Ces films qui ont provoqué un scandale

Week-end en étéDe «The Kiss» à «Salò», la censure est omniprésente au cinéma.

Le «Salò» de Pasolini reste un film qui continue, aujourd’hui encore, à choquer ceux qui le découvrent. En 2007, il a par exemple été interdit à Zurich. DR

Le «Salò» de Pasolini reste un film qui continue, aujourd’hui encore, à choquer ceux qui le découvrent. En 2007, il a par exemple été interdit à Zurich. DR

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En 1896, le cinéma a un an. Mais il est déjà au cœur d’un énorme scandale. Sur l’écran, May Irwin et John C. Rice s’embrassent chastement en gros plan. D’une durée de 47 secondes, le film s’appelle «The Kiss» et provient de la firme récemment créée par Edison. À la vision de ce baiser, les ligues de vertu s’époumonent et le public, après avoir frémi d’horreur l’année précédente en croyant qu’un train lui fonçait dessus dans le film des frères Lumière «Arrivée d’un train en gare de La Ciotat», est scandalisé. La censure est obligée d’intervenir. Pour la première fois. Mais pas la dernière.

Les scandales ne vont d’ailleurs plus cesser d’ébranler ce nouvel art, et dès 1930, du moins aux États-Unis, sera même mis en place un code de censure, le code Hays, qui s’appliquera sur toutes les productions. Il faut dire que lors de la décennie précédente, le milieu du cinéma a été ébranlé par plusieurs scandales (dont le procès Fatty Arbuckle, suite au décès de la starlette Virginia Rappe), affaires de mœurs et meurtres non élucidés, tel celui de William Desmond Taylor, toujours irrésolu. De la nudité à la criminalité, de la sexualité à la critique de la religion, les ciseaux interviennent continuellement et les moralistes ne relâchent guère leur attention, du moins jusqu’en 1954, année du décès de William Hays, fondateur du code portant son nom. Après Hays, la rigueur se relâche.


A lire: Quand les milieux religieux s’en mêlent et protestent


Une autre forme de censure sévira néanmoins dans les années 70, aux États-Unis comme en France: le classement X. Ce dernier vise évidemment le cinéma pornographique, est assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans puis d’une taxe qui va petit à petit condamner un genre reclus dans un ghetto, et cela sans parler de la prolifération des diffuseurs vidéo. En France, un film X est généralement assimilé (à tort, lire ci-dessous le cas de «Massacre à la tronçonneuse») à un film pornographique dans lequel les actes sexuels ne sont pas simulés. Le relâchement de la censure favorisera l’exploitation de ces métrages, qui prolifèrent dans les salles durant les années 70, jusqu’à représenter plus du tiers des sorties hebdomadaires, ce qui est énorme. À noter que les films pornographiques, eux, ne sont pas nouveaux. Il en existe depuis la naissance du cinéma. Mais à l’origine, ils n’étaient projetés que dans des maisons closes.

Interdiction en Suisse

L’interdiction totale d’un film est en revanche beaucoup plus rare. Pourtant, un célèbre cas est survenu en Suisse avec l’interdiction durant douze ans du «Salò ou les 120 journées de Sodome» de Pasolini, qui reste à ce jour l’un des titres ayant le plus scandalisé les spectateurs. Également interdit en Italie, le film est sorti en France en 1976, quelques mois après l’assassinat du cinéaste. Tirée de l’œuvre du marquis de Sade, cette critique du fascisme reste aujourd’hui très éprouvante lorsqu’on la visionne. Le jour de sa sortie, dans les années 80 à Genève, une fois la censure levée, une foule compacte s’était pressée au cinéma City à la première séance du film, vers 14 heures. Mais aux deux tiers du métrage, bon nombre de gens étaient sortis, horrifiés.

Pour situer les choses, rappelons de quoi il retourne dans ce film. Dans l’Italie mussolinienne de 1943, quatre notables de Salò, ville italienne près du lac de Garde, font enlever des jeunes gens – autant de filles que de garçons – et se proposent d’illustrer la narration de quatre tableaux, ou cercles infernaux, comme chez Dante. Le titre de ces tableaux est évocateur: «Vestibule de l’enfer», «Cercle des passions», «Cercle de la merde» et «Cercle du sang». Le malaise atteint généralement son paroxysme durant le troisième tableau, avec son repas de noces composé d’excréments humains, qui provoque la désertion du public.

Le film dérange encore

À cet égard, l’ultime tableau, suite de tortures et de mises à mort observées à la jumelle, est encore plus éprouvant. Toujours interdit à la télévision – seules les chaînes françaises CinéCinéma Classic et Paris Première l’ont programmé une fois – le film continue de déranger lors de présentations publiques. En 2007, dans le cadre d’une rétrospective dédiée à Pasolini à Zurich, des plaintes ont été déposées et sa projection interdite, la police zurichoise estimant que le film violait le Code pénal. «Salò ou les 120 journées de Sodome» est sans doute un pic dans l’histoire du cinéma. Hormis dans quelques productions horrifiques déviantes qui existent en dehors des circuits commerciaux, on ne pourra sans doute jamais aller plus loin dans la représentation de l’horreur.


