Vincent Cassel: «Je déteste le mot biopic»

CinémaL’acteur campe un Gauguin malade et à la recherche de son art à Tahiti. Il en parle tout en couleurs.

Paul Gauguin (Vincent Cassel) retrouve sa joie de vivre aux côtés de Tehura (Tuheï Adams). En réalité, le peintre aurait craqué pour nombre de jeunes tahitiennes en fleur. Image: FRENETIC/DR

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Sous son déguisement pileux qui annonce déjà son prochain tournage – «Moi, je suis comme ça. Si je suis net, c’est que je viens de finir de tourner; si je suis hirsute, c’est que je vais bientôt recommencer. Là, je suis en Vidocq» –, Vincent Cassel (50 ans) évoque avec passion sa précédente découverte. Celle de la peinture grâce Gauguin - Voyage de Tahiti d’Edouard Deluc, en salles dès mercredi.

– Qu’est-ce qui vous a séduit à la base dans cette aventure?

– C’est dur à dire tant ça s’est vite imposé comme une évidence. Gauguin m’attirait, la passion avec laquelle le metteur en scène en parlait m’a contaminé et je n’avais jamais fait ça, jouer un artiste. Mais je ne voulais pas faire un film de peintre, «potentiellement chiant»! Je voulais faire un film qui soit accessible aux gens qui ne connaissent rien à la peinture, comme moi avant le film. Je voulais que ce soit l’histoire d’un homme qui accessoirement s’appelle Gauguin et est un génie de la peinture. Mais il fallait que ça passe par quelque chose de très incarné et, selon moi, le scénario a pris son envol à partir du moment où on a cristallisé l’histoire autour de cet amour impossible avec Tehura. Je me suis dit: là, ouais, je comprends. Je pouvais comprendre cet homme vieillissant qui revit grâce à cette jeune femme, qu’il a l’impression de ne pas avoir le droit d’avoir. Et il a tellement peur qu’elle lui échappe qu’il l’enferme et c’est comme ça qu’il finit par la perdre. C’est presque le thème de La Belle et la Bête. C’est la seule guerre qui ne s’arrêtera jamais, celle des sexes.

– Revenons-en au film, que certains qualifient de biopic – et ça vous agace!

– Ah! je déteste le mot «biopic»! Ça ne fait pas longtemps qu’on l’utilise, c’est limite pour avoir l’air branché. Moi j’ai arrêté de me prendre en photo avec mon téléphone quand on a commencé à appeler ça des «selfies». Si on fait un film, sur Jeanne d’Arc, c’est un biopic? Non! On parle d’un film historique. Selon moi, un biopic, c’est la vie ou une partie de la vie de quelqu’un qu’on a déjà vu bouger en vidéo, comme Edith Piaf. Maintenant, quand on doit se contenter de peintures, est-ce que c’est vraiment un biopic? Je ne sais pas. Enfin, c’est toujours pareil, ces étiquettes à la con…

– Pour Gauguin, vous avez accepté d’entrer dans un monde inconnu, ou du moins méconnu…

– C’est vrai, je ne maîtrisais absolument pas la peinture. D’ailleurs je ne la maîtrise toujours pas! Mais ça m’a permis de m’y intéresser et d’apprendre à l’apprécier, ce qui est déjà pas mal. En étudiant un peintre, on comprend beaucoup mieux en quoi sa manière de peindre était révolutionnaire. Apprécier la peinture à travers l’histoire de ceux qui tiennent le pinceau, c’est une super approche, aussi pour les plus jeunes.

– Vous regardez les œuvres autrement?

– Evidemment! Et pas que celles de Gauguin. Quand on a une référence un peu pointue, on se rend mieux compte du reste. Moi, j’aime ressentir quelque chose face à un tableau. Il y en a devant lesquels je reste et, bof… alors que Gauguin m’a toujours plu. Les couleurs, l’exotisme, le voyage. Il y a quelque chose de très solaire, mais en même temps un peu inquiétant. Sans le connaître, j’avais toujours une certaine attirance.

– Il est beaucoup question du côté sauvage de Gauguin. Et le vôtre?

– Je ne sais pas si je suis si sauvage que ça… j’aimerais bien l’être un peu plus. Je suis très civilisé en fait, même s’il m’arrive parfois de sortir de mes gonds. Mais non, je ne suis pas du tout un sauvage. J’ai même l’impression d’être assez sophistiqué d’une certaine manière. Mais disons que… je ne suis pas que poli. Voilà!

– Mais sur le tournage, vous avez choisi la nature plutôt que les palaces pour votre temps libre…

– Et comment! C’était aussi simple que fantastique. J’ai beaucoup de gratitude envers ces gens qui m’ont pris par la main et qui ont partagé leurs secrets avec moi. Ils m’ont emmené plonger, voir les baleines. J’ai pu les suivre dans leur quotidien qui est incroyable. Ce contact perpétuel avec la nature, c’est si fort. C’est ce que je retrouve dans mon autre chez-moi au Brésil et qu’on est en train de perdre ici.

Créé: 19.09.2017, 14h13

Critique

Un paradis imaginé

Ceux qui veulent embarquer pour un archipel aux paysages de carte postale, histoire d’échapper à la déprime automnale, sont habités par le même désir que Paul Gauguin.

Un homme fauché, en mal d’inspiration, qui fuit la grisaille parisienne pour un monde rêvé, où il retrouverait son désir de créer et se sustenterait de poisson et de fruits juteux.

Mais le Tahiti du peintre, filmé par Edouard Deluc avec un filtre nostalgique qui dilue le turquoise habituellement irrésistible des lagons, n’est pas ce paradis imaginé.

Gauguin, nom que les curieux locaux prononcent «Koké» – un Vincent Cassel habité à la transformation physique comme toujours impressionnante –, y souffre, mais parvient à reprendre ses pinceaux grâce à sa muse adolescente, Tehura. Volontairement limité à cette période que le peintre raconte dans Noa Noa, le film donne envie de se perdre dans ses toiles.

TC



Sortie mercredi 20 septembre

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