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«Little Women», indémodables

Avant la réalisatrice Greta Gerwig, de nombreux cinéastes ont adapté ce célèbre roman paru en 1868.

Une nouvelle version encore plus féminine et féministe que d’habitude.
Une nouvelle version encore plus féminine et féministe que d’habitude.
DR

Le célèbre roman de Louisa May Alcott, «Little Women» («Les Quatre filles du Dr March»), initialement paru en 1868 a, on s’en doute, très vite intéressé le cinéma. Celui-ci, à peine né, met en chantier une première adaptation. Elle est britannique, réalisée en 1917 par Alexander Butler, avec une certaine Ruby Miller dans le rôle de Jo, la deuxième des sœurs March. Et le film est considéré comme perdu. L’année suivante, c'est aux États-Unis qu’une nouvelle version voit le jour. Signée Harley Knoles, elle réunit Dorothy Bernard, Conrad Nagel et Henry Hull et demeure de nos jours tout aussi invisible.

Les versions les plus notables attendront le parlant pour émerger. En 1933, George Cukor s’empare du roman pour le compte de la RKO. Le film a bien traversé le temps, mettant à l’honneur une Katharine Hepburn à la poigne de fer, secondée par Joan Bennett et Frances Dee. Du côté des hommes, affirmer que Paul Lukas et John Lodge font le poids serait mentir. Suite au grand succès du film, les adaptations des classiques littéraires seront encore plus à la mode dans ces décennies. En 1949, Mervyn LeRoy met en boîte une nouvelle version, sans doute la plus connue aujourd'hui, car la plus multidiffusée sur les petits écrans. Son casting est royal et inclut June Allyson, Janet Leigh, Mary Astor, Margaret O’Brien, la jeune Elizabeth Taylor, Peter Lawford ou encore Rossano Brazzi. C’est aussi la première fois que le quatuor de jeunes femmes a droit à la couleur.

Des gens jeunes et jolis

Plusieurs versions télévisées, feuilletons ou téléfilms que nous ne listerons pas sont par ailleurs mis en chantier depuis 1939. En 1994, c'est pour la première fois une femme, l’Australienne Gillian Armstrong, qui se charge de relifter cette histoire. Résultat pourtant très amidonné et peu engageant malgré la présence de Winona Ryder, Kirsten Dunst, Claire Danes, Christian Bale, Gabriel Byrne et quelques autres. Nous arrivons enfin à 2019 pour constater qu’une autre femme, l’Américaine Greta Gerwig, fait à son tour sien le best-seller «Little Women».

Crédit: DR
Crédit: DR

C’est un casting fatalement rajeuni et dans l’air du temps qu’on retrouve cette fois avec, en tête de gondole, Florence Pugh, Saoirse Ronan, Emma Watson, Laura Dern, Timothée Chalamet, Louis Garrel, James Norton, et Meryl Streep pour les plus anciens. Soit des gens dans leur ensemble jeunes et jolis, qui dépoussièrent un peu une histoire qu’on peut trouver passablement datée dans le monde de 2019. Sauf que son féminisme d’avant la lettre saute aux yeux. Les sœurs March, par-delà leurs tourments amoureux, vivent dans un monde sans hommes. Leur père Robert, pasteur nordiste, est parti sur le front de la guerre de Sécession, où il officie comme aumônier.

Aspects vachards

Les hommes qui gravitent autour des filles sont jeunes et moins masculins que ces soldats qu’on ne voit presque jamais. Les traits gracieux et fins de Chalamet, les postures précieuses de Louis Garrel, la douceur de James Norton: nous sommes clairement cette fois dans un univers dominé par les femmes et c’est sans doute ce que désirait dame Gerwig. D’où des aspects un peu vachards, clins d’yeux (involontaires?) aux «Women» de Cukor, et un romantisme parfaitement assumé comme une force et non une faiblesse de la nature. Certes, le film n’est pas non plus transcendant, et il ne faudrait pas confondre un divertissement intelligemment mené avec du cinéma d'auteur radical. Mais «Little Women» – ou «Les Filles du docteur March» (le «quatre» a cette fois disparu du titre français) – ne cherche pas à tromper sur la marchandise.

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