«Le roi lion» se paie un lifting

CinémaLe plus beau triomphe des Studios Disney est adapté en prise de vue réelle. Avec quelques modifications très significatives de l’époque.

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Classique absolu, «Le roi lion» sauve sa peau filmé en prise de vue réelle. La faute au scénario qu’Irene Mecchi, coauteur en 1994, résumait d’une formule: «Hamlet rencontre Bambi en Afrique, c’est Bamblet.» Le fantôme shakespearien du père hante Simba, qui culpabilise après sa mort. L’héritier en fuite trouvera ses Rosencrantz et Guildenstern en Timon le suricate et Pumba le phacochère.

Le fourbe Scar pose en oncle cupide, Nala en innocente Ophélie. La cassette vidéo de leurs exploits a traîné dans tous les foyers, puis le DVD. Le film vient d’être diffusé à la télé, comme une bande-annonce au nouveau «Roi lion». L’est-il vraiment? Les studios insistent sur leur fidélité à ce chef-d’œuvre symbole de leur renaissance dans les années 90. Même si, pour l’anecdote, ce «Roi lion» fut réalisé par une «deuxième» équipe, les cadors bossant sur «Pocahontas» dans la vague des héroïnes d’alors, Petite Sirène et autre Belle.

Ces animateurs surdoués amenèrent un petit vent de folie sur la savane. Ainsi de Pumba le cochon pétomane et Timon le nullissime gagman qui embarquent le lionceau dans leurs délires après la tragédie. Ça swingue dans les lianes, ça se déhanche costumé en vahiné, ça rote cracra. L’euphorie «Hakuna Matata» s’estompe dans la mouture actuelle, ça ne balance plus «porc» ou «carnivore», tout comme s’atténuent les émotions humaines sur les faciès animaux en 100% poil CGI (computer-generated imagery).

La dissertation sur l’identité s’en trouve simplifiée. Pareil pour des séquences de pure animation, le trio anthologique, par exemple, de profil sur un tronc, le lionceau devenant lion en quelques secondes, a disparu. Ces altérations sont compensées par une lecture contemporaine du conte. L’écologie prend le dessus sur l’affirmation du déterminisme social. Ça rigole moins.


En chiffres

1 à 1,5 milliard de dollars, le box-office mondial prédit par le magazine Forbes pour «Le roi lion» en prise de vue réelle sur son exploitation salles en 2019, la plus forte variable restant le marché chinois. Au «pire», le score devrait flirter avec le milliard. En 2016, le remake du «Livre de la jungle» a voisiné avec le milliard de recettes.

987 millions et des poussières, le score mondial du «Roi Lion» en 1994. Record absolu pour une animation dessinée «à la main», définitif donc.

4,9 millions, les ventes de la B.O. en 1994, citée 3 fois aux Oscars en catégorie musicale, No 1 des charts durant 10 semaines. De quoi donner des idées de music hall.

15 brouillons sur plusieurs années pour Tim Rice avant de finaliser «Can You Feel the Love Tonight». Elton John créa le tube oscarisé, Beyoncé le chante dans la version 2019, ramenant ses millions de groupies «Girl Power».

32 millions, le nombre de cassettes VHS du dessin animé du «Roi lion» vendus aux USA, 3 millions pour la France.

1997 Création de la comédie musicale à Broadway, six Tony Awards. Le 5 juin dernier, le show fêtait la 9000e séance new-yorkaise. Il s’est exporté dans plus de 20 pays et a été vu par environ 1,5 milliard de fans, en huit langues.

Créé: 16.07.2019, 17h14

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Du danger de la carte postale



Le passage de l’animation en prise de vue réelle a poussé à limiter les plans panoramiques, abondants dans la version originale. Soudain, ces couchers de soleil et autres vues aux couleurs somptueuses viraient aux clichés touristiques. Jon Favreau admet n’avoir filmé qu’un paysage réel. Par contre, jadis trop complexe à mixer en animation, l’interaction des espèces animales est plus marquée. Désormais, lors des rassemblements au pied du rocher, les races se mélangent mieux, et même en plans rapprochés.



L’Afrique fait entendre ses voix



Selon la tradition, la voix, enregistrée au préalable, donne l’impulsion du dessin – usage magnifié par le «Génie» Robin Williams dans «Aladdin» (1992). En 1994, le shakespearien Jeremy Irons crée donc Scar, l’oncle mécréant. Quota oblige, l’Anglais est remplacé ici par un Afro-Américain, Chiwetel Ejiofor. Idem pour Matthew Broderick évincé en Simba par le DJ black Donald Glover. Beyoncé, tout «Girl Power» devant, assure en Nala, éjectant Moira Kelly. Seul James Earl Jones rugit toujours en roi Mufasa.



Un destin dans l’air du temps



Personnage identificateur, Simba doit coller à la jeune génération. Dans le premier «Roi lion», les gags carnivores abondaient dans la phase «Hakuna Matata», ici, ils s’atténuent. Mieux, le lionceau adopte un régime quasi végétarien de vers de terre sans grimacer. S’il ne roule plus des fesses de post-ado macho, il arbore une plastique parfaite loin de la dénutrition. Jadis, une chanson sur la dégustation d’insectes avait été écartée, «trop dégoûtante». En 2019, bouffer des larves tient de la saine diététique.



Plus de réalisme, moins d’anthropomorphisme



Disney a été critiqué pour son anthropomorphisme à outrance. En prise de vue réelle, des corrections s’imposent. Les dialogues sont resserrés pour éviter les mouvements faciaux. Le babouin largue son bâton de sagesse la plupart du temps. Le suricate Timon marche souvent sur 4 pattes. L’hyène s’est révélée, selon le cinéaste Jon Favreau, impossible à caractériser façon 1994, quand Shenzi (Whoopi Goldberg) menait le bal, avec deux comparses abruties. «Résumées» à une menaçante armée, elles ricanent moins.

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