«Parasite» écrase tout le monde aux Oscars

CérémonieLe film de Bong Joon-ho, détenteur de la Palme d’or, remporte quatre statuettes.

Bong Joon-ho ne sait plus où mettre tous ses Oscars.

Bong Joon-ho ne sait plus où mettre tous ses Oscars.

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De la Palme d’or à l’Oscar, la coupe est pleine. Le parcours exemplaire de «Parasite» de Bong Joon-ho, sacré à Cannes en mai dernier et désormais auréolé de quatre Oscars, dont celui, inaccessible en apparence, de meilleur film, et cet autre, plus évident, car il y était donné favori, de meilleur film international, achève un semestre pavé de réussites et d’applaudissements. Ou presque, puisque Bong est encore susceptible de remporter le César du meilleur film étranger le 28 février à Paris. Ce qui reste au final plus anecdotique. Ce qu’il faut retenir de cette ascension fulgurante, c’est qu’elle a débuté extrêmement tôt pour ne plus jamais s’arrêter. Dès les premières projections du film sur la Croisette, «Parasite» était donné favori pour la Palme d’or, coiffant sans surprise au poteau la plupart de ses adversaires sérieux, dont Tarantino, qu’il a retrouvé la nuit dernière à Los Angeles.

Aux Oscars, même si on espérait secrètement que le magnifique film polonais «La communion» soit sacré meilleur film étranger, voir «Parasite» triompher dans cette catégorie n’avait rien de très surprenant. En revanche, sa double consécration comme meilleur réalisateur et meilleur film a cueilli tout le monde à froid, avec un effet d’écrasement que rien ne laissait présager, surtout que s’y ajoute en prime l’Oscar de meilleur scénario original. Seuls dix films non anglophones avaient auparavant réussi cet exploit. Pour marquer le coup, «Parasite» ressort en deux versions: l’originale et une autre en noir et blanc désirée par le réalisateur. Entre nous soit dit, cette ressortie était agendée depuis des semaines.

Au final, les poids lourds de cette course de fond, de «The Irishman» de Scorsese à «Once upon a Time in Hollywood» de Tarantino, du «Joker» à l’ultrafavori «1917», devront revoir leurs ambitions à la baisse. Brad Pitt et les décors pour le Tarantino, la musique originale et Joaquin Phoenix pour «Joker», la photographie, les effets spéciaux et le mixage son pour «1917», rien pour Scorsese. Une répartition qui pénalise aussi bien Netflix – seul «Marriage Story» se trouve cité par le biais de Laura Dern, meilleur second rôle féminin – que le grand favori de l’année, ce «1917» sur lequel tout le monde mise depuis son triomphe aux Golden Globes et une sortie planétaire qui a réveillé les aptitudes cinéphiles de ces blogueurs découvrant ce qu’est un plan-séquence.

Grands oubliés

Reste que les dés étaient pipés: plusieurs grands films – «The Lighthouse» de Robert Eggers, «Just Mercy» de Destin Daniel Cretton, «Us» de Jordan Peele, «Ad Astra» de James Gray, pour ne citer que ceux-là – n’étaient même pas en lice, dans aucune catégorie. Alors même si on ne peut pas se substituer aux choix des académiciens, on ne peut que constater que comme toujours, ce sont les films au budget publicitaire les plus confortables qui se retrouvent en meilleure position. Cette règle relativise méchamment l’intérêt de l’événement. La réflexion vaut évidemment pour les César, qui n’ont pas encore eu lieu.

Ratages en série

Quelques lots de consolation garnissent le panier de plusieurs titres méritants mais pas géniaux. Par exemple «Le Mans 66» de James Mangold écope de deux Oscars technique (montage et montage son). «Les filles du docteur March» de Greta Gerwig se voit récompensé pour ses meilleurs costumes, et c’est déjà bien pour un film qui ne mérite pas vraiment de se retrouver si haut. Plus écœurant, l’Oscar de meilleur scénario adapté pour l’horrible «Jojo Rabbit» de Taika Waititi, qui mériterait juste de se retrouver cité comme l’un des pires films de l’année, est presque aussi injuste que l’attribution au raté «Toy Story 4» de la statuette de meilleur film d’animation. L’excellent «Scandale» de Jay Roach n’a droit qu’à l’Oscar des meilleurs maquillages et coiffures, ce qui a presque valeur d’insulte. Enfin, Renée Zellweger a reçu celui de meilleure actrice pour «Judy» de Rupert Goold. Amplement mérité. Dans le rôle de Judy Garland, elle assure de bout en bout, comme vous pourrez le découvrir le 26 février.

Créé: 10.02.2020, 18h14

Tout se vit sur les réseaux

«Quelqu’un a-t-il un lien pour regarder les #Oscars2020?» Désormais, ce genre de cérémonies se vivent sur les réseaux sociaux. On a tenté l’expérience. Car le streaming autorise les commentaires. Et en général les moqueries.

Dans la nuit de dimanche à lundi, sur People, Canal+ ou ABC, cela commence avec le «red carpet». Le défilé est monotone et le glamour affaire de cadrage. Le direct, une fois de plus, ne pardonne pas. À Los Angeles, des trombes d’eau se déversent sur les bâches de plastique servant de toit au tapis rouge. Les présentateurs télés sont gelés et ne s’en cachent pas. Sur le tapis, les stars se succèdent comme pour un défilé de haute couture, surveillées par des chaperons un œil rivé à leurs portables et l’autre sur les traînes des robes qu’il s’agit de réajuster. Sans commentaires, il est bien difficile de reconnaître des visages connus. Make up outranciers, coiffures moches, liftings ratés, démarches chaloupées, robes vilaines et expressions calculées en fonction des photographes. Nous sommes loin de l’usine à rêves.

Pendant ce temps, les premiers Oscars surgissent, et avec eux les critiques. La plupart des twittos s’agacent déjà, car «1917» est donné comme meilleur film. Les Français s’accrochent et caressent l’espoir d’un Oscar pour «Les Misérables», surtout du côté de ceux qui vendent le film et qui ont fait une énorme campagne à Los Angeles pour en arriver là. Mais ces mêmes Français repartiront bredouilles. Ni «J’ai perdu mon corps», long-métrage d’animation de Jérémy Clapin (diffusé sur Netflix dans tous les pays hormis la France, l’une des décisions de production les plus absurdes qu’on ait connu), ni «Les Misérables» de Ladj Ly n’auront la moindre chance. Mais on n’a même pas tenu jusque-là.

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