Xavier Dolan fait le buzz, mais profil bas

Festival de CannesAvec «Matthias et Maxime», il revient à un sujet proche de ses thèmes.

Pier-Luc Funk (à gauche), acteur vedette dans «Matthias et Maxime», le dernier film de Xavier Dolan (à droite).

Pier-Luc Funk (à gauche), acteur vedette dans «Matthias et Maxime», le dernier film de Xavier Dolan (à droite). Image: Reuters

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L’effet Dolan fonctionne toujours. Malgré le gros échec de son précédent film, ce «Ma vie avec John F. Donovan» avec «Jon Snow» Kit Harington en tête d’affiche, scandaleusement inédit en Suisse comme presque partout dans le monde (à cause d’un obscur contrat le liant à son vendeur québécois), le cinéaste trentenaire fait toujours le buzz. Nombreuses couvertures de quotidiens cannois, foule compacte attendant de le voir à sa conférence de presse. Bref, l’ordinaire…

Deux hétéros s’embrassent

Il faut dire que Xavier Dolan reste un chouchou de la Croisette. C’est ici qu’il fut découvert, en 2009, avec «J’ai tué ma mère», à la Quinzaine des réalisateurs. C’est encore ici qu’il a essuyé les plâtres des sections parallèles avec «Les Amours imaginaires» et «Laurence Anyways», avant de se fâcher, de passer par la case Venise et de revenir en triomphe grâce à «Mommy», prix du jury en 2014. Pour oublier l’épreuve de «Ma vie avec John F. Donovan», il a tourné son nouveau film, «Matthias et Maxime», en à peine 48 jours. Vite mis en boîte, vite monté, vite sur les rangs pour le grand raout cannois. C’est aussi l’occasion pour Dolan de revenir à un sujet plus léger et davantage en accord avec ses obsessions personnelles. L’argument tient en quelques mots. Deux potes d’enfance hétéro acceptent, pour les besoins d’un tournage de film, de s’embrasser devant la caméra. Cet instant va enclencher chez eux une forme de trouble inédit et l’éveil d’un désir dont ils ne savent trop que penser. La thématique gay, forcément omniprésente dans l’œuvre de Dolan, est ici au centre d’un récit à la fois minimaliste et bouillonnant.

Il y a en effet de l’hystérie dans sa manière de filmer, en caméra portée, avec de nombreux comédiens en permanence dans le champ, de l’hystérie dans les dialogues également. Ces données-là pèsent un peu sur la fiction, et tentent trop d’analyser ce qui devrait se passer de psychologie explicative. «Matthias et Maxime» en devient un film trop bavard – et malaisé à suivre, le parler québécois étant particulier – presque trop démonstratif, le tout avec une pudeur presque déplacée au vu du sujet. Sa présence au palmarès serait fort étonnante.

Bifurcation inattendue

De son côté, Arnaud Desplechin fait un retour inespéré en compétition avec un film dont on n’attendait rien, «Roubaix, une lumière». Bifurcation inattendue vers le film de genre, celui-ci emboîte le pas de deux flics, un commissaire qui a fait toutes ses armes à Roubaix et un jeune diplômé qui vient d’arriver. Incendies volontaires et disputes conjugales sont leur lot quotidien jusqu’au jour où ils vont devoir enquêter sur le meurtre d’une vieille dame, et pour cela interroger deux suspectes borderline, jeunes femmes alcooliques et en couple sans doute impliquées dans l’affaire.

Si le film se déroule majoritairement de nuit, aux alentours de Noël, ce qui laisse à Desplechin le soin de travailler une mise en scène lugubre mais très cadrée, il repose surtout sur un quatuor de comédiens curieusement assortis. Du côté des suspectes, Léa Seydoux et Sara Forestier forment ce couple bizarre et heurté pendant que les interroge un Roschdy Zem rompu à l’exercice, flanqué d’Antoine Reinartz, qui était l’une des révélations de «120 battements par minute» de Robin Campillo. «Roubaix, une lumière» est clairement un film d’atmosphère, au registre très français – sans sauter aux yeux, la filiation avec Decoin, Verneuil et Grangier est réelle – donc sans cette portée universelle qui en ferait une œuvre incontournable pour le palmarès. Mais alors, qui va gagner? À deux jours de la fin du festival, on serait bien en peine de le dire.


La VR, oui, mais sans nous

Le marché du film a fermé ses portes hier. Mais des festivaliers y couraient encore hier matin – je le dis au premier degré, comme s’ils faisaient leur jogging – pour être parmi les premiers à je ne sais quel stand délivrant des tickets pour les projos de la sélection. Dans une autre allée, le «Short Film Corner» a pris ses marques depuis lundi, remplaçant l’espace dévolu durant six jours aux technologies immersives, dont la VR, et qui s’appelait Cannes XR. Six jours, ce n’est pas assez! C’est même ridicule, pour un festival comme Cannes, que les œuvres immersives ne puissent pas être testées du début à la fin de l’événement. D’autant plus que rien n’est fait pour nous y attirer.

Sur le dépliant officiel, on trouve cette phrase, en dessous de la grille des programmes d’«Un certain regard» (bonjour le rapport): «Réservez un créneau de visionnage en VR sur www.cannesxr.eventive.org» Hélas, difficile de trouver plus dissuasif que leur site. Déambuler devant leurs stands n’est guère plus utile. À moins d’afficher tous les signes extérieurs du geek, personne ne cherche à vous renseigner. Ce déficit dans la communication, symptomatique de tous ceux qui font de la VR, est un vrai problème. On espère qu’il ne finira pas par condamner ce domaine pourtant passionnant. P.G.

(TDG)

Créé: 23.05.2019, 18h16

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