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Jean Dujardin a fait main basse sur le GIFF samedi

L’acteur était à Genève pour présenter «J’accuse» de Polanski, sur l’affaire Dreyfus.

Jean Dujardin: «Les séquences de procès m’ont mis à nu. Il fallait que je me montre fort.»
Jean Dujardin: «Les séquences de procès m’ont mis à nu. Il fallait que je me montre fort.»
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On savait que la séance de «J’accuse» était archicomplète depuis plusieurs jours. Tout le monde voulait découvrir en avant-première au GIFF le dernier film de Roman Polanski, et surtout voir Jean Dujardin le présenter. Depuis la Mostra de Venise, le long-métrage, qui sort en salle le 13 novembre, fait partout l’événement. Relecture savoureuse et rigoureuse de l’affaire Dreyfus, et surtout du procès en innocence qui l’a suivie, il tient très à cœur à son comédien principal. Jean Dujardin y interprète Picquart, cet homme de l’ombre qui fera tout pour innocenter Dreyfus, au point de transformer sa quête en combat personnel. L’avant-première de samedi dernier nous a donné l’occasion de parler de «J’accuse» avec la star, qu’on sait rare en interviews.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage de Picquart?

Plus que le personnage, c’est l’histoire qui m’a attiré. La petite histoire qui se confronte à la grande. Je voulais aller à la rencontre de ce personnage. Et puis voir travailler un homme comme Roman Polanski, cela ne se refuse pas. Il a d’énormes moyens, mais il ne le montre pas. Il est tout entièrement dans les enjeux narratifs, plus que dans l’obsession pour la reconstitution. Et pourtant, il reste ce metteur en scène polonais qui aime parfois redevenir contemplatif et filmer les ombres. Il s’intéresse davantage à l’homme qu’à la technique. «J’accuse» me fait penser aux «Hommes du président» (ndlr: de Pakula). Faire un film comme ça en 2019, c’est presque singulier.

Comment expliquez-vous que lorsqu’on évoque Dreyfus, on ne parle jamais de Picquart, alors qu’il est la colonne vertébrale de l’affaire?

Mystère. Je pense que personne n’a eu envie de vider les placards. De savoir vraiment qui était Picquart. On parle d’abord de l’institution militaire à travers l’affaire Dreyfus, mais on ne voulait pas que le reste ressorte, je suppose. D’ailleurs, les officiers liés à l’affaire s’en sont tous sortis avec les honneurs. Lui préférait rester anonyme, dirait-on.

En quoi la manière dont Roman Polanski travaille et met en scène diffère-t-elle de celle des autres réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé?

Par l’enjeu de sa réflexion. Il a une intelligence du récit. Le cadre, la mise en place, tout cela vient après. Chez d’autres, l’image passe avant l’histoire. Pas chez lui. Il regarde déjà le film comme un spectateur. Avec une obsession: il ne veut pas que le public s’ennuie. On avait aussi l’impression durant le tournage de faire un classique.

Comment êtes-vous arrivé sur le film?

J’avais rencontré Polanski lorsqu’il préparait «La Vénus à la fourrure», il y a huit ans. Mais le rôle n’était clairement pas pour moi (ndlr: c’est Mathieu Amalric qui l’interprétera). Quand il m’a rappelé pour «J’accuse», j’ai senti qu’il me faisait confiance. Et c’est fondamental.

Mais avec un film aussi fort et un rôle aussi important, vous n’aviez pas une pression supplémentaire?

C’est bien pour ça que je me suis imposé une rigueur journalière: un dîner frugal, une sieste à midi, afin d’être prêt pour Polanski. Je ne me suis pas pour autant préparé au rôle comme un militaire. Mais je ne pouvais pas me permettre de douter. Ni pour Polanski ni pour Picquart.

Qu’est-ce qui était le plus impressionnant lors du tournage de ce film?

Tous les moments que j’ai vécus. Ils m’ont obligé à me poser des questions. Qu’est-ce que je fais là? Suis-je obligé de souffrir? Les séquences de procès m’ont mis à nu. Il fallait que je me sente fort.

Quel film aviez-vous tourné juste avant?

«Le Daim» de Quentin Dupieux, qui n’avait rien à voir, car il fallait chercher des zones étranges, comme s’il s’agissait de faire un reportage sur moi-même.

Comment vous êtes-vous préparé au tournage?

J’ai lu le livre de Robert Harris dont le scénario est tiré, vu quelques documentaires sur l’affaire Dreyfus du début des années 70. C’est très curieux, à cette époque, les antisémites ne se cachaient pas. J’ai beaucoup parlé avec Roman, et puis j’ai tout oublié avant de me lancer. Après, la seule vérité, c’est le scénario. Et le metteur en scène, qui réalise son film au cordeau. En me demandant par exemple de prendre un accent un peu bourgeois.

Par comparaison, la promo est-elle un exercice difficile?

Pas dans ce cas. Elle constitue même la seconde partie du film. Car toutes les questions qu’on me pose, que vous me posez, je ne me les formule jamais. La promo me force à l’introspection.

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