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La voix d’un homme qui attend la mort

Anne-Frédérique Widmann, dans «Free Men», parle de la résilience.

«Free Men», sidérant portrait d’un condamné à mort dont on ne voit jamais le visage, mais dont la voix sert de fil narratif.
«Free Men», sidérant portrait d’un condamné à mort dont on ne voit jamais le visage, mais dont la voix sert de fil narratif.
DR

On a forcément vu un jour l’un de ses reportages tournés pour «Temps présent». Mais avec «Free Men», c’est au cinéma qu’elle se destine. Anne-Frédérique Widmann avait présenté son film au FIFDH à Genève en 2018. Une série d’avant-premières au Cinérama Empire – encore lundi et mardi soir – permettent de découvrir à nouveau ce sidérant portrait d’un condamné à mort dont on ne voit jamais le visage, mais dont la voix sert de fil narratif. Kenneth Reams n’a tué personne, mais a participé à un braquage qui a mal tourné. Depuis vingt-cinq ans, il attend dans le couloir de la mort, dans des conditions souvent épouvantables. Sa seule évasion, c’est la création et le dialogue. Interview avec la réalisatrice d’un documentaire unique et sidérant.

Comment avez-vous découvert Kenneth Reams?

Je ne voulais pas faire un film classique sur la peine de mort. Mon but était vraiment de parler de la résilience de l’être humain. J’ai passé environ un an aux États-Unis, j’ai même tenté de contacter certains condamnés. Lorsqu’un jour, j’ai entendu la voix de Kenneth. Il m’a fallu du temps pour être sur la liste de ceux qu’il a le droit d’appeler. Puis j’ai réussi à avoir une visite. Nous étions à l’intérieur d’une cage, enfermés avec lui. Il m’a parlé de son enfance, de sa jeunesse de bad boy. Il a une force extraordinaire. Je me suis dit qu’il fallait en faire un film.

Au bout de combien de temps?

Nous nous sommes parlé environ huit mois avant que l’idée du film ne s’impose à moi. Du côté de l’établissement pénitentiaire, ils ont tout fait pour que le film ne se fasse pas.

Comment Kenneth a-t-il réagi quand vous lui avez dit que vous vouliez faire un film sur lui?

C’est lui qui, un jour, au téléphone, m’a suggéré d’en faire un film. Il a éclaté de rire en entendant le titre, «Free Men».

Pourquoi ce pluriel, d’ailleurs?

Pour montrer que je veux aller au-delà de son cas particulier.

Quel a été votre fil rouge?

Présenter un homme à travers sa voix et son travail. J’avais des heures d’enregistrement avec lui. Je ne voulais pas juste filmer ce qui arrive au jour le jour.

Vous lui parlez régulièrement, et le public peut dialoguer avec lui au terme de chaque avant-première. Cela signifie que vous avez encore des contacts chaque semaine avec lui?

On convient, chaque semaine, d’un rendez-vous téléphonique. Sinon, il n’est jamais intervenu sur le film. Il ne l’a même pas vu.

Est-il facile, pour lui et par rapport à la prison, d’appeler les gens à l’extérieur?

Il peut appeler cinq personnes. En prison, il n’a aucun droit, mais seulement des privilèges. Un pénitencier, par définition, c’est le règne de l’arbitraire. Il y a toujours la notion que les détenus doivent être punis. Un jour, on a refusé à Kenneth la visite de sa femme. Sans raison.

Avez-vous l’espoir que le film change quelque chose pour lui?

Je ne suis ni naïve ni prétentieuse. Mais j’ai toujours travaillé pour que mes articles, mes reportages, aient un impact. Ce qu’il faudrait, c’est que des personnalités mettent la pression. Comme Johnny Depp, qu’on voit dans le film. Ou Kim Kardashian, qui avait soutenu une condamnée qui a finalement été libérée. Comme le film est présenté dans des dizaines de festivals, Kenneth a pu parler à des gens sur la planète entière.

Quelle issue entrevoyez-vous pour Kenneth?

À terme, j’espère qu’il sera libre, qu’il viendra en Suisse et qu’on fera une immense fête.

Pourquoi avoir décidé d’en faire un film destiné à la diffusion en salles et non un reportage, tels ceux que vous réalisiez par exemple pour «Temps présent»?

Le format cinéma s’est imposé assez vite. En en parlant avec Luc Peter, d’Intermezzo Films (ndlr: qui a produit «Free Men»), on s’est rapidement rendu compte que ce serait un film fait pour le cinéma. J’étais seul maître à bord. Si je l’avais fait pour la télévision, j’aurais sans doute eu des contraintes.

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