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Un film genevois sauvé par le «crowdfunding»

Grâce au financement participatif, le réalisateur Robin Harsch pourra terminer son film, sur lequel il travaille depuis six ans.

Robin Harsch a réuni le 24 mars dernier la somme qui lui manquait pour terminer la postproduction de son film.
Robin Harsch a réuni le 24 mars dernier la somme qui lui manquait pour terminer la postproduction de son film.
Georges Cabrera

En 2006, Locarno frémissait en découvrant Federer et moi, un court-métrage en forme d’ego trip signé par un jeune cinéaste genevois prometteur, Robin Harsch. Deux ans plus tard, c’est à nouveau à Locarno qu’on le retrouvait, cette fois devant la caméra de Lionel Baier, dans le film Un autre homme. En compétition, ce dernier y faisait le portrait d’un couple, et Robin, qui y jouait un critique de cinéma usurpé, donnait la réplique à Natacha Koutchoumov. Puis, de loin en loin, on avait un peu perdu la trace du jeune homme. Des courts-métrages, un documentaire, et en 2012, un autre docu remarqué à Visions du Réel (Nyon), Les cheveux courts, ronde, petite taille.

Qu’en était-il de ce projet de long-métrage dont on avait vaguement entendu parler en 2008? La réponse est finalement venue de Facebook. Sur le profil de Robin, qui a aujourd’hui 39 ans, on découvrait il y a quelques jours une petite vidéo dans laquelle il exprimait sa joie. Le 24 mars, il avait en effet réuni la somme qui lui manquait pour le financement de la postproduction de son film, visiblement déjà tourné. Tout cela via le crowdfunding, mode de participation au financement désormais si fréquent sur le Net.

Suite de refus

La news méritait qu’on fasse le point avec l’intéressé. On retrouve un Robin Harsch en pleine forme, qui a la niaque comme jamais. «Ce film, ça fait des années que je suis dessus. Il raconte l’histoire d’un type qui devient un homme en perdant sa mère et en devenant père. Quand j’ai commencé à y réfléchir et à l’écrire, ma mère était encore vivante et je ne savais pas que j’aurais un enfant. Pour l’écriture, on a reçu toutes les aides possibles. Tout semblait s’enchaîner pour ce premier long qui était un peu ma version de L’homme qui aimait les femmes, l’un de mes films préférés.»

C’est ensuite que les choses vont se gâter. C’est-à-dire au dépôt du scénario. Alors lié à un producteur, même s’il avoue n’avoir signé aucun contrat, Robin Harsch se voit refuser l’aide à la réalisation de Berne (Office fédéral de la culture, OFC). Il redépose. Refus à nouveau. Et le problème, lorsque l’OFC dit non, c’est que les autres organismes de subventions s’alignent. Bilan de l’opération, pas un centime ne tombe pour que le film se fasse. Un film qui a d’ailleurs eu plusieurs titres, s’appelant d’abord L’enfer rose, Même pas peur, Les ailes fragiles et enfin Biceps, son titre actuel. «J’étais coincé. Après le premier refus, j’ai été en mode déprime durant trois mois. Mais suite au second refus, je n’ai déprimé qu’une demi-heure sous ma douche. Ce film, je devais à tout prix le faire, ne serait-ce que pour la mémoire de ma mère.»

En d’autres termes, Robin Harsch décide de se lancer à corps perdu dans la réalisation, et cela sans argent. «J’ai tout retravaillé afin que le film coûte moins cher. Son premier budget était pourtant léger, à peine 1,5 million de francs. Je n’avais ni le temps ni l’argent de refaire des