’était invité sur la plupart des grands prix littéraires français de l’automne. Il est finalement reparti avec le Goncourt des lycéens, prix de consolation que Joël Dicker avait aussi obtenu en 2012. D’inspiration autobiographique, Petit pays raconte l’enfance d’un garçon mi-rwandais, mi-français au Burundi. Les bêtises, les escapades et les rires partagés avec une bande de copains, mais aussi les affrontements sanglants de plus en plus présents entre Hutu et Tutsi.

Très impressionnant pour un premier roman, le récit évite admirablement le pathos, le style est simple mais impeccable et capable de nous émouvoir au plus profond.

4. «Crépuscule du tourment», de Leonora Miano, Ed. Grasset

Quatre femmes s’adressent, les unes après les autres, au même homme. A savoir la mère, l’ex-compagne, la veuve du meilleur ami et la petite sœur. S’il est impossible pour cet homme, entravé par ses propres démons, de tisser un lien serein avec chacune de ces femmes, ces dernières n’en parviennent pas moins à s’épanouir dans d’autres relations, amoureuses – parfois homosexuelles – ou amicales. Un magnifique et sensuel hommage à l’éclosion de la féminité, et une autre manière d’envisager la place de chacun.

Chacune des femmes du livre a un style, une histoire, un destin différents. Il y est question d’amour fou, de coup de foudre sexuel, mais aussi d’afrocentricité, de destinée. Un très beau roman.

5. «Les messieurs», de Claire Castillon, Ed. L’Olivier

Dans ce recueil de nouvelles hilarant, l’écrivaine parisienne de 41 ans met en scène des jeunes filles qui craquent pour de vieux, voire très vieux amants.

Il y a la stagiaire qui fond pour son quinquagénaire de collègue mais qui ne peut s’empêcher de surveiller la mèche qu’il a rabattue sur sa calvitie: «J’essaie de voir si sa mèche ondule sous les courants d’air. Rien. Il a dû la scotcher. Peut-être qu’à force d’être ainsi positionnée, la mèche s’est enracinée des deux côtés. (…) Je sens bien qu’il se déclare mais j’ai envie de lui dire une seule chose: Rase ta mèche. Libère-toi. Brise tes chaînes.» Il y a la Mère Teresa de l’amour, soit celle qui a de la peine pour les hommes délaissés. Il y a celle dont le mari lui a dit ce matin qu’elle «n’était plus si jeune» et qui compte bien y remédier avec le marginal du bistrot d’en face.

Des situations cocasses servies par une plume à la fois tendre et cruelle, toujours racontées du point de vue féminin. Les lecteurs masculins, s’ils sont eux-mêmes friands de jeunes compagnes, devront faire preuve d’une bonne dose d’autodérision devant les piques aussi ingénues qu’assassines formulées par les lolitas de Claire Castillon…

Créé: 28.12.2016, 18h33

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