Locarno saisit à bras-le-corps ses nouveaux défis

Festival de cinémaPortée pour la première fois par une directrice, la 72e édition de la manifestation doit se maintenir et se renouveler. Tour d’horizon au jour J de l’inauguration.

Le festival est assuré de faire le plein avec le nouveau Quentin Tarantino.
Vidéo: Keystone

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Orages d’été. Ce n’est pas ce qu’on préfère au Locarno Film Festival. Cette année, la manifestation devrait débuter sous la pluie. Mais le 72e Locarno Film Festival, qui débute ce soir et durera jusqu’au 17 août, comporte d’autres inconnues qui s’apparentent à des défis.


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Nomination au féminin

On s’en souvient, en 2018, Carlo Chatrian avait pris de court tout le monde en annonçant son départ pour la Berlinale, et donc sa démission de Locarno. Bienveillant président du festival, Marco Solari n’a pas mis longtemps à lui désigner un successeur. Au terme de l’édition passée, et après audition d’un certain nombre de candidats, le choix de la commission s’est porté sur une femme, jusqu’alors directrice du festival Entrevues, à Belfort: Lili Hinstin. Elle s’est auparavant occupée de la Villa Médicis à Rome, possède un important réseau, mais on ne la connaît pas encore bien. Du moins en Suisse. D’elle, on devine un certain flair pour dénicher les films, et on suppose une conscience certaine de la taille de l’événement.

Car Locarno reste peu ou prou l’un des plus gros festivals du monde. Le premier défi de cette nouvelle direction au féminin sera donc déjà de maintenir le niveau. De préserver cette vocation de tête chercheuse, de découvreur de talents et de jeunes cinéastes que Locarno a toujours eue. Pour cela, Lili Hinstin compte selon toute évidence sur des compétitions qui font la part belle aux propositions radicales et aux auteurs.

«Ma première édition en tant que directrice artistique présente une ligne éditoriale à la fois claire et précise, et en même temps éclectique, ouverte à tous les genres, à tous les continents, à toutes les représentations.» Voilà ce qu’elle déclarait il y a trois semaines, lors de la présentation officielle de l’événement, insistant même sur le caractère manifeste de ses choix. D’ailleurs, la présence en compétition officielle d’un auteur aussi radical, voire extrême, que le Portugais Pedro Costa en constitue la signature.

Deuxième défi, et il est de taille: la Piazza Grande. Équation souvent impossible à résoudre, car la programmation doit à la fois présenter des films drainant un public suffisant et demeurer dans la ligne générale du festival, globalement auteuriste. Tout cela n’est jamais simple et ne permet pas forcément de garantir la réussite de la gageure. On a vu par le passé la Piazza Grande tantôt s’affoler pour des petits films, tantôt s’affaisser comme un soufflé malgré des choix judicieux. À première vue, l’édition 2019 a l’air cohérente. Mais il faudra attendre de découvrir les films pour détailler tout cela. Bien sûr, on peut déjà affirmer que la projection samedi soir, en première suisse, du dernier Tarantino, «Once Upon a Time… in Hollywood», fera le plein de spectateurs. Mais en dehors de ce plat de résistance, on en est réduit aux conjectures, même si les auteurs sélectionnés en Piazza s’appellent cette année Valérie Donzelli, Asif Kapadia, Fabrice Du Welz ou Kiyoshi Kurosawa. Et que l’édition 2019 marque le retour des séances de minuit, baptisées «Crazy Midnight», films de seconde partie de soirée qui s’annoncent anticonformistes, déjantés ou carrément extrêmes eux aussi.

Troisième défi, celui de l’animation des soirées, un peu pauvre ces dernières années. C’est à la Rotonda, le village du festival, aux portes de Locarno, que les soirées thématiques afficheront un nouveau look et un nouveau concept. Musique live, divertissement, gastronomie et shopping attendent le festivalier, qui pourra s’y délasser de 18 h à 3 h du matin. Les portes de la Rotonda sont déjà ouvertes depuis le 31 juillet.

