Loach et Almodóvar se battent pour la Palme

Festival de CannesLes deux cinéastes sont en lice en compétition, mais Elton John leur a volé la vedette.

Antonio Banderas, Penelope Cruz, Pedro Almodóvar et Claudia Eller réunis pour «Douleur et gloire».

Antonio Banderas, Penelope Cruz, Pedro Almodóvar et Claudia Eller réunis pour «Douleur et gloire». Image: Keystone

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Le premier a déjà eu deux fois la Palme d’or et le second jamais. Mais l’un comme l’autre cumulent un nombre important de sélections. Leur retour n’a rien de surprenant, dans la mesure où la Croisette reste le rendez-vous des grands auteurs. Et on peut supposer que la cohabitation de Ken Loach et Pedro Almodóvar, à quelques heures d’intervalle, leur sied tout à fait. L’octogénaire Loach demeure en tout cas fidèle à ses convictions et à un cinéma où il s’agit de dénoncer les injustices sociales et la faillite d’un système politique, en particulier dans un Royaume-Uni qui n’a jamais si mal porté son nom.

Tragédie individuelle

Dans «Sorry We Missed You», une famille de Newcastle subit les contrecoups de la crise. Parents de deux enfants, Rick et Abby peinent à joindre les deux bouts. Abby travaille pour des personnes âgées à domicile et un salaire de misère, pendant que son époux enchaîne les jobs mal payés. Jusqu’au jour où une opportunité semble s’offrir, grâce au numérique, avec un boulot de chauffeur-livreur d’achats en ligne. Mais une agression va révéler jusqu’où la fracture sociale peut s’insinuer.

Ce «Sorry We Missed You» fait partie des bons Loach. Sur une trame relativement similaire à son «Moi, Daniel Blake», palmé ici même en 2016 alors qu’il ne le méritait pas, ce nouveau film, largement supérieur, bascule du drame collectif à la tragédie individuelle sans jamais qu’on ne perde de vue l’un et l’autre. Il est clair que les malheurs de Ricky et sa famille signalent la faillite de tout un système économique et politique. Mais le constat transite par l’émotion. Loach n’use pas de discours ni de métaphores pour appuyer là où ça fait mal, il demeure dans un premier degré réaliste où la réflexion succède à l’émotion et non l’inverse. En même temps, Loach demeure dans sa zone de confort, pratiquant le cinéma qu’il a toujours fait, sans cette ironie qui aère certaines de ses fictions. C’est sans doute pour cela qu’il n’aura pas de troisième Palme.

Amours de jeunesse

Quant à Almodóvar, qui attend toujours la consécration cannoise, il revient sur ses années et amours de jeunesse dans «Douleur et gloire», métrage ensoleillé dans lequel un metteur en scène retrouve, par le souvenir ou en réel, les fantômes de son enfance puis sa découverte du cinéma dans les années 80. L’autobiographie fantasmée, incarnée par un Antonio Banderas en double inamovible du cinéaste, conclut à la toute-puissance de l’écriture et aux vertus thérapeutiques de la création. Comme Loach, le cinéaste espagnol ne quitte pas une zone de confort balisée où se télescopent souvenirs et sens du tragique. L’intrigue, balayée par une mise en scène fluide et chamarrée, se veut introspective, sans céder aux motifs de l’enquête. Ce dont vous pourrez juger tout de suite, le film étant à l’affiche depuis hier.

Il faudra en revanche attendre le 29 mai pour découvrir le nouveau biopic de Dexter Fletcher, qui avait mis en images «Bohemian Rhapsody» sur Queen, l’un des plus gros succès de 2018. «Rocketman» est de la même veine et raconte cette fois les années de formation d’Elton John, en particulier sa lutte contre l’alcoolisme et comment il finit par s’en sortir. Présenté hors compétition, le film remplit un contrat sans sourciller d’un plan. Tout est fait pour qu’on ne s’ennuie pas et qu’on revisite quelques gros tubes avec une pointe de nostalgie. Tout cela a fort ému Elton John, qui a volé la vedette aux stars de cinéma sur la Croisette. Presque prévisible!


Esprit de cour et coteries, le côté Versailles de Cannes

Vendredi matin au palais, au stand d’information du Marché du film, une femme hurlait, attirant l’attention de tous les festivaliers à moins de 500 mètres. De mémoire, voici en substance son discours: «Pourquoi ces distributeurs, vendeurs, producteurs nous passent toujours devant? On les traite comme des ministres, je n’ai accès à rien avec mon badge!»

Deux jours avant, une consœur me parlait du côté Versailles de Cannes, de cette hiérarchie des badges, et des privilèges qui vont avec. Il y a un peu de vrai. Au Festival de Cannes, c’est le badge qui fait la position. Sociale, s’entend. Jaune, bleu, rose ou blanc pour la presse, avec parfois une pastille jaune qui délivre des accès prioritaires. Cette année, il y a même un surbadge pour des séances privées tenues tout à fait secrètes. Les accréditations du marché sont noires pour les professionnels, orange pour les autres, avec toute une gamme de couleurs qui m’échappent ensuite.

Là aussi, il y a des pastilles. Violette pour les acheteurs, bleue pour le protocole, jaune pour que sais-je encore. Il faudrait encore y ajouter les cinéphiles (vert), les jurés et les accrédités rattachés à une section particulière. À l’entrée des salles et du palais, des parcours fléchés indiquent où on doit aller et qui a le droit de passer avant qui. Le personnel chargé du contrôle doit tout mémoriser et filtrer selon les badges.

C’est ici qu’on retrouve Versailles et son apparat, son esprit de cour, ses coteries. Car là réside le plus cocasse: certains accrédités ne s’acoquinent pas avec la valetaille et jouissent de leurs privilèges en le faisant bien sentir au reste du monde, traversant la foule sans se soucier des malheureux qui quémandent dès l’aube des invitations qu’ils n’auront pas. Versailles, oui! Mais on sait comment tout cela finit pour la noblesse.

P.G.

Créé: 18.05.2019, 09h13

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