«Leto» sort, mais son auteur reste en prison

CinémaKirill Serebrennikov est jugé ces jours; beaucoup de cinéastes ont été censurés avant.

À la présentation du film à Cannes, l’équipe de «Leto» brandissait des pancartes au nom de son cinéaste, Kirill Serebrennikov.

À la présentation du film à Cannes, l’équipe de «Leto» brandissait des pancartes au nom de son cinéaste, Kirill Serebrennikov.

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Choc de la saison. En mai dernier, «Leto» («L’été») a été acclamé en compétition officielle au Festival de Cannes. Mais sans son réalisateur, Kirill Serebrennikov. Assigné à résidence à Moscou. Et cela depuis août 2017, mois durant lequel il a été arrêté et inculpé pour une affaire présumée de détournement de fonds publics. Ses acteurs et son équipe ont brandi des pancartes avec son nom sur les marches du Palais des Festivals, en guise de protestation. Le Ministère français de l’intérieur a envoyé un courrier à Poutine pour que le cinéaste vienne sur la Croisette. Tout cela en vain. Serebrennikov n’a toujours pas bougé.

Paradjanov persécuté

À son procès, qui a débuté le 12 novembre dernier à Moscou, le cinéaste et également homme de théâtre clame son innocence. Ses proches parlent de mascarade et d’accusation kafkaïenne. Le grand hic, c’est que le cas de Kirill Serebrennikov est loin de faire exception. La persécution des cinéastes n’est malheureusement pas nouvelle. Sans prétendre à l’exhaustivité, rappelons par exemple que Paradjanov lui-même, l’immense Paradjanov, fut plusieurs fois incarcéré dès 1974 pour commerce illicite d’objets d’art, homosexualité et agression sur la personne d’un fils de dignitaire du régime.

Ces dernières années, c’est surtout grâce aux festivals qu’on a pu prendre conscience des différentes formes de censure auxquelles les cinéastes sont soumis dans leurs pays. Jafar Panahi, assigné à résidence depuis décembre 2010, s’est vu signifier une interdiction de quitter son pays, l’Iran, durant vingt ans. Parce qu’il a mis en cause le pouvoir en place. C’est au Festival de Cannes que l’affaire avait éclaté cette année-là. Panahi devait faire partie du jury officiel, mais les autorités iraniennes l’avaient retenu en prison pendant la durée de l’événement. Quelques semaines plus tôt, le pouvoir islamique lui avait interdit de se rendre à Berlin, où il était invité d’honneur.

D’autres ressortissants iraniens choisissent la fuite. C’est le cas de Mohsen Makhmalbaf, qui avait protesté en 2004 contre la pression de la censure et le retour du fascisme dans son pays avant de quitter celui-ci. Autre cas de figure, l’interdiction de tourner. Le cinéaste chinois Lou Ye en a été victime en 2006, après «Une jeunesse chinoise», qui avait choqué son gouvernement. Et a contourné le problème en tournant malgré tout. Du coup, les films qui en résultent sont clandestins. Et sont donc programmés dans les festivals sans l’autorisation des autorités chinoises. Ce fut le cas pour «Summer Palace» à Cannes.

Peut-on dès lors affirmer que tous les réalisateurs censurés doivent en partie leur salut aux grands festivals internationaux? Totalement. Et cela même lorsque aucun film n’est en jeu. Exemple cette année avec Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien dont la grève de la faim dans sa geôle avait été fortement médiatisée à Cannes. Emprisonné parce qu’il s’oppose à l’annexion de la Crimée par la Russie, il a aujourd’hui cessé sa grève mais reste prisonnier. (TDG)

Créé: 05.12.2018, 10h51

La critique de Pascal Gavillet



Au moment de la projection du film à Cannes, le fauteuil du cinéaste est resté vide. Puis à l’issue de la séance, «Leto» a été ovationné. Longuement. Ces vibrations ont-elles voyagé jusqu’à Kirill Serebrennikov, qui aurait sans doute aimé venir défendre son film au festival? On peut le supposer. Le choc ressenti à la projection, lui, demeure. Le film conte l’histoire d’une star du rock soviétique – Viktor Tsoï – inconnue sous nos latitudes. Mais «Leto» revient surtout sur l’avènement des scènes new wave et punk dans les années 80, rappelant que les LP de Lou Reed et même Bowie s’échangeaient sous le manteau pendant que la jeunesse grondait en amont de la perestroïka. Visuellement ébouriffant, tourné presque entièrement en noir et blanc, avec reconstitutions de faux clips incrustés dans le récit et images trafiquées à l’appui, «Leto» charrie une vraie nostalgie tout en dynamitant les conventions du biopic. L’une des révélations de l’année, sans une once d’hésitation.

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