En revanche, le Locarno Garden la Mobilière, ou jardin du festival, n’a ouvert que depuis le 6 août. L’aménagement de ce lieu est totalement inédit. Ce nouveau point de rencontre se muera en un haut lieu de la gastronomie et des arts. Des installations lumineuses de l’artiste Maya Rochat au design signé Kerim Seiler, en passant par le restaurant éphémère de l’artiste culinaire Sandra Knecht, il offrira un cadre de choix pour son édition 2019. Ne reste plus qu’à le découvrir et à souhaiter que les nuits locarnaises redeviennent enfin folles comme au temps béni du Grand Hôtel.

Prestige mais qualité

Autre défi, celui de laisser une place à la VR – ou Virtual Reality. Un format désormais capital que bon nombre de festivals – le GIFF à Genève, la Mostra de Venise – traitent comme une section à part entière, ce qui sera aussi le cas à Locarno dès cette année. Et puis il y a les stars, les vedettes, les lauréats des différents prix remis chaque soir sur la Piazza Grande. La comédienne américaine Hilary Swank, le cinéaste suisse Fredi M. Murer et le réalisateur américain John Waters feront notamment partie du voyage. Prestige, mais qualité avant tout, semble promettre Lili Hinstin. Qu’on retrouvera ce soir en compagnie des deux stars italiennes du film d’ouverture, «Magari» de Ginevra Elkann: Riccardo Scamarcio et Alba Rohrwacher.

Locarno Film Festival

Du 7 au 17 août, www.locarnofestival.ch

Créé: 07.08.2019, 07h08

Les Romands viennent en force au festival

Recenser les Romands qui seront montrés cette année au Locarno Film Festival n’est pas une sinécure. Car il y a foule. Dans toutes les sections. On retrouvera ainsi avec bonheur Basil Da Cunha, qui avait illuminé la Quinzaine des réalisateurs en 2013 avec «Après la nuit». Natif de Morges, Suisse d’origine portugaise, il a fait ses études à la HEAD de Genève et opère son retour en compétition locarnaise avec un long-métrage au titre alléchant, «O fim do mundo» («La fin du monde»). De leur côté, Maya Kosa et Sergio Da Costa, qu’on a croisés par hasard dans la rue juste avant de partir, se réjouissent de montrer leur nouveau film au festival, «L’île aux oiseaux», dans la section Cinéastes du présent. Ils ont eux aussi étudié à la HEAD et vivent à Genève. «Rio Corgo», qu’ils avaient cosigné en 2015, nous avait enchantés.

Genevois également, Stéphane Riethauser, après son triomphe nyonnais à Visions
du Réel, présentera «Madame» dans la section Panorama suisse. Pendant que dans la section Cinéastes du présent, Klaudia Reynicke, réalisatrice helvético-péruvienne qui a étudié entre Genève et Lausanne, montrera en ouverture «Love Me Tender».

Il y a ensuite les Léopards de demain, qui a priori regorgent de talents. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous y avons repéré plusieurs Romands. À commencer par l’excellent Simon Guélat, Jurassien formé à la Manufacture de Lausanne, qui a adapté librement «Aline» de Ramuz dans un court-métrage qu’on se réjouit de découvrir. Les Genevois de Garidi Films, Consuelo Frauenfelder et Stefan Lauper, dont on retrouve
les coproductions d’un festival à l’autre (Cannes, Venise, pour n’en citer que deux), sont aussi du voyage avec un court-métrage qu’ils ont signé, «À la piscine».

Toujours dans cette section, Patrick Muroni, natif de Moudon, diplômé de l’ECAL, présente «Un matin d’été».
La Toulousaine Anaïs Moog, elle, a passé son diplôme à la HEAD cette année et dévoilera «Tempête silencieuse» dans cette même section. Julietta Korbel, de son côté, est étudiante à l’ECAL et montrera «Still Working». On verra lesquels nous séduisent. P.G.

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