Hirokazu Kore-eda, Palme d’or mineure

Festival de Cannes«Une affaire de famille» n’est pas son meilleur film. Jean-Luc Godard, de son côté, a reçu une Palme d’or spéciale.

Hirokazu Kore-eda.

Hirokazu Kore-eda. Image: AFP

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Pas de polémique, pas d’enthousiasme délirant non plus. Ce 71e palmarès cannois a finalement assez peu de relief, même s’il déjoue certaines attentes et évacue quelques craintes. Palme d’or, le Japonais Hirokazu Kore-eda avec «Une affaire de famille», qui n’est de loin pas son meilleur film, a sans doute permis au jury d’éviter de tomber dans une liste de prix trop politique et surtout trop correcte, ce qu’on redoutait depuis quelques jours. Le portrait de cette famille recomposée, avec enfants adoptés ou volés, parents voleurs et drames en coulisses, a son petit charme, mais risque de ne pas marquer les annales. Très remarqué sur la Croisette, le retour de Spike Lee aura finalement payé. Son «BlacKkKlansman», qui suit l’infiltration d’un policier dans le Ku Klux Klan des années 70, est un film engagé et plein de pêche qui dynamise avec force humour des conflits politiques et sociaux dont les retombées actuelles sont bien réelles.

Puis Nadine Labaki, celle que tout le monde attendait comme Palme d’or avec «Capharnaüm», drame émouvant et tire-larmes sur la misère à Beyrouth, filtrée par le regard d’un petit garçon de douze ans bouleversant, elle a finalement reçu un prix du jury tout à fait mérité. Plus surprenante est l’attribution d’une Palme d’or spéciale (pour la première fois dans l’histoire du festival, dixit Cate Blanchett) à Jean-Luc Godard pour «Le livre d’image», mais surtout pour son apport indéniable et non résumable ici à l’histoire du cinéma. On ne peut qu’applaudir ce geste, même s’il reflète aussi la gêne du jury pour caser quelque part cet objet filmique inclassable qui leur a été proposé.

Le reste du palmarès est franchement quelconque. Un double prix du scénario récompense ex-aequo le réjouissant «Lazzaro Felice» d’Alice Rohrwacher et le répétitif «3 visages» de Jafer Panahi, qui semble plagier son propre cinéma depuis son assignation à résidence. Sacré meilleur acteur, l’Italien Marcelo Fonte dans «Dogman» de Matteo Garrone, ne démérite pas. En dire autant de l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova, primée pour l’atroce «Ayka» de Sergey Dvortsevoy serait absurde, tant ce choix nous paraît douteux. Quant au prix de la mise en scène attribué à Pawel Pawlikowski pour «Cold War», il n’est pas discutable, même si on préfère amplement son «Ida» à ce nouveau métrage. Avec tout cela, citons les grands oubliés de cette édition, soit «Burning», magnifique dernier opus du grand Lee Chang-dong, notre palme du cœur. Et «Plaire, aimer et courir vite» de Christophe Honoré, subtile histoire d’amour entre deux garçons, qui sera à l’affiche mercredi 23 (ne le ratez pas). En revanche, la Caméra d’or (meilleur premier film, jury présidé par Ursula Meier) reçue par «Girl» du Belge Lukas Dhont est au-delà de l’évidence tant le film, portrait d’un.e ado transgenre passionnée de danse, est proche de la perfection. On détaille bien sûr tout cela plus en profondeur dans de prochains bilans. (TDG)

Créé: 19.05.2018, 21h19

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