Patricia Plattner, clap de fin

HommageLa cinéaste genevoise, qui luttait depuis quatre ans contre un cancer, est décédée lundi matin.

La réalisatrice genevoise Patricia Plattner est décédée à l’âge de 63?ans, lundi 5 septembre. En 2008, elle tournait «Bazar» à Genève (photo).

La réalisatrice genevoise Patricia Plattner est décédée à l’âge de 63?ans, lundi 5 septembre. En 2008, elle tournait «Bazar» à Genève (photo).

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On la savait malade. Depuis quatre ans, Patricia Plattner luttait contre un cancer. La maladie a fini par emporter la cinéaste genevoise de 63 ans, lundi matin. Triste nouvelle pour le cinéma genevois, d’autant plus qu’elle en était l’une des rares figures féminines et qu’elle avait su s’exporter bien au-delà de ce Carouge qu’elle aimait tant et où elle vivait. En 1979, elle y avait d’ailleurs fondé Les Studios Lolos, collectif dédié au graphisme, à la photographie, à la peinture et au cinéma.

Patricia Plattner, c’est au Festival de Locarno qu’on en a d’abord entendu parler. En 1989, après un premier court-métrage, La Dame de pique, elle y avait présenté un long prometteur, Piano Panier. Cette fiction intimiste centrée autour de l’amitié entre deux jeunes femmes, dont la Portugaise Rita Blanco, lance le style Plattner. Soit un mélange de douceur et d’alacrité qui augure d’un sang neuf dans le cinéma suisse.

Fictions et documentaires

Née le 22 janvier 1953 à Genève, la cinéaste a alors 36 ans. Après des études d’histoire de l’art, elle a bifurqué vers l’audiovisuel et fait désormais partie de cette relève du cinéma romand où le contrôle sur tous les aspects d’un film semble primordial. Production, écriture puis réalisation. Patricia Plattner possède d’ailleurs sa propre société, Light Night Production, créée en 1985. C’est au sein de cette petite structure que la cinéaste va œuvrer durant toute sa carrière. Et loin de se contenter de la fiction, elle se lance également très vite dans le grand bain du documentaire.

En 1993, elle signe Le hibou et la baleine, Nicolas Bouvier, docu étincelant et essentiel autour du célèbre écrivain genevois, dont Plattner transmettra la parole et la pensée avec une précision qui force l’admiration. Certains y verront l’émergence d’une documentariste majeure. Mais Patricia Plattner n’aimait pas se contenter. Dans la foulée du succès du Hibou et la baleine, elle a plusieurs chantiers en cours. Tout d’abord la production. Très proche du producteur Paulo Branco, la cinéaste cofinance, via sa société, Le Val Abraham de Manoel de Oliveira, en 1993. Le choix est intelligent. En parallèle, elle lance la production de son nouveau film, Le Livre de cristal. Le projet est ambitieux et regroupe un casting plus international, composé de Valeria Bruni-Tedeschi, alors quasi débutante, et de Jean-François Balmer. Mais cette exploration des strates de la mémoire, à sa sortie en 1994, se solde par un échec. Est-ce pour cette raison que Patricia Plattner se réfugie alors dans le documentaire? Peut-être. En tout cas elle y excelle. Hôtel Abyssinie (1996) et Made in India (1998) laissent de beaux souvenirs et le sentiment d’un aboutissement personnel.

Mais Plattner ne renonce pas à la fiction. Et elle a raison. Surtout que son film suivant, Les petites couleurs, sera le déclic d’une reconnaissance à l’étranger. Cela étant, elle prend son temps pour l’écrire. Le film coûte plus cher que ses premières fictions, en raison de la présence de deux vedettes, Anouk Grinberg et Bernadette Lafont. Cette dernière deviendra dès ce film une amie très proche de Patricia Plattner.

Un joli succès

A sa sortie en 2002, Les petites couleurs, comédie sentimentale située dans un complexe hôtelier aux personnages attachants et sympathiques, remporte un joli succès. En France, les actrices du film assurent la promo avec ferveur et Plattner se fait ainsi connaître en dehors de la Suisse. Mais cet engouement ne facilite pas pour autant la production d’autres fictions. Et la cinéaste genevoise mettra sept ans avant de monter son nouveau projet, Bazar, toujours avec Bernadette Lafont, devenue une figure de son univers. Entre Les petites couleurs et Bazar, Plattner ne chôme pas et quatre documentaires sont réalisés, permettant à la cinéaste de rester dans la course. En 2009, Bazar, presque entièrement réalisé à Genève (dont de belles séquences tournées au marché aux puces), sort en salles. Mais le public ne suit guère. Patricia Plattner n’aura plus le temps de monter un autre projet. Pourtant, celle-ci gardait le sourire et trouvait toujours le temps, lorsqu’il lui arrivait de nous croiser, de venir échanger quelques mots pour parler de cinéma. Sa gentillesse, son talent et sa générosité vont assurément manquer à Genève et au cinéma.

(TDG)

Créé: 05.09.2016, 17h15

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