Hazanavicius: «Godard est devenu un personnage»

Evénement «Le redoutable» se moque et égratigne le cinéaste.

Louis Garrel dans le rôle de Godard. «C’était une évidence», raconte Michel Hazanavicius.

Louis Garrel dans le rôle de Godard. «C’était une évidence», raconte Michel Hazanavicius. Image: DR

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Les mythes sont faits pour être détruits. L’affirmation est célèbre et fut déjà utilisée il y a près de vingt ans, lors de la sortie d’In Bed with Madonna, documentaire sur la star. Peut-on à nouveau parler de destruction à propos de la démarche de Michel Hazanavicius, qui adapte, dans Le redoutable, un roman d’Anne Wiazemsky paru en 2008, Un an après, récit de sa liaison et collaboration avec Godard à la fin des années 60? Non, même si la charge est réelle et les attaques innombrables. Au moment de la présentation du film à Cannes, il se murmurait que Godard, toujours reclus à Rolle, où il n’ouvre même plus la porte à Agnès Varda lorsqu’elle vient le trouver (allusion à Visages, villages, sorti cet été), avait visionné le film et était très fâché. Après coup, on a appris que la rumeur était infondée.

Louis Garrel, une évidence

«Je n’ai d’ailleurs pas cherché à rencontrer Godard avant, nous déclarait récemment Michel Hazanavicius. Le portrait que j’en donne n’est pas toujours glorieux ni sympathique. Mais il n’a jamais cherché à l’être. Donc j’en ai fait un personnage à part entière. Je lui ai rajouté des choses, je l’ai fait descendre de son piédestal. Bérénice Bejo (ndlr: compagne du cinéaste) voit ce film comme un autoportrait. Mais pour répondre à mes différents rapports avec Godard en vue du film, je peux affirmer que je ne l’ai pas rencontré ni même parlé avec lui.»

Pour le public, Jean-Luc Godard, 86 ans aujourd’hui, aura désormais les traits de Louis Garrel, son interprète dans le film. Un choix a priori surprenant qui s’avère pourtant extrêmement judicieux lorsqu’on découvre le film, tant le comédien sait être drôle, apportant des traits personnels à une composition particulièrement casse-gueule. «Pour moi, Louis Garrel a été une espèce d’évidence, poursuit Hazanavicius. Mais autour de moi, je peux vous dire que les gens doutaient. Moi, j’aimais l’idée de l’ouvrir sur une direction de comédie qu’il n’avait pas nécessairement beaucoup pratiquée. En plus, Louis Garrel croit à beaucoup de choses que je fais dire à Godard.»

Autre difficulté, l’auteure du roman de départ, Anne Wiazemsky, qui depuis son incursion dans le métier d’actrice est devenue une écrivaine (douée) à part entière. «Je l’ai relativement peu rencontrée avant de faire le film. Avant de me décider à adapter Un an après, tout en picorant quelques éléments d’Une année studieuse, qui le précède et qui se déroule avant sa rencontre avec Godard, je l’ai appelée. Elle ne croyait pas au projet, elle était réticente à céder les droits. Je lui ai dit que je trouvais son livre très drôle. Je crois que c’est ce qui l’a décidée. Mais elle tenait à voir le film une fois fini. Si elle avait été choquée, j’aurais sans doute fait des interventions. Et puis elle a été touchée. J’ai également fait d’elle un personnage de la saga Godard, entre Anna Karina et Chantal Goya, autres égéries importantes dans la carrière du cinéaste.»

C’est donc avec une certaine méfiance de la part des vrais acteurs du projet que l’auteur de The Artist s’est lancé dans une aventure pour laquelle on l’attendait au tournant. Il est vrai que le succès de The Artist, justement, avec sa sélection cannoise ovationnée, suivie de son triomphe aux Césars et aux Oscars, était resté sans suite. The Search, que Hazanavicius avait dévoilé à Cannes trois ans après The Artist, s’était pris une volée de bois vert. Pire, le public avait ensuite boudé le film. «Pour le coup, je suis retourné à Cannes cette année comme un chat dans une salle de bains. Je me suis d’ailleurs pris quelques coups et franchement, j’appréhendais. Surtout d’être à nouveau en compétition, où l’on ne vous pardonne rien. Je m’attendais même à une formule assassine de Godard lui-même. Mais il ne l’a pas fait, alors qu’il aurait très bien pu se positionner contre le film.»

Des personnages de coqs

Autre constante de l’œuvre de Hazanavicius, c’est bien sûr l’obsession pour le cinéma. Obsession parfaitement assumée. «Et d’ailleurs déjà présente dans les deux volets d’OSS 117. Avec l’idée d’aller revisiter le cinéma d’espionnage et les nanars français. Ce qu’on m’a aussi fait remarquer, c’est que mon film comporte encore une fois un personnage masculin un peu coq. Après OSS 117 et le héros de The Artist, Godard serait dans cette même lignée. Et c’est encore une fois une femme qui le remet d’équerre. Cela dit, pour revenir sur mon obsession du cinéma, dans Le redoutable, j’ai un peu reproduit le style des années 60. Dans The Artist, je tentais déjà d’imiter l’esthétique du muet. Tout cela me permet de fixer un cadre. Et occasionnellement d’en sortir. Avec quelques contraintes inattendues, comme la gestion de la couleur, tout sauf évidente lorsqu’il s’agit de reproduire l’esthétique des années 60.» En revanche, il a eu besoin de changer le titre. «Un an après, cela n’allait pas. J’ai donc cherché un titre à la fois positif et négatif. Le redoutable convenait très bien. Il condense nos impressions sur un personnage à la fois fascinant, charmant et imbuvable. Redoutable, en un mot.»

(TDG)

Créé: 12.09.2017, 19h29

Critique

Garrel, un vrai Godard

Quand on relit les différents romans d’Anne Wiazemsky évoquant ses années cinéma, on réalise que les séquences sont déjà là, telles quelles, et que le travail de mise en scène s’apparente surtout à une reconstitution appliquée. Sauf qu’il y a aussi des dialogues. Donc qu’il faut des comédiens pour incarner ceux-ci. L’audace d’Hazanavicius, ici, c’est d’oser le contre-emploi. C’est-à-dire de demander à Louis Garrel d’incarner Godard jeune. Après coup, on voit mal quel autre comédien aurait pu sonner plus juste. Singer le cinéaste suisse sans nécessairement l’imiter. Se le réapproprier pour en délivrer une vision plus juste que l’original. Le tout sans démythifier un metteur en scène qui n’a jamais cessé de travailler sur les apparences. Ce n’aurait pu être qu’un coup de marketing, c’est l’idée motrice du film.

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