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Nakache et Toledano filment «Hors normes»

«Frères de cinéma», ils forcent la sympathie. Ainsi soient-ils.

Vidéo: Sébastien Contocollias

Ces mecs sont incroyables. Sous leur allure de «dentiste et avocat bobos» comme les moque gentiment Vincent Cassel, leur recrue dans «Hors normes», Eric Toledano et Olivier Nakache perfectionnent depuis 30 ans un style de comédie qui force la sympathie comme les Tontons flingueurs braquaient les coffres.

Sauf qu’à l’instar des frères Dardenne ou Ken Loach, ces frangins de cinéma ont fait des damnés de la terre leur fonds de commerce. Et qu’à la différence des Belges austères de Namur ou de l’activiste politique britannique, plantés dans la boue collante du malheur, ces deux-là envoient de la vanne. Et ça rigole, souvent avec une viscéralité qui finit par se coincer dans la gorge. «Intouchables», en 2011, sublimait leur commerce artisanal du rire aux larmes. «Pas de bras, pas de chocolat» estampillait un ton que décline à nouveau «Hors normes».

Après les tétraplégiques, les autistes

Après les tétraplégiques, les autistes. Bruno et Malik se décarcassent pour aider les autistes et leurs familles. En marge du circuit officiel, ces éducateurs restent le dernier rempart avant l’internement sous haute médication, les institutions étant débordées par ces cas d’adultes très lourds. Là-dessus, l’État leur envoie l’Inspection générale des affaires sociales qui les menace de fermeture. Comme d’habitude, Bruno lance sa formule magique: «On va trouver une solution!»

Les cinéastes Éric Toledano, 48 ans, et Olivier Nakache, 46 ans, se rencontrent en 1995 et ne se quittent plus depuis (Ascot Elite)
Les cinéastes Éric Toledano, 48 ans, et Olivier Nakache, 46 ans, se rencontrent en 1995 et ne se quittent plus depuis (Ascot Elite)

Pour mémoire, Eric Toledano est né à Paris, de filiation juive marocaine, père énarque, mère bourgeoise. Bref, une enfance tendance Woody Allen à Versailles. Son complice Olivier Nakache est né dans un bercail juif algérien, comme dans le film «Coup de Sirocco», qui a immigré à la cité HLM des hauts de Puteaux. Leur amitié s’enracinera dans le terreau des colonies de vacances. Les gamins y fraternisent en «geeks» fous de cinéma, puis en animateurs qui «éduquent le jeune par le jeune». Il faut fouiller dans ce bagage, qui ressemble plutôt à un sac à dos tous terrains, pour comprendre l’éclosion d’une pareille entité dans le cinéma français.

Encore du vrai

Comme souvent chez eux, «Hors normes» s’est construit sur du vrai, le destin de Stéphane Benhamou, fondateur du Silence des Justes, et Daoud Tatou, du Relais Ile-de-France. Mais à l’écran, ces héros ordinaires prennent des visages de stars. Dès le premier court-métrage, les cinéastes ont attiré la crème des comédiens, Gad Elmaleh, Jamel Debbouze, Roschdy Zem. Au premier long, «Je préfère qu’on reste amis», ils scotchent Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve.

Tant pis pour l’échec commercial, ils ne changeront plus l’alchimie de la star dans le rôle du lambda marginal. Eux qui connaissent par cœur, et in extenso, les dialogues des «Bronzés» savent fondre les grosses personnalités dans la troupe. Vincent Cassel a d’ailleurs signé pour «Hors normes» sans même avoir lu le scénario. Bien vu, le roi des loubards s’y achète un passeport pour le paradis des seigneurs de la comédie. En quelques œillades, le quinqua densifie la poésie et le drame du quotidien en instants étincelants.

C’est l’autre finesse développée par ces réalisateurs fusionnels, l’art du dosage. Qu’il s’agisse d’évoquer la mouise banlieusarde dans «Intouchables» ou les campements clandestins de «Samba», Toledano et Nakache ont appris à avancer en terrain miné de clichés. Encore un miracle, qui s’explique peut-être par la trouvaille d’un extraordinaire ambassadeur de charme dès leur deuxième film en 2006, en la personne d’Omar Sy. Face au géant black barré d’un rire gargantuesque, difficile de chipoter sur une adhésion autre que totale. Car l’ambition du duo est claire: «Aux comédies qui ne cochent qu’une seule case, nous préférons celles qui ont un point de vue sur leur époque.» Plus qu’un message, Nakache et Toledano balancent une attitude.

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