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«La vie est incroyable, j’en goûte chaque suc et je n’en reviens pas»

Acteur trois fois césarisé, rare Français capable de passer d’un James Bond à un film d’auteur, Mathieu Amalric ouvrait mercredi sa chemise et la Piazza Grande.

Mathieu Amalric: «C’est la plus belle projection du monde!»

Au détour d’une ruelle, une terrasse minuscule tient au frais Mathieu Amalric et une bouteille d’eau gazeuse. Sur le banc à ses côtés: la sacoche distribuée aux participants de la 70e édition du Festival du film de Locarno, c’est tout. Un visiteur comme un autre, chemise ouverte et barbe sauvage, que le poids de trois César n’encombre pas, qui rêverait de passer dix jours dans la cité tessinoise pour se «cogner toute la rétrospective Jacques Tourneur». Et ne transpire nul stress à la perspective de présenter le film de Noémie Lvovsky, Demain et tous les autres jours, en ouverture du round anniversaire, devant 8000 personnes sur la Piazza Grande. Regard intense, implication flirtant avec l’exaltation: Amalric comme dans ses films, passionné, déroutant. Impeccable.

Vous faites partie cette année de la délégation très fournie du cinéma français invitée à Locarno…

Je suis venu soutenir Noémie, avec plusieurs membres de l’équipe, il y a un côté famille. Ce mercredi soir, elle va montrer son film pour la première fois. Elle peut se demander comment une telle foule va recevoir cette histoire très intime de relation entre une mère et sa fille — et un oiseau! Mais ici, on se sent protégé: les gens aiment tellement le cinéma, il n’y a pas ce côté business comme à Cannes. Locarno, c’est Locarno. J’y suis venu comme réalisateur pour Le stade de Wimbledon, c’était magique. Et aussi avec les frères Larrieu, pour Les derniers jours du monde, un film sur l’apocalypse dont la projection a été frappée par un orage. Les gens sont restés en déployant toute leur ingéniosité pour se planquer de la pluie. C’était dantesque, merveilleux.

Vous aviez déjà joué pour Noémie Lvovsky, dans son «Camille redouble». Son cinéma aux frontières de l’étrange semble vous convenir idéalement?

J’adhère tout de suite, oui. J’ai la chance de ne pas avoir besoin de jouer tous les jours pour me sentir vivant. J’essaye surtout de faire mes propres films, c’est ça ma vie. Mais quand Noémie m’invite à faire partie de son monde, j’arrive. Demain et tous les autres jours a connu une histoire étrange: il a eu deux vies (ndlr: lire encadré). Je ne l’ai pas vu achevé, je suis d’autant plus curieux de le découvrir sur la Piazza Grande.

Vous y jouez un père qui vit à distance la relation intense entre son ex-femme et sa fille de 9 ans. Avec, du coup, des apparitions plutôt rares.

Ce n’est pas un père absent, mais un père qui a choisi de laisser la place à un amour entre la mère et sa fille, et qui se trouve juste comme une vigie, qui protège de loin. C’est un acte de générosité. Mais restons sur le cœur de l’histoire, qui concerne vraiment la relation entre Noémie et sa «fille», Luce Rodriguez.

Mais c’est de vous dans ce film que l’on parle…

Oh, on parle de moi parce que l’attaché de presse m’a bourré la journée alors que je voulais aller faire du vélo (Rire). J’aime le cinéma de Noémie, j’aime Noémie, je suis bouleversé qu’elle me demande d’être un homme dans ses films.

Vous avez été un méchant dans James Bond, tourné avec Steven Spielberg, Wes Anderson et Luc Besson. Est-ce un privilège de pouvoir choisir entre cinéma d’auteur et grosses productions internationales?

Privilège… mais on ne vit pas comme ça! La vie est incroyable, j’en goûte chaque suc et je n’en reviens pas. J’ai commencé à 17 ans en faisant tous les métiers du cinéma, et comme je l’ai dit mille fois, c’est-Arnaud-Depleschins-qui-m’a-inventé-comme-acteur-j’avais-déjà-32-ans. Je suis tombé dans le cinéma pour fabriquer des films, c’est tout. Jouer dedans, ce n’est qu’une partie.

Mais jouer dans un Besson ou un Larrieu ne doit tout de même pas être la même expérience?

L’échelle n’est pas la même. Mais c’est tout. (Agacé) Il ne faut pas mettre les trucs dans des boîtes. Parlons plutôt de Cendrillon, de cadeaux: chaque film est une expérience précise dans un moment de la vie. Parce que j’ai eu un César, j’ai eu le droit de passer des castings, et voilà. On aime ou non, mais Spielberg peut être considéré comme un auteur, et notamment quand il a fait Munich. James Bond, c’est anglais, il n’y a pas un Américain dans ce film. Et Besson, c’est un gosse! Après, on aime ou pas son goût, mais c’était amusant de jouer un héros de bande dessinée trois jours dans ma vie.

Le mot privilège vous a fait tiquer?

Oui, je préfère chance, ou hasard. Tout ce qui importe, finalement, c’est de travailler avec un cinéaste habité. Tu peux te faire chier sur un film monté avec trois amis, où ton pote n’a pas bossé et c’est nul. Et tu peux t’éclater sur une énorme production, parce que le réalisateur a une vision. Spielberg, il enlève toute l’équipe et bosse avec deux acteurs, sans papier, sans rien. Et la grosse machine vient ensuite.

Votre projet de tourner «Le rouge et le noir» est-il toujours en l’air?

J’y avais beaucoup travaillé il y a quelques années, comme une espèce de tristesse nocturne. Je ne dormais pas la nuit, j’étais très malheureux, alors je m’étais créé une grotte avec Stendhal. Mais d’autres choses sont arrivées ensuite, je ne prévois rien.

Quel projet immédiat alors?

Demain matin, je loue une voiture et je me casse, loin! Dans la Ruhr. Mon amoureuse est chanteuse d’opéra et répète Pelléas et Mélisande à Bochum. Je vais bouquiner, je serai en jachère, enfin.

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