Cannes choqué jusqu’à la nausée

«La grande bouffe»

Andréa Ferréol et Michel Piccoli dans «La grande bouffe» de Marco Ferreri. DR

La projection de «La grande bouffe» de Marco Ferreri reste l’une des plus chahutées de l’histoire du Festival de Cannes. Dans des bonus DVD généreusement fournis avec le film, on peut voir des actualités et se rendre compte de l’ambiance tendue qui régnait le jour de la présentation du film. Récemment, la comédienne Andréa Ferréol nous confiait qu’elle fut la cible d’insultes durant des mois suite au film. L’objet du scandale, c’est ce que raconte le long-métrage. Soit la décision de quatre amis de s’enfermer dans une villa pour se livrer à un suicide collectif en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le festin, auquel sont conviées des prostituées qui finissent par s’enfuir, s’achève avec le décès des héros, joués par Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et Philippe Noiret. La même année, en 1973, un autre film fait scandale sur la Croisette: «La maman et la putain» d’Eustache. Quelle cuvée! P.G.


Une motte de beurre qui dérange

«Le dernier tango à Paris»

Maria Schneider et Marlon Brando sur le tournage du «Dernier tango à Paris» de Bertolucci. DR

Il suffit souvent d’une séquence pour déclencher un scandale. Dans «Le dernier tango à Paris» de Bertolucci, en 1972, une motte de beurre va s’en charger. Le film décrit une relation passionnelle entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas. Lui, c’est Marlon Brando, et elle, Maria Schneider. C’est une séquence où il la prend sauvagement qui va mettre le feu aux poudres. Car pour cet acte de pénétration, Brando s’empare d’une motte de beurre destinée à l’aider. Si le public crie au scandale, la comédienne Maria Schneider, décédée en 2011, déclarera plus tard tout le traumatisme qu’avaient suscité ce tournage et ce viol, puisqu’elle n’était pas au courant que la séquence se déroulerait ainsi. «La scène du beurre est une idée que j’ai eue avec Marlon le matin même. Je voulais que Maria réagisse comme une fille, et pas comme une actrice. Elle m’a haï toute sa vie», déclarait il y a quelques années Bertolucci. P.G.


Quand l’horreur est classée X

«Massacre à la tronçonneuse»

Leatherface, le tueur masqué du film de Tobe Hooper. DR

«Massacre à la tronçonneuse», le chef-d’œuvre de Tobe Hooper, fut longtemps un film invisible. Primé au Festival d’Avoriaz, il est sorti d’abord en salle en France en 1974, mais la Commission de contrôle des films prononça son interdiction. Celle-ci ne fut levée qu’en 1982. Dans l’intervalle, le film ressortit avec une classification X (comme la plupart des pornos), puis fut édité en VHS par René Château dans sa collection «Les films que vous ne verrez jamais à la télévision». Ces retournements successifs témoignent du malaise qu’on peut éprouver en visionnant un film d’épouvante et de terreur qui conserve aujourd’hui une sorte de suprématie dans le genre. Tout y est affaire de climat. Il y a très peu de sang, mais l’effroi y est total, et la bestialité du héros tueur propre à nous retourner l’estomac. Scandale ou pas, il y a clairement un avant et un après «Massacre à la tronçonneuse». Un must! P.G.


Une insoutenable séquence de viol

«Irréversible»

Dans «Irréversible», la terrible séquence du viol de Monica Bellucci filmée en plan-séquence. DR

À Cannes, rien ne vaut un scandale pour que le festival s’emballe. En 2002, celui-ci arrive par l’intermédiaire de Gaspar Noé, qui présente en compétition son deuxième long-métrage, «Irréversible». Le film a la particularité d’être monté à l’envers et donc de débuter par sa fin. Mais le moment choc, c’est le viol et le tabassage, en un plan-séquence de presque quatorze minutes, de son héroïne, Monica Bellucci, laissée pour morte dans un couloir glauque par un inconnu. La vengeance qui s’ensuit, donc qui précède, témoigne d’une atmosphère irrespirable qui culmine dans une séquence d’ouverture ultraviolente se déroulant dans une boîte gay, avec sa caméra qui ne cesse de tanguer et une étouffante musique signée par un des Daft Punk. À Cannes, les ambulances remplacent les limousines et les festivaliers sont en état de choc. On reparlera de Noé en septembre, avec son nouvel opus, «Climax», lui aussi très radical. P.G.

Créé: 21.07.2018, 10h29

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