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Génération atomique

Dans «Les particules», le cinéaste genevois Blaise Harrison fusionne âge ingrat et physique quantique. Explosion lente.

Vidéo: Sébastien Contocollias

Natif du Pays de Gex, Blaise Harrison a pu compter sur des bonnes fées pour rejoindre le très sélectif collectif Bande à part. Soit Lionel Baier, qui fut son prof à l’ECAL en 2002-2003, et Jean-Stéphane Bron qui testa ses qualités de technicien dès 2006. «Gamin, j’étais fasciné par les cameramen, je faisais tout le temps semblant de filmer.» À 39 ans, le voilà avec un premier film qui ne ressemble à rien, sinon à lui, adulte et père de bientôt trois enfants, qui traîne des airs de Grand Duduche rêveur. La tête dans le cosmos, les pieds sur terre, «Les particules» possède de solides atomes crochus avec la physique quantique et la poésie fantastique. Ses héros, une bande d’adolescents brouillons, se chargent du reste. Leur metteur en scène se sait sous une bonne étoile: «L’accueil reçu par «Les particules» (ndlr: sélectionné au Festival de Cannes) me garantit de pouvoir réaliser un deuxième film. Même si par nature, je suis un intranquille.»

Comment définir «Les particules»?

Pas du tout un documentaire sur le CERN, pas vraiment un film fantastique, sinon celui qui serait né des folles théories des chercheurs. Le monde leur reste une énigme, et ça me fascine. Je filme un physicien qui, avec sa barbe blanche, sa vision romantique et poétique, ressemble à un Père Noël. Les ados perçoivent sa magie.

Le privilège de l’âge ingrat?

Les adultes perdent cette disponibilité d’esprit, l’innocence de l’enfance disparaît. Je suis père de deux filles, avec un troisième enfant en route. En même temps, je n’ai pas envie de raboter cette curiosité alerte, une hypersensibilité au monde, que possèdent les ados. Je m’identifie mal aux gens de mon âge, sans que ça soit un problème. J’ai pris l’habitude d’aller selon mes instincts. Je doute beaucoup mais je ne pourrais pas faire des films de commande. Si tout foirait pour moi dans le cinéma, j’irais vers la photographie.

D’où cet objet non identifié, «Les particules»?

En l’écrivant, j’ai mesuré mes ambitions. Je n’avais jamais écrit une fiction déjà… et en plus, je voulais m’affranchir des codes. J’adore les films de genre, «teen movie», d’horreur etc. mais je voulais en jouer. En fait, je suis plus influencé par la BD underground, «Ghost World», de Daniel Clowes, et surtout, «Black Hole», de Charles Burns, des auteurs qui s’approprient la culture du superhéros pour l’importer dans leur univers. Je fonctionne comme ça, très demandeur de réel, décors ou personnes, pour enrichir mon monde. Je ne suis pas cinéphile mais gros consommateur d’expos, de livres, musique etc.

Le film résiste à l’analyse. Une volonté?

Ah ça oui! Je n’avais pas envie de donner au spectateur ce qu’il pensait recevoir. Dès que je voyais la solution de facilité, je tentais de la contourner. J’aime filmer dans les interstices de l’histoire, entre les couches de lecture. Je cherchais cette énergie qui circule, force le regard à aller chercher ailleurs.

Où s’insère le monde animal dans cette réflexion, fugitifs hibou, chevreuil, etc.?

Ces images soudaines, comme des éclats qui jaillissent, sont moins des allusions à la psychanalyse qu’un surlignage volontaire de la présence de la nature. Comme pour rappeler que l’homme existe sur un territoire qu’il n’est pas seul à habiter. Avec ce Jura, ces animaux discrets, presque invisibles, qui achèvent de brouiller les pistes. Est-ce un documentaire, sont-ils réels? Malgré l’inertie d’une équipe lourde, je voulais garder la sensation d’éphémère.

L’adolescence, l’âge bête dit-on. Pas pour vous?

Ils m’apparaissent comme des bêtes sauvages, sans cesser d’être au-dedans de bons gamins. J’aime leur énergie débridée quand ils dansent dans la rue, le plaisir d’être en bande. Alors, âge bête! Mais foutez-leur la paix, moi, je les trouve beaux à filmer.

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