Maria Callas: grandeur et fragilités de la diva

DocumentaireAvec «Maria by Callas», Tom Volf dresse un portrait sensible de l’immense cantatrice disparue en 1977.

Maria Callas, soprano à la vie tumultueuse, dans un moment de détente.

Maria Callas, soprano à la vie tumultueuse, dans un moment de détente. Image: AP

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S’il fallait ajouter une pièce au tableau cossu des mythologies grecques, on convoquerait sans doute possible sa figure, qui a marqué par sa voix un siècle d’art lyrique et qui a alimenté, à travers une vie privée tumultueuse, les plumes du journalisme à scandale. Avec ses éclats et ses tragédies, Maria Callas demeure aujourd’hui encore, quarante ans après sa disparition à Paris, un totem auquel on peut associer la véritable naissance du statut de diva moderne. Voix débordante, comédienne aux incarnations scéniques bouleversantes; mais aussi personnalité indomptable, dont les colères ont valu des esclandres dans les maisons lyriques et loin des scènes, la «divina» ne cesse de générer des regards posthumes sur sa destinée. On ne compte pas, depuis son trépas, les rééditions parfois opportunistes de ses enregistrements ni les publications d’ouvrages à la pertinence pas toujours certaine.

Comment classer, dès lors, la démarche du photographe et cinéaste Tom Volf, lui qui a été à son tour happé – c’est le cas de le dire – par la trajectoire de cette artiste magnétique? Assurément loin des opportunistes. Avec Maria by Callas, le metteur en scène pose en près de deux heures un regard amoureux, subjectif, mais aussi rigoureux sur la cantatrice, à travers des images d’archives stupéfiantes et, dans la plupart des cas, inédites. Il y a quatre ans, l’homme ne savait rien de la star et n’en savait pas davantage du monde de l’opéra. Le déclic? Un jour, il fait face aux images de Maria Stuarda de Donizetti. Callas est là, impériale, embrasée. Elle captive et génère chez lui une passion nouvelle, qui cheminera loin. Jusqu’à aboutir à une exposition composite, qui s’est tenue jusqu’au 14 décembre à la Seine musicale, à Boulogne-Billancourt. Dans ce vaste hommage, le documentaire en question a été une pièce maîtresse qui rebondit aujourd’hui dans nos salles.

Une interview inédite

Ce qu’on y retrouve? Toutes sortes de matériaux. Des images fixées sur super-8, sur 9 et 16 millimètres ou encore sur caméscope et VHS. Mais aussi des lettres – lues par Fanny Ardant – et des photographies remontant jusqu’à l’enfance de l’artiste. Un conglomérat disparate de sources d’archives, donc, que Tom Volf a accumulé au fil des rencontres avec les protagonistes qui ont connu et côtoyé la cantatrice. Au milieu de ce corpus qu’il a fallu organiser dans une dramaturgie cohérente, le réalisateur a eu la chance de pouvoir compter sur un document exceptionnel, confié par le domestique Ferruccio: l’entretien inédit réalisé en 1970 par David Frost. C’est autour de ces images en noir et blanc, où la beauté de la Callas atteint des sommets, que s’articule le documentaire. Les questions du journaliste déploient des pans de la vie intime de l’artiste et permettent aussi au réalisateur d’ouvrir de nouveaux volets de son histoire.

Ce déroulé naturel offre ainsi une vision chronologique de la vie de l’artiste. On pourrait regretter l’absence d’une voix off qui structure et cadre davantage la dramaturgie. Il n’empêche, le spectateur ne se perd jamais dans le récit proposé. Les premières photos de famille racontent ainsi, par touches impressionnistes, l’enfance à New York. Il y aura plus tard, à l’adolescence, le voyage vers ses racines, à Athènes, où la mère lui bâtit de force un destin de musicienne. Callas entre alors au conservatoire, en mentant sur son âge. Elle n’a que 13 ans, mais sa grande taille lui permet d’affirmer qu’elle en a 17, seuil requis pour l’inscription. D’entrée, par le témoignage de sa grande maîtresse de chant, Elvira de Hidalgo, on perçoit l’abnégation et l’endurance de la cantatrice. Ses rythmes infernaux, ses cadences de travail la poussent inexorablement vers le sacrifice de sa vie personnelle. Maria Callas aurait voulu être mère, mais elle se soumet avec une fatalité affichée à ce que le public et l’entourage attendaient d’elle. «Le destin est le destin», affirme-t-elle dans un entretien.

Un temps révolu et émouvant

Sa vie, telle que le montrent les images compilées par Tom Volf, ressemble ainsi à une course effrénée. Entre une scène et l’autre, en Italie (Florence, Trévise, Milan, Rome…), puis ailleurs en Europe et aux États-Unis. Et partout, on mesure combien son époque était aussi celle où une star d’opéra pouvait générer l’hystérie dans les rues et dans les halls d’aéroport. Ce temps révolu, si bien documenté, résonne aujourd’hui comme un exotisme émouvant. Il frappe autant que les passions de la cantatrice, son divorce retentissant d’avec Battista Meneghini, sa relation avec Aristote Onassis, sa détresse lorsque ce dernier l’abandonne brutalement pour épouser Jacqueline Kennedy. Ce destin parfois brutal, Maria Callas le défie à visage découvert, avec une outrecuidance étonnante. Dans certaines circonstances, l’artiste laisse entendre, avec beaucoup de pudeur, que ses nerfs ont lâché. Alors elle s’éclipse, parfois pendant des années. Puis elle remonte sur scène, comme dans ce dernier «come-back» de 1974, avec lequel prend fin cet émouvant Mary by Callas.

«Maria by Callas», France, 117’. (TDG)

Créé: 26.12.2017, 18h04

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