«Le Redoutable», le film événement qui malmène Godard

Festival de Cannes Le long métrage de Michel Hazanavicius séduit, tandis que «120 battements par minute», de Robin Campillo, prend une option sur la Palme.

Louis Garrel dans «Le Redoutable»

Louis Garrel dans «Le Redoutable» Image: EPA

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Plus dure sera la Palme. A voir le nombre de coups de cœur en compétition depuis le 17 mai, on peut parier que le jury de ce 70e Festival de Cannes risque bien de s’arracher ce qui lui reste de cheveux au moment d’attribuer la récompense suprême. Après le choc du film du Russe Andrei Zvyaguintsev, Faute d’amour (lire notre édition de samedi), on peut compter sur la causticité inédite de The Square du Suédois Ruben Ostlund, ou sur le surréalisme social de Jupiter’s Moon du Hongrois Kornel Mundrunczo pour éventuellement jouer les trouble-fêtes.

Et puis il y a les deux films français présentés ce week-end. 120 battements par minute de Robin Campillo et, surtout, le redouté Redoutable de Michel Hazanavicius, précédé de fausses rumeurs plus ou moins pernicieuses. A en croire certaines voix parisiennes (mais on n’a rencontré personne l’ayant visionné avant), cette adaptation d’un roman d’Anne Wiazemsky racontant ses années Godard, avec Louis Garrel dans le rôle du précité, serait un navet de la plus belle eau. Mais c’est mal connaître le réalisateur de The Artist, qui a pourtant pâti d’une projection perturbée par une sérieuse alerte à la bombe (lire notre chronique ci-contre). En quelques plans et deux séquences, il déjoue les a priori et se met à peu près tout le monde dans la poche en usant d’ingrédients déjà présents dans le fameux The Artist.

Audaces formelles

Sous couvert de reconstitution et d’une certaine véracité, il met en scène le pastiche d’une époque, en forçant légèrement le trait. Cette époque, c’est celle où Godard renie ses débuts avec la Nouvelle Vague pour entamer sa révolution, manifester à Nanterre et dans la rue, interrompre le Festival de Cannes, et surtout remettre en question sa conception du cinéma, jusqu’à nier le pouvoir du metteur en scène. C’est aussi l’époque de sa relation amoureuse avec la petite-fille de François Mauriac, Anne Wiazemsky, qui se cherche encore, fait l’actrice dans La Chinoise (de Godard) avant d’aller tourner ailleurs et de quitter un Pygmalion qui l’étouffe et la rabaisse.

La surprise du Redoutable, c’est l’humour. Louis Garrel campe un Godard vraisemblable et comique, aux saillies redoutables, créant un personnage chargé et rarement tendre. Le film malmène clairement le mythe, tout en jouant avec ces audaces formelles dont Hazanavicius reste friand (exemple avec une séquence en négatif, un rien gratuite, il est vrai). Il signe un film léger et coloré, assumant parfaitement un point de vue qui est celui de la relecture et non de la dissertation. Quant à Godard, déjà mis en cause par Agnès Varda dans une séquence de Visages, villages (projeté la veille) au cours de laquelle il pose un lapin à la cinéaste de 88 ans, on ignore s’il a vu le film. Ou d’ailleurs s’il en manifestera l’envie, ce qui n’est au fond pas très important.

Le deuxième film français remarqué ce week-end, c’est bien sûr cette évocation des années Act Up-Paris, cet éblouissant 120 battements par minute de Robin Campillo. Fausse fresque historique, ce film choral aussi intense qu’émouvant, majoritairement composé de scènes de réunions militantes, relate une histoire d’amour qui va petit à petit prendre le pas sur la grande Histoire. Sans pour autant la délaisser. Le miracle du film, c’est de tenir la route aussi bien sur le plan individuel que collectif. Et plus encore.

Public en larmes

Car grâce à une séquence finale – sans doute la plus belle scène d’adieux de tout le cinéma français de ces vingt dernières années –, Campillo parvient à dépasser son sujet, à aller au-delà de la simple exposition ou de l’œuvre à thème. C’est là le propre des grands films et, à ce stade, 120 battements par minute, avec son éblouissant casting – Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois et tous les autres –, se profile comme le grand favori pour la Palme d’or. ll faut dire que toutes ses projections ont été ovationnées par un public en larmes et que l’unanimité autour du film est totale, aussi bien dans les médias français que dans la presse internationale. Bien sûr, il faut se méfier des engouements de festival et des soufflés qui parfois retombent. Mais ces 120 battements ne diminuent pas, bien au contraire. Les pulsations du film continuent à résonner dans nos mémoires. Même si la moitié du festival est à peine atteinte.

Créé: 21.05.2017, 18h59

Alerte à la bombe sur la Croisette

Du vent dans les palmes

Non, le titre de cette chronique n’a rien de décalé. Expérience vécue en temps réel, juste avant la première projection de presse du Redoutable de Michel Hazanivicus. Samedi, 19 h 30, Théâtre Claude Debussy. La foule est compacte, les portes ne s’ouvrent pas. Les journalistes s’impatientent, écrasés sous le soleil, pendant que les équipes du palais semblent s’affairer, tout comme la cheffe de presse du festival et l’attachée de presse française du film, rivées à leurs portables. On sent que quelque chose ne tourne pas rond. Ce type de retard, à Cannes, est anormal. Lorsque tout à coup, hôtesses et gardes descendent d’un seul tenant les marches et intiment à tout le monde d’évacuer d’urgence. Cohue générale, panique. Je recule de cent mètres. Avec un confrère de la RTS, nous sommes légèrement inquiets. Autour, les gens parlent d’alerte à la bombe, de colis suspect. Le palais aurait été évacué, la séance de gala de l’Auditorium Lumière stoppée net. Info, intox? Des cars de policiers sont en tout cas arrivés, et les badauds postés devant les marches officielles désertent les lieux. Faute de nouvelles, on consulte Twitter. Mais il n’y a rien. Cela dure dix, peut-être vingt minutes. Et puis tout redevient normal, la foule bouge à nouveau, les journalistes passent le contrôle au compte-gouttes. Je demande ce qu’il en est à un agent, qui me répond en souriant et avec l’accent: «Juste un colis suspect qui était dans la salle. Ils ont appelé les équipes. C’est la procédure, que voulez-vous.» Elle semble en tout cas bien rodée, la procédure. La séance a finalement démarré avec – seulement! – une heure de retard. P.G.


















































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