Vanessa Paradis en reine du porno gay!

Festival de Cannes«Un couteau dans le cœur» de Yann Gonzalez fictionnalise autour d’une productrice célèbre.

Rarement Vanessa Paradis a été aussi inspirée et belle que dans le film de Yann Gonzalez.

Rarement Vanessa Paradis a été aussi inspirée et belle que dans le film de Yann Gonzalez. Image: KEYSTONE

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Cannes est d’abord un territoire de contrastes. Il faut en effet s’imaginer des belles gravir les marches du Grand Théâtre Lumière en Balenciaga ou en Givenchy, flanquées de leurs beaux empingouinés, tous ces falbalas pour découvrir un film où des garçons se sodomisent face caméra avant de se faire poignarder violemment le rectum. Entre ces deux formes de représentation, il y a toute un monde, que seul le cinéma réunit.

Yann Gonzalez, dernier cinéaste français de la compétition, sélectionné in extremis avec «Un couteau dans le cœur», a réussi à concilier ces extrêmes avec un film plus étonnant que détonant, et quelque part moins sulfureux que ce qu’on craignait (ou souhaitait). Coproduit par la société genevoise Garidi Films, par la RTS et par le Genevois Jamal Zeinal Zade, qui brillent tous trois au générique de début, ce métrage fictionnalise autour d’une productrice de légende des années 70 et 80, Anne-Marie Tensi. Incarnée (sous un autre nom) par Vanessa Paradis, elle n’a produit essentiellement que des pornos gays, était elle-même lesbienne, maîtresse de la monteuse de ses films et semble-t-il d’une dureté peu commune.

Si le film ne cherche pas forcément à en donner une image authentique, il se profile comme un thriller dans lequel plusieurs acteurs tournant avec elle sont tués les uns après les autres. Pourtant, l’intrigue policière est un leurre, Gonzalez étant davantage préoccupé par la reconstitution de l’état d’esprit d’une époque – quitte à fantasmer des séquences sans verser dans la nostalgie – que par la solidité de l’enquête policière qui occupe le devant de ce peu commun jeu de pistes.

Le sexe de Cantona

Dans son premier film, «Les rencontres d’après minuit», dévoilé à Cannes en 2013 (à la Semaine de la Critique), il réunissait, dans un parfum de soufre et de clandestinité, des personnages désassortis pour une partouze. Parmi les comédiens, on retrouvait un certain Éric Cantona, affublé d’une énorme prothèse en guise de sexe, et le film (sorti à Genève dans une confidentialité scandaleuse), n’était jamais prévisible. Ce sentiment-là, très insécurisant pour le spectateur (et c’est tant mieux!), on le retrouve dans «Un couteau dans le cœur», malgré son contexte à la fois balisé et inconnu, soit le porno gay français d’avant la vidéo, dont l’occultation, hormis chez des historiens comme Christophe Bier, est aujourd’hui réelle, la quasi-totalité de ces films étant perdus.$

Cette donnée-là est fondamentale, puisqu’elle permet à Gonzalez d’avoir champ libre pour recréer un monde récent dont presque aucune image ni représentation ne subsiste. Il peut dès lors donner corps, avec la complicité de ses acteurs – Vanessa Paradis a rarement été aussi inspirée et belle –, à des fantômes engloutis par le passé et les en faire jaillir comme Méliès faisait bondir des magiciens de ses boîtes aux premiers temps du cinéma. Le film est à la fois subtil, jouissif et intelligent, ce qui n’était pas forcément gagné. En revanche, il y a peu de chance qu’on le retrouve au palmarès, tant son refus d’intégrer toute forme d’enjeu social paraît poser problème dans le contexte cannois 2018. Regrettable, mais qu’y peut-on?

Palme d’or à «Capharnaüm»?

La Palme d’or, puisque c’est de cela qu’il s’agit, risque en effet de couronner le poignant «Capharnaüm» de Nadine Labaki, drame qui contient à peu près tout ce que les jurés risquent d’aimer. Le film confronte un gosse de 12 ans déchirant de vérité à toute la misère du monde. Portant plainte contre ses parents pour lui avoir donné la vie, il est au centre de toutes les strates de la pauvreté que peut contenir Beyrouth. Il y a là un souffle romanesque d’une rare puissance, de l’émotion qui déborde de partout, les thèmes des migrants, des violences sexuelles (entre autres), et c’est une femme qui réalise. Tout pour plaire au jury présidé par Cate Blanchett. Au point que certains affirment que les jeux sont faits. Peut-être, mais parfois, le palmarès vient contredire ce type de certitudes. Pour notre part, on verrait davantage «Burning» de Lee Chang-dong, superbe objet de cinéma reposant sur le mystère insondable de l’âme humaine, remporter le morceau. Mais on n’y croit guère. Réponse samedi soir. (TDG)

Créé: 18.05.2018, 18h15

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