«Les Misérables», un cri d’alarme lancé à Macron

Festival de CannesLe Français Ladj Ly rattrapé par l’actualité dans son premier long métrage sur la banlieue. La critique encense déjà ce brûlot social.

Au centre, le réalisateur du film «Les Misérables» Ladj Ly est entouré par les producteurs Christophe Barral, à gauche, et Toufik Ayadi, à droite.

Au centre, le réalisateur du film «Les Misérables» Ladj Ly est entouré par les producteurs Christophe Barral, à gauche, et Toufik Ayadi, à droite. Image: Keystone

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«J’aimerais que le président voie le film. Je lui demande de nous entendre, de nous écouter. C’est un vrai message que je lui adresse. Je suis prêt à lui faire une projection à l’Elysée», dit Ladj Ly en parlant des «Misérables» en conférence de presse.

L’opus remporte déjà un gros succès critique, du moins hexagonal. Il est crédité de quatre trophées dans le Film français, qui décerne chaque jour ses étoiles aux prétendants à la Palme d’or.

En regardant l’œuvre, on pense à «La Haine» qui, en 1995, raflait le prix du jury, révélant par ailleurs un auteur, Mathieu Kassovitz et un acteur, Vincent Cassel. On souhaite le même bonheur à Ladj Ly avec son brûlot social. L’intrigue: Stéphane (Damien Bonnard), arrivé de Cherbourg, intègre la BAC (Brigade anti-criminalité de Montfermeil, dans le 93e arrondissement parisien, au lendemain de la victoire des Bleus au Mondial.

Il fait connaissance de ses nouveaux coéquipiers expérimentés, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djibril Zonga). Tout de suite dans le bain, Stéphane découvre les tensions entre les différents groupes du quartier. Débordés lors d’une interpellation, c’est la bavure, filmée par un drone…

Ladj Ly connaît bien Montfermeil. Il a grandi dans la cité des Bosquets et a réalisé plusieurs documentaires dont «365 jours à Clichy-Montfermeil» qui témoignait de la vie dans le département de la Seine-Saint-Denis confronté aux émeutes de 2005, dont les braises n’ont pas été éteintes quatorze ans après.

«Les choses n’ont pas vraiment évolué. J’habite la banlieue depuis trente-huit ans. On se sent toujours abandonné, écarté. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on essaye de nous mettre dans des cases. Cela fait plus de vingt ans qu’on est des gilets jaunes, qu’on se prend des coups de flashball et on a l’air de découvrir les violences policières…» Il précise: «J’ai emprunté le titre à Victor Hugo, parce qu’une partie du roman se déroule à Montfermeil, mais aussi pour rappeler qu’un siècle plus tard, la violence est toujours présente sur le territoire.»

Pas de manichéisme

Ladj Ly qui a appris son métier sur le tas, développe un court métrage réalisé en 2017. Il garde une approche documentaire dans sa description très réaliste de l’univers corrompu de la cité, tout en évitant les clichés et le manichéisme.

«Ce ne sont pas les gentils jeunes contre les méchants flics ou l’inverse. Les bons et les méchants sont des deux côtés», remarque l’auteur, qui nous emmène dans un ghetto au bord de l’explosion. Elle éclate après un tir de LBD.

«Les habitants sont en souffrance. Ils se cherchent sans cesse, avec de grandes gueules toujours avides en découdre, des flics qui font chier le monde quand ils veulent un peu d’action, des gamins sans perspective qui se révoltent contre toute forme d’autorité, le maire, les flics. Parce qu’ils en ont ras-le bol.»

Si le film, rattrapé par l’actualité, reste en majorité grave, il ne manque pas d’humour. «Pour moi, certains passages sont très drôles. Tout le début par exemple. Il ne faut pas hésiter à rire. Il me semblait que les spectateurs se retenaient. Il ne faut pas…»

Créé: 16.05.2019, 14h43

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