Semoun, au coin!

CinémaL’humoriste se met en scène en pion dans «Ducobu 3». Interview.

Elie Semoun, 56 ans, comédien, humoriste et désormais metteur en scène.

Elie Semoun, 56 ans, comédien, humoriste et désormais metteur en scène. Image: DR

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Zébulon à la voix perchée, crooner de charme en costard noir, moitié du duo Élie et Dieudonné divorcé pour le meilleur et surtout le pire dans les années 90, ou humoriste névrosé… le petit Semoun, 56 ans, reste cet inclassable à chercher au fond de la classe, un bonnet d’âne à la main. Ces jours, l’éclectique récidive en instit grincheux dans «Ducobu 3». Examen de passage.

Pourquoi choisir «Ducobu 3» pour passer à la réalisation?
Dans la vraie vie, artistique ou pas d’ailleurs, j’aime les défis. Avec mon producteur, j’avais envie de revenir à Ducobu. Un soir, l’éclair est venu: nous allions pousser la cohabitation d’un cadre scolaire intemporel et de la triche moderne. Un instit Latouche qui cause comme ça n’existe plus, et le charme justement, c’est de le plonger dans ce mélange de folie et de réalisme contemporain.

Avec de surcroît un esprit BD presque caricatural.
Et le tout montre, du moins je l’espère, mon propre univers. Un gros bon délire… et jusqu’ici, je n’ai eu que des compliments de la part des enfants.

Sans doute des cancres?
Mais non. Pour avoir tourné avec des gamins, je sais qu’ils ne savent pas dissimuler. Ils peuvent mentir pour des bêtises, pas sur la longueur. Là, ils n’avaient pas l’air d’être déçus. Et en double lecture, leurs parents retrouvaient leurs souvenirs de gosses, en plus drôle.

Vous avez joué le Petit Nicolas de Goscinny. Quelle cour d’école préférez-vous?
Oh, j’ai grandi avec le Petit Nicolas, je m’en sens beaucoup plus proche que Ducobu que je n’ai pas connu par la BD (ndlr: créée en 1992 par Zidrou et Godi).

Humoriste, vous gardez un pied dans l’enfance. Où mettez-vous l’autre, d’ailleurs?
Dans une réalité très dure… comme le dit mon dernier spectacle, «Semoun et ses monstres». L’enfance me permet de fuir notre société si violente, cruelle. Je suis souvent choqué par ce que nous imposons à la planète, aux femmes, aux enfants. Je me débarrasse de cette colère par l’imaginaire. Ce film transcrit mon ambition exacte: faire marrer les enfants tout en adhérant à leur vision dans un total lâcher-prise.

Comment était-ce de bosser avec eux?
Il y a eu des moments difficiles, il ne fallait pas que ça parte en sucette car ils parlent très vite, «mangent» les dialogues. Je n’y comprenais rien. Mais pour finir, je me suis senti l’un des leurs.

Quel genre d’enfant étiez-vous?
Un rêveur, qui écrivait partout des poèmes. Dans ma bulle et à d’autres moments, petit rigolo du collège. Je faisais l’idiot pour que les filles me remarquent, amoureux tout le temps. Je crois que ça s’appelle «un petit garçon attachant». J’ai perdu ma mère à 11 ans. En fait, j’ai profité de mon statut d’orphelin, les profs m’aimaient pour ça.

Quelles étaient vos trouilles?
Je faisais un rêve récurrent, un monsieur avec de longues grosses moustaches qui venait dans ma chambre, et j’en pissais au lit. Mais la vraie terreur, c’était la mort. À cause de ma mère sans doute.

Pourquoi convier les monstres sur scène?
Les exorciser, tout ça… le rire permet de se guérir soi-même, et guérir les gens aussi peut-être.

Mais vous persistez à toucher à tout. Pourquoi cette dispersion?
Un artiste doit pouvoir s’exprimer où il veut. Moi dans la vie, j’aime l’opéra, le Barça, les animaux, le jazz ou David Bowie.

Vous avez même publié un manuel de jardinage, «Pelouse interdite». Étonnant, non?
Pas pour moi. En tournée, je passe mon temps libre dans les jardineries. J’ai ainsi un magnifique spécimen de Crassula ovata, ou arbre de Jade, une succulente quoi, qui vient de Genève. J’ai aussi des ruches.

Ça devient encore plus compliqué de vous cerner.
Et vous pouvez ajouter ce fantasme d’artiste comique: m’écrire un vrai rôle dramatique. Même pas pour surprendre la galerie.

Vos textes ne sont jamais politiques. Restez-vous échaudé par la rupture avec Dieudonné?
Sans doute. Il a fait cette grosse erreur de mélanger politique et création. C’est son problème, plus le mien. J’ai rebondi. Maintenant, lui joue dans des bus. Or, à mon avis, un comédien, ça joue au théâtre.

Créé: 04.02.2020, 22h53

Une comédie pour les cancres

Critique

Comédie
France, 90’, 8/10
Cote: *

Qui, de nos jours, s’intéresse encore aux pitreries de l’élève Ducobu? Ce bon gros cancre qui bulle au fond de la classe depuis près de 30 ans n’a guère changé. Tout au plus se goinfre-t-il désormais avec plus de modération. Pour son père esseulé, c’est fête avec la voisine qui s’avère être la mère de la surdouée du collège Saint-Potache. Un nouveau va bouleverser la technique de la triche. Menés à la baguette par Élie Semoun, les comédiens, jeunes ou vaccinés, assurent ce cahier des charges. Ou ce pensum, suivant l’humeur. Ceux qui croient très fort aux miracles se laisseront aller. Inutile de coller l’élève Semoun, ici réalisateur de cette entreprise potache.

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