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Robin Harsch sur la trace d’ados transgenres

Dans «Sous la peau», le réalisateur genevois filme la transition de trois jeunes.

Robin Harsch: «Le film m’a ouvert l’esprit, à moi, mâle hétéro cisgenre.»
Robin Harsch: «Le film m’a ouvert l’esprit, à moi, mâle hétéro cisgenre.»
LAURENT GUIRAUD

Malgré la morosité ambiante, il garde la patate. Malgré l’annulation du FIFDH, où son film «Sous la peau» devait être dévoilé en première suisse, il conserve le moral. Et malgré l’annonce de restrictions dues au coronavirus, il respire, car son film passe dans la petite salle du Bio, 25 places, qui n’est absolument pas impactée par les différentes mesures. Reste que le cinéaste genevois Robin Harsch, dont on suit la carrière depuis longtemps, aborde un sujet sur lequel personne ne l’attendait. En faisant le portrait de trois ados transgenres et en filmant leur transition sur plusieurs mois, il réalise un documentaire personnel et émouvant, inattendu et d’une grande tendresse. Tout cela méritait bien qu’on fasse le point avec lui.

Comment êtes-vous arrivé sur ce sujet?

Un peu par hasard. C’est l’ancienne directrice de Dialogai qui m’a contacté pour m’expliquer qu’elle ouvrait le premier Refuge suisse, lieu à l’origine destiné à venir en aide aux jeunes homosexuels en détresse. L’idée était de faire un portrait du lieu. Mais la plupart des jeunes qui y étaient ne voulaient pas parler devant une caméra. Puis un jour j’ai rencontré Effie, qui venait d’arriver à Genève. Elle m’a ouvert la porte du groupe de parole trans. Le sujet devenait alors évident.

Vous êtes hétéro et cisgenre. Vous êtes conscient qu’on ne vous attendait pas du tout sur ce sujet?

Tout à fait. Cela dit, je connais plein d’homos et n’ai aucun souci avec ça. En revanche, je ne savais rien de la transidentité. C’est vraiment cette jeunesse en quête d’identité qui m’a fasciné.

Au début du film, on voit vos enfants et vous leur demandez, en off, s’ils se sentent plus garçons ou filles. Cette séquence introductive sert-elle aussi à rappeler qui vous êtes?

Elle est destinée à me situer. Au début du film, je ne me sentais pas assez présent.

Comment s’est organisé le tournage?

J’ai tourné sur deux ans et demi. D’abord seul, sans société de production. Chaque début de semaine, j’appelais les trois ados que j’avais décidé de montrer. Au départ, ils étaient six, mais deux ont refusé et avec l’un des autres, c’était délicat. Il ne faut pas oublier que certains, même si ce n’est pas la majorité, vont mal et ont des difficultés avec leur famille.

Aviez-vous déterminé le moment où vous arrêteriez de les filmer et où le film stopperait?

Je m’étais fixé six mois mais ce n’était clairement pas assez. J’ai même eu de la peine à m’arrêter. Le moment où Logan se fait opérer permettait finalement de conclure. J’ai commencé à monter en janvier 2019.

Vous voyez encore les trois personnages du film, je suppose?

On reste très proches, oui. Je les vois encore évoluer.

Qu’est-ce que le film vous a appris?

Qu’entre les hommes et les femmes, il existe beaucoup d’autres identités. Que les transgenres peuvent être mes voisins. Et que tout cela ne résulte pas d’un choix. Mais j’avais un peu peur des a priori avant.

Et que vous a-t-il appris sur vous-même?

Que j’étais quand même un mec qui était resté dans les carcans. Le film m’a ouvert l’esprit, à moi, mâle hétéro cisgenre. En me montrant qu’il n’y a pas seulement les hétéros d’un côté et les homos de l’autre. Et puis ce projet m’a surtout confirmé qu’au cinéma, je dois suivre mon instinct.

Auparavant, vous caressiez des envies de fiction. Où en est-ce?

Je n’ai pas renoncé. Mais «Biceps», mon long-métrage précédent, qui m’a pris environ huit ans de ma vie pour être vu au final par 200 personnes, m’a cassé le moral. J’ai des idées, deux en ce moment. Mais je n’arrive pas à attaquer.

En documentaire, d’autres sujets sur le feu?

Oui, deux là aussi, dont l’un tournera autour des personnes de 40 ans et leur peur de vieillir.

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