«Le Père Noël existe, voyons!»

CinémaDans «Santa & Cie», Alain Chabat joue un Père Noël en souci. Rencontre.

Alain Chabat en Père Noël vêtu de vert pour sa nouvelle réalisation, «Santa & Cie», en salle dès le mercredi 6 décembre.

Alain Chabat en Père Noël vêtu de vert pour sa nouvelle réalisation, «Santa & Cie», en salle dès le mercredi 6 décembre. Image: DR

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Alain Chabat ne doute de rien. L’acteur réalisateur rentre de «sa» Laponie avec ce qu’il considère comme un quasi-documentaire, Santa & Cie. Tout juste sexagénaire, la mèche encore grisée par les soucis de son héros à barbe blanche, le cinéaste, de passage à Genève, confie: «Le Père Noël, je le voyais plus lunaire, plus largué. Il ne travaille qu’un soir par année, cela limite fortement ses mouvements.»

Parmi ses films de chevet, ce cinéphile pur et dur avoue avoir visionné une trentaine de fois La vie est belle, de Frank Capra, et sans doute autant de fois le mythique Le Père Noël est une ordure. «Je suis un fan de base, j’adore les films de Noël. En France, on diffuse plus ou moins toujours les mêmes durant les Fêtes.» Comme tant de spectateurs à moitié assoupis devant le poste, il a ainsi cédé à Love Actually, de Richard Curtis, Le Grinch, de Ron Howard, Fantômes en fête, de Richard Donner, etc.

Pourtant, sans forcer la promotion, l’éternel gamin insiste, la magie cinématographique se joue dans les salles. Avec un sourire extatique, il confie un souvenir de kid émerveillé: «Je découvrais invariablement le dernier Walt Disney au cinéma Rex à Paris. Mais ce que j’adore par-dessus tout, c’est me trouver à New York et visionner un film qui se déroule dans les rues de New York au moment de Noël.» Au-delà, l’artiste avance un critère irrésistible: «Je refuse de tourner les films que je n’ai pas envie de voir. Ou ceux que j’ai l’impression d’avoir déjà faits. Ou alors, une rencontre avec un cinéaste qui se passe moyennement. Cela étant, j’aimerais bien réaliser un film sans jouer dedans.» Sur le reste, Alain Chabat demeure aussi traditionnel que la dinde au four quant aux flonflons et clochettes de la bande-son des Fêtes. «J’adore Let it Snow!, dans la version de Dean Martin. J’adore aussi, dans un film de Bill Murray, A Very Merry Christmas, une version démente de White Christmas par Miley Cyrus.» Un lutin passe ou trépasse. «Depuis, j’ai même de la passion pour elle.»

Si Alain Chabat cultive la nostalgie, le producteur en lui sait s’intéresser aux progrès réalisés dans le domaine du film familial. Désormais, l’anticonformiste sait combien l’audace peut payer. Ainsi a-t-il partagé ses passions intimes avec le monde entier. Voir le Français, pas si Nul, en vaillant explorateur persuadé de l’existence du Marsupilami, qu’il s’en allait filmer jusqu’en Palombie en 2012. À ses débuts dans la mise en scène, il y a déjà vingt ans, ce clown à l’humour crypté rendait enfin la parole à un chien, Didier. Auteur d’un délirant Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre, superproduction périlleuse qui rentra dans ses frais avec bénéfices à la clé, il finissait de gagner un statut de fantaisiste culte. Improbable rejeton de Goscinny et de De Funès sous forte influence potache de Mad, le modeste s’est inventé un univers, a suscité des vocations. Une école Chabat en somme. «On me le dit, oui. C’est bizarre car j’ai moi-même plutôt l’impression d’être inspiré par les autres.»

Dans Santa & Cie, tout veiné de tradition, la modernité explose en douce, dans le recours à des effets spéciaux intensifs. «J’aime quitter mes zones de confort. Là, comme Santa Claus a un costume vert, tout est tourné sur des fonds bleus.» Là encore, gros chambardement en cours tant cette pratique perfectionnée dans les studios américains devient désormais courante au pays de George Méliès, inventeur historique en matière de trucages du Cinématographe. Et ça bouge dans ce domaine du virtuel jadis accaparé par Hollywood. Après le triomphe international du Petit Prince, «un Éverest en stop motion!» son coproducteur, Aton Soumache, a adapté un classique de la littérature jeunesse, Drôles de petites bêtes. Là encore, il s’agit d’une réalisation 100% française sur les écrans de décembre. Voir encore la franchise Moi, moche et méchant notamment développée à Paris par les studios Illumination Mac Guff, ou les effets réalisés par BUF, la start-up de Pierre Buffin impliquée dans les films Harry Potter, Blade Runner 1949 ou Avatar.

Si, en termes de virtuosité, les artisans de l’Île-de-France ne semblent plus rien redouter de leurs collègues d’outre-Atlantique, leur compétitivité souffrait au niveau du coût en raison de taxes diverses. D’où, récemment, un ajustement bienvenu du gouvernement français qui soigne cette branche de son septième art par une politique de crédits d’impôts. Ces mesures ont eu un effet tangible avec des résultats immédiats: de 60% en 2015, la part des effets spéciaux fabriqués à l’étranger est tombée à 42% en février dernier. Sur Santa & Cie, Alain Chabat évoque «le minigeste citoyen» et collabore avec trois sociétés locales, Mikros, Digital District et la Compagnie générale des effets visuels. L’opération, à hauteur de 5 millions d’euros, permet de matérialiser les lutins en pleine action, comme les facéties des rennes et autres miracles de Laponie. «Mais le Père Noël existe, voyons!» se rebiffe-t-il. Suivant son génie décalé, difficile de ne pas le croire.

Créé: 05.12.2017, 09h59

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