Folie furieuse pour Tarantino!

Festival de Cannes«Once Upon a Time in Hollywood» a provoqué des émeutes, quitte à décevoir un peu par la suite.

Quentin Tarantino face à Brad Pitt, Margot Robbie et Leonardo DiCaprio. Ambiance sur la Croisette.

Quentin Tarantino face à Brad Pitt, Margot Robbie et Leonardo DiCaprio. Ambiance sur la Croisette. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis quelques jours, tout ce que la Croisette compte de badges, surbadges, accompagnants, invités et professionnels plus ou moins assermentés, tente de résoudre une équation sans solution: comment accéder au Tarantino? C’est que le film déboule comme l’événement de l’année, sa sélection s’est faite in extremis, le mixage à peine achevé, et personne ne l’avait encore vu jusqu’à mardi soir.

Et pour corser le tout, «Once Upon a Time in Hollywood» n’avait droit qu’à quatre projections: deux officielles, deux presse. Soit moins que les autres titres du concours. La faute à Tarantino lui-même qui ne voulait pas que son film, tourné en 35 mm, passe dans certaines salles où ce format n’aurait pas été bien mis en valeur. Présent depuis le début de la semaine, le cinéaste se montre souvent, assistant à plusieurs projections de films asiatiques, criant même au chef-d’œuvre à propos du «Lac des oies sauvages» du Chinois Diao Yinan, pourtant tout comme lui en compétition. Puis est arrivé le jour J. Pour la première séance presse, un peu plus d’une heure d’attente s’avère suffisante avec un bon badge. Pour les moins haut dans la hiérarchie, cela se chiffre en heures et le risque de rester sur le carreau est réel. Sans possibilité de rattrapage. L’accès aux séances officielles étant à peu près impossible.

Relecture d’une mythologie

Le film lui-même méritait-il toutes ces précautions, toute cette hystérie, toute cette surenchère? Oui d’un point de vue événementiel, un peu moins si on se base sur le strict résultat. Reconstitution du Hollywood de la fin des années 60, relecture d’une mythologie où convergent l’histoire du cinéma, des thématiques comme l’obsession de la gloire, de l’image et de la représentation, le film procède à son tour en empilant diverses histoires parallèles qui finissent par se rejoindre.

Et par se rejoindre à un point de bascule historiquement effrayant, soit le massacre perpétré par les hippies instrumentalisés de Charles Manson envers l’actrice Sharon Tate, alors enceinte de Polanski, et quelques amis dans sa villa. La brutalité de l’affaire laisse aujourd’hui encore sans voix. Enceinte de huit mois, la comédienne a été sauvagement assassinée, et le fait divers est resté dans les annales comme une épouvantable boucherie.

Rituel barbare

Tout le film tend dès lors à une explosion symbolisée par cette séquence. Mais comme dans «Inglourious Basterds», dans lequel Tarantino réinvente l’histoire en montrant le meurtre d’Hitler, il apporte aussi une variante – scénaristique, narrative – dans le rituel barbare qui avait endeuillé Hollywood en août 1969 (petit détail, le film sortira un peu partout dans le monde mi-août 2019, presque 50 ans jour pour jour après le quintuple meurtre). Cette variante, c’est l’illustration de la suprématie de la fiction sur le réel, ce réel fantasmé que Tarantino ne cesse de tordre et malaxer durant les 2 h 40 de son film qu’on nous priait pieusement de ne pas spoiler, en venant lire sur scène la missive que Quentin diffusait un peu partout depuis deux jours.

La construction de l’ensemble obéit d’ailleurs à des règles curieuses, certaines séquences paraissant se succéder dans une sorte d’anachronie illusoire, histoire de bien souligner que dans le monde du cinéma, c’est peut-être un autre espace-temps qui sert de norme, et que les réalités parallèles ne sont jamais très éloignées.

Le film est aussi un choc de géants, puisque Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, qui ont provoqué une émeute hier en arrivant à la conférence de presse, y forment un tandem singulier. Al Pacino, Dakota Fanning, Margot Robbie (rôle de Sharon Tate), le regretté Luke Perry, complètent une distribution cinq étoiles. Mais l’accueil réservé à «Once Upon a Time in Hollywood» a finalement été plutôt froid. Peu d’applaudissements en presse, un délire prévisible en officiel. Le mot «déception» affleurait même sur les lèvres de moult festivaliers. Et pourtant… «Tarantino ne peut faire qu’un bon film, c’est obligé, quoi que disent les gens», nous assurait hier une assistante de production qui a renoncé à y aller. Signe que le soufflé n’est pas retombé, d’autant plus que ce qu’on lit sur les réseaux sociaux demeure globalement positif et qu’objectivement, le film reste malgré les moues un sacré moment de cinéma!

Créé: 23.05.2019, 14h29

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Cycle genevois toujours aussi inégalitaire
Plus...