«Jessica Forever», expérience ultime

CinémaCosigné par Caroline Poggi et Jonathan Vinel, ce saisissant long-métrage est à découvrir toutes affaires cessantes.

«Jessica Forever»: Jessica et ses hommes.

«Jessica Forever»: Jessica et ses hommes. Image: DR

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Le confort narratif, les images qui rassurent, les messages et les thématiques sociales, on ne va pas les chercher ici. On va même les oublier. Premier long-métrage d’un binôme de cinéastes, Caroline Poggi et Jonathan Vinel, qui s’étaient fait remarquer dans des festivals avec différents courts, «Jessica Forever» fait partie de ces films qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes et qui ne se laissent enfermer dans aucune définition. À la fois dystopie et teen movie, relecture de jeux vidéo et film concept, liste non limitative. Mais qu’y voit-on, au juste?

Soit une femme, la Jessica du titre, tout à la fois reine, déesse, magicienne ou mère, on ne sait trop. Et autour d’elle, une dizaine de garçons, des orphelins, ados lisses et beaux, peu ou pas sexués, âmes vierges sur lesquelles le temps n’a pas encore eu prise et qu’elle a sauvés puis recueillis. Tous forment une sorte de famille. Et s’ils cherchent à survivre, ils sont régulièrement attaqués par des drones tueurs.

On pourrait assurément multiplier les références, tenter d’autres comparaisons, d’autres métaphores. Autant de situations vouées à un échec certain, tant le film est connexe dans sa narration, recroquevillée sur elle-même comme peuvent l’être certains contes, qui possèdent logique ou cohérence interne, réinventant un univers à l’aide de codes détournés. Pour entrer dans «Jessica Forever», et pour l’apprécier, il faut tout oublier, ne pas tenter d’analyser, expliquer, chercher à comprendre ni même tenter de situer ce qu’on voit. C’est donc à une forme d’expérience sensorielle que «Jessica Forever» invite. Assertion certes valable pour tous les films, sauf que l’habitude de servir des puddings narratifs prédigérés semble devenir la norme dans le cinéma actuel. D’où l’admiration sans bornes ni retenue qu’on porte à ce long-métrage fascinant sorti de nulle part, ce «Jessica Forever» qui paraît ouvrir une brèche dans le futur d’un art où tous les possibles sont loin d’avoir été épuisés.

Il y a encore dans cet opus si prometteur un traitement des corps rarement vu jusque-là, car jamais sexualisés par le regard de l’autre ou des autres. Tous les sentiments ayant usuellement cours dans la fiction sont à leur tour repensés, balayés, décalés par une grille de lecture qui reformule là aussi tous les codes usuels. Rien n’est plus vivifiant, roboratif et stimulant que ces films qui réinventent le cinéma (certes pas de fond en comble) et surtout nous poussent à relativiser, voire mettre à mal notre confort réflexif. Mais pour cela, il faut que la proposition de cinéma soit à la hauteur. Avec Poggi/Vinel, elle est de chaque plan, de chaque instant, et nous saisit dès la première image pour ne plus nous quitter. Sans hésiter l’un des meilleurs films vus cette année. À découvrir séance tenante.

Cinéma Spoutnik

Du 8 au 22 mai. Mercredi 8 mai en présence des cinéastes et de l’actrice principale, Aomi Muyock.

Créé: 06.05.2019, 18h01

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