Ils rejouent le match de leur vie à huis clos

CinémaFruit de son amour pour le football et le cinéma, le réalisateur veveysan Jean-François Amiguet tourne «Old Boys», un film inspiré par les stars locales Eugène Parlier et Paul Garbani.

Bernard Verlet («Grâce à Dieu» de François Ozon) et Henri-Marcel Eggs, plus connu sous le pseudo de Zoé, font face à Janine Piguet sur le tournage de «Old Boys» à Mollens (VS).

Bernard Verlet («Grâce à Dieu» de François Ozon) et Henri-Marcel Eggs, plus connu sous le pseudo de Zoé, font face à Janine Piguet sur le tournage de «Old Boys» à Mollens (VS). Image: Laurent De Senarclens

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La route qui monte de Sierre à Crans-Montana fait au moins autant de crochets que Lionel Messi dans les 16 mètres. C’est le printemps et le Café Bonvin, juché au cœur du village de Mollens semble renaître sous les lumières des projecteurs. Dans son jus depuis sa fermeture il y a de cela six ans, le bistrot est l’écrin parfait pour le futur film du réalisateur veveysan Jean-François Amiguet. À l’extérieur, rien ne bouge, mais dans sa minuscule salle à la décoration rustique, des techniciens s’affairent à dompter la lumière naturelle du soleil valaisan, le caméraman travaille son travelling millimétré, Janine Piguet fait patiemment répéter leurs lignes à ses deux partenaires, le Français Bernard Verlet («Grâce à Dieu», de François Ozon) et Henri-Marcel Eggs, plus connu sous le pseudo de Zoé, oui, le héros de l’émission de caméra cachée des années 1980, «Petit poisson».

Il coache comme un entraîneur

Avec patience et douceur, avec bienveillance mais aussi avec fermeté, Jean-François Amiguet dirige la petite troupe depuis un coin de table sur laquelle est ouvert son scénario. Le Veveysan sait que chaque seconde compte s’il ne veut pas voir ses frais exploser, mais il ne stresse pas ses comédiens pour autant. Comme un entraîneur depuis le banc de touche, il préfère encourager, rassurer et inviter les deux compères accoudés au bar à refaire une prise supplémentaire, comme on recommencerait la répétition d’un coup franc jusqu’à ce que le geste soit parfait.

Le réalisateur veveysan Jean-François Amiguet. (Photo: Laurent de Senarclens)

Amoureux de football et de cinéma depuis toujours, Jean-François Amiguet joue enfin à l’entremetteur entre ses deux passions à l’affiche de «Old Boys». Le pitch? Deux anciens footballeurs internationaux (inspirés des mythiques et très populaires Eugène – «Gégène» – Parlier, gardien montreusien décédé en 2017 et de l’inusable «Monsieur Paul», Paul Garbani, presque 92 ans) se retrouvent à l’occasion de l’enterrement d’un de leurs copains. Accoudés au bar du bistrot où ils venaient célébrer leurs victoires trente ans plus tôt – et dont ils courtisaient tous deux la patronne –, ils refont le monde. De l’autre côté du bar, la jeune serveuse qui les écoute ressemble beaucoup à leur maîtresse commune. Serait-elle sa fille? Et, du coup, peut-être aussi celle de l’un des deux?

La lumineuse Janine Piguet incarne cette serveuse qui ne se laisse pas faire. Sa jeunesse mais aussi son franc-parler relativisent les propos d’un autre temps des deux vieux amis. «Jean-François est formidable, s’enthousiasme-t-elle le temps d’une retouche de maquillage. Il fait preuve d’une ouverture d’esprit fantastique et m’écoute toujours quand je lui dis comment moi je réagirais face à certains propos des protagonistes. C’est grâce au regard de jeune femme moderne qu’est Bibi qu’on dénonce le sexisme finalement assez basique des deux héros du film.»

«Dans ce film, on joue constamment entra la gravité des rapports humains et la légèreté du foot»

«Elle propose un point de vue féministe, explique le réalisateur. Ce monde de football ne l’intéresse pas et ce n’est pas le palmarès des deux anciens joueurs qui va l’impressionner!» Mais loin de lui la volonté de condamner cette légèreté, cette gloriole dont font preuve ses old boys. «J’aime la manière dont les anciens racontent leur carrière, avec une gouaille empreinte de poésie. Pour moi, le football, ça représente le père. Les liens que j’avais avec le mien, puis mes pères de substitution que sont Freddy Buache dans la famille cinéma et Paul Garbani dans la famille football! J’ai voulu faire coexister les deux univers. Dans ce film, on joue constamment entra la gravité des rapports humains et la légèreté du foot.»

En croquant dans le sandwich qui lui sert de repas de midi, Jean-François Amiguet aligne avec passion les similitudes entre ses deux amours: l’ambiance d’un plateau de tournage et d’un vestiaire, l’esprit d’équipe, les stars…

Puis il revient sur terre au moment d’évoquer le planning pratique. «Nous avons peu de moyens, mais je crois que pour le moment on tient le rythme. C’est toujours le montage qui dure longtemps et coûte cher. On devrait être prêts en 2020. Les footballeurs sont mon public cible, mais j’aimerais ensuite l’élargir: les incertitudes du cœur, ça touche tout le monde.»

Créé: 06.05.2019, 13h56

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«Le football et l’art sont totalement compatibles»

Tourner un film avec le football pour fil rouge, c’est bien. Faire en sorte qu’un maximum d’amoureux du ballon rond le voient, c’est mieux. Grâce à ses relations en Valais, Jean-François Amiguet a contacté Dominique Blanc, président de la Ligue amateur à l’Association suisse de football (ASF), pour lui exposer son projet. «J’ai tout de suite été séduit par la trame d’«Old Boys» et j’ai donc immédiatement décidé d’embarquer dans l’aventure de Jean-François Amiguet, d’autant plus que ses requêtes avaient l’avantage d’être modestes et relativement précises. Dans un premier temps nous l’avons aidé à mettre la main sur de vieilles images de football ainsi que des maillots de l’équipe nationale pour remplacer les images de combats de reines qui ornaient les murs du bistrot. Le second coup de main viendra une fois le film terminé.» En 2020, donc, si tout va bien, les instances amateurs devraient se charger de communiquer un maximum sur la sortie d’«Old Boys» auprès des clubs, histoire d’organiser des séances spéciales pour les juniors dans les cinémas. Mais Eugène Parlier et Paul Garbani ne sont-ils pas des noms totalement inconnus des footballeurs en herbe? «Il ne faut pas oublier que ce sera avant tout du cinéma, avec une vraie histoire et le ballon comme fil rouge. Le football et l’art sont totalement compatibles; ils partagent une universalité qui touche tout le monde».

Amiguet en dates

1950
Naissance à Vevey.

1971
Premiers documentaires.

1983
Passe au long métrage avec «Alexandre» (avec Michel Voïta), sélectionné à Locarno, premier film d’une trilogie.

1988
Le second volet, «La méridienne» (Kristin Scott-Thomas) fait partie de la sélection Un certain regard, à Cannes.

1993
«L’écrivain public» clôt la trilogie.

2003
«Au Sud des nuages». Fonde Zagora Films SA avec Bertrand Liechti.

2010
«Sauvage».

2013
Documentaire «Le paradis perdu du foot romand».

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