«Jusqu’à la garde» frappe fort

CinémaXavier Legrand signe un premier film étonnant et terriblement maîtrisé. Interview.

Pour ce film, le réalisateur Xavier Legrand dit avoir puisé une partie de son inspiration chez Stanley Kubrick.

Pour ce film, le réalisateur Xavier Legrand dit avoir puisé une partie de son inspiration chez Stanley Kubrick. Image: DR

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Premier film, premier choc. Thèmes et sujet – séparation, garde d’un enfant, violence conjugale – sont rebattus, et pourtant, Jusqu’à la garde ne ressemble à aucun film traitant de tout cela. S’il débute de manière très clinique, avec des séquences quasi documentaires chez un juge des conciliations, il dévie petit à petit vers le suspense à caractère horrifique, sans le devenir pour autant. Pour son entrée au cinéma, Xavier Legrand frappe fort. Un film à l’estomac dont on ne ressort pas indemne et que le jury de la dernière Mostra de Venise a d’ailleurs récompensé. On a rencontré le réalisateur

Le titre de votre film est à double sens. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

Il y a bien sûr le thème de la garde de l’enfant, en rapport direct avec le sujet. Puis l’expression «jusqu’à la garde» désigne en réalité un terme de guerre. C’est l’idée d’enfoncer une épée jusqu’à la garde pour tuer son ennemi, donc d’aller jusqu’au bout pour nuire à l’autre. Elle a également une connotation sexuelle qui traduit la domination masculine et le caractère actif de l’homme.

Comment avez-vous géré et surtout créé la tension qui ne cesse de monter dans cette histoire?

À la construction du scénario. Je me suis aperçu que les hommes coupables de violences conjugales n’étaient pas constamment dans la violence. Et qu’ils exercent en général au préalable une forme de manipulation plus ou moins forte. Les pervers narcissiques sont en général dans le déni et se victimisent. Là, je voulais montrer un homme qui revendique des choses tout en exerçant une manipulation sur l’enfant qu’il a eu avec cette femme.

Pour filmer son évolution, on a le sentiment que vous avez tourné le plus possible dans l’ordre.

Mais c’est le cas. J’y tenais à cause du comédien enfant. Je voulais qu’il soit à l’aise, qu’il ne soit pas intimidé par l’équipe, composée d’une quarantaine de personnes. Et pour coller encore plus au récit, j’ai cherché les décors en fonction du découpage. Je ne les ai d’ailleurs pas tous trouvés. L’appartement de la femme, à la fin, c’est tourné en studio.

Malgré cette constante tension, le film échappe au piège du thriller horrifique. Vous étiez conscient de ce danger?

Oui, il fallait au contraire rester dans le réel. C’est-à-dire n’ajouter aucun élément qui fasse fantastique. Ni au son ni à l’image.

Le casting de vos trois comédiens a-t-il été facile?

Léa Drucker et Denis Ménochet étaient déjà tous deux dans mon court-métrage Avant que de tout perdre, qui se centre sur ce même couple et se déroule le jour de leur séparation. Quant à l’enfant, Thomas Gioria, je l’ai trouvé suite à un long casting. Malgré cela, ce court est indépendant. À l’origine, je voulais faire une trilogie de trois courts-métrages. Puis j’ai changé d’avis.

Cette histoire a l’air obsessionnelle chez vous. A-t-elle des relents autobiographiques?

Non, il n’y a rien de personnel dans ce film. Au départ, comme je suis d’abord acteur, je voulais écrire pour le théâtre. Une tragédie qui se déroule dans un cadre familial et évoque aussi la violence conjugale, thème omniprésent dans la société française puisqu’une femme est tuée par son conjoint tous les deux jours et demi. Donc avant de me mettre à l’écriture de ce film, je me suis énormément documenté. J’ai lu et vu le plus possible de choses. Rencontré des victimes. J’ai même pu assister à des audiences de conciliation comme celle que l’on voit au début du film. Cela peut être très lourd.

Votre film s’est retrouvé en compétition à Venise, ce qui est rare pour un premier long-métrage. Comment s’est passée cette sélection?

Il faudrait demander à leur comité. Mais de me retrouver au milieu de tous ces poids lourds du cinéma mondial, c’était assez sidérant. Alors vous imaginez ma joie d’avoir été en plus au palmarès avec un Lion d’argent et un Lion du futur.

Quels autres films vous ont inspiré?

Il y en a trois. Kramer contre Kramer, La nuit du chasseur et Shining. Le premier traite du même thème, celui de la garde d’un enfant et d’une séparation. Le second montre un homme prêt à tout, y compris à faire du mal à des enfants. Et le troisième donne l’exemple d’un homme qui bascule dans la folie. J’ai aussi revu Le boucher de Chabrol et La pianiste de Haneke, pour différentes raisons.

Être acteur était-il le moyen de devenir réalisateur, pour vous?

Non, c’est juste venu naturellement. Encore aujourd’hui, mes seuls réseaux sont liés au théâtre. Où je peux jouer de tout, des salopards comme des jeunes premiers.

(TDG)

Créé: 10.03.2018, 10h32

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