«Happy End», le dernier mensonge signé Haneke

Interview Pour son nouveau film, le cinéaste autrichien retrouve Trintignant et Huppert.

«Happy End», du cinéaste autrichien Michael Haneke, cultive une ambiance chabrolienne dans un milieu bourgeois.

«Happy End», du cinéaste autrichien Michael Haneke, cultive une ambiance chabrolienne dans un milieu bourgeois. Image: DR

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«Tout autour le monde et nous au milieu, aveugles.» L’énigmatique phrase d’accroche du dernier Haneke, Happy End, ne plante nullement le décor. Mais elle suggère une forme d’abstraction que le film déroule dans sa nudité et sa froideur, sans trop se soucier ni d’humanité ni de réalisme. D’où un rejet légitime pour un métrage qui ne semble pas nous aimer. Présenté en compétition à Cannes, Happy End – corollaire direct de ces impressions – a reçu un accueil plutôt négatif durant le festival.

Le bocal des bien-pensants

Michael Haneke, lui, était disponible pour des interviews de groupe, relativement imperméable aux avis émis sur son film. «Mes personnages sont en dehors du monde, nous déclarait-il. Ils ne voient pas ce qui se passe. Nous vivons exactement la même chose au Festival de Cannes. Nous sommes en quelque sorte coupés du monde. D’ailleurs, le drame de Manchester (ndlr: l’attentat autour du concert d’Ariana Grande survenu le 22 mai), je l’ai appris seulement il y a une heure alors qu’il a eu lieu cette nuit. Tout cela pour vous dire que je ne peux pas faire un film sur les migrants, puisque je ne les connais pas. Je ne suis pas moins ignorant que mes personnages. Donc le film ne parle pas d’eux, mais de notre aveuglement. Alors oui, c’est évident que mes personnages me ressemblent et je pense être aussi chiant qu’eux. J’ai également une maison, un peu comme la leur, et je n’y invite pas des gens que je ne connais pas.»

Quelque part, Haneke cultive une ambiance chabrolienne dans ce Happy End où évoluent des bourgeois bien-pensants, dans cette atmosphère cruelle dominée par le mensonge et les faux-semblants, hélas sans cette dimension critique que nous aimerions tant retrouver. «Cela fait vingt ans que je n’ai pas vu de film de Chabrol et on me compare sans arrêt à lui avec Happy End. Je voulais juste montrer des gens dans une sorte de grand bocal, des êtres qui préfèrent se centrer sur leur nombril plutôt qu’interagir avec le monde. Qui préfèrent se satisfaire de leurs petites vies.» Michael Haneke est sans doute l’un des metteurs en scène les plus lucides sur soi-même. En parlant de ses films, il ne s’épargne jamais, dans un processus d’autocritique presque permanent. «Je suis comme la plupart des gens, très égoïste. Mais être égoïste ne m’empêche pas de dire des choses sérieuses sur le monde. Je ne suis pas spécialement fier de mon comportement personnel, mais il faut savoir rester réaliste sur soi-même. La plupart des hommes sont faibles et je ne pense pas faire exception. J’admire ceux qui parviennent à suivre leurs idéaux, comme Albert Schweitzer. Notre tâche, à nous cinéastes, est moins noble. Il faut juste trouver le moyen esthétique de montrer les choses. Pour ma part, j’essaie aussi de maintenir une certaine ambiguïté dans mes films. J’y tiens énormément. Sinon je trouve cela ennuyeux.»

Les acteurs d’«Amour»

Happy End marque aussi les retrouvailles du cinéaste autrichien avec Jean-Louis Trintignant et Isabelle Huppert. «Ma première envie, lorsque j’ai commencé à écrire ce film, c’était de retravailler avec Jean-Louis Trintignant après Amour. Et, pour moi, il m’a toujours paru évident que sa fille ne pourrait être, comme dans Amour, qu’Isabelle Huppert. J’ai donc écrit le rôle pour elle. On s’entend bien, elle fait partie des gens avec lesquels je n’ai pas besoin de tout recommencer à zéro chaque fois. Quant à Trintignant, je sais qu’il a décidé depuis longtemps d’arrêter le cinéma, sauf avec moi. De toute façon, je reste fidèle à mes acteurs. C’est pareil avec les techniciens.»

«Happy End» En salle dès le 4 octobre

Créé: 02.10.2017, 19h37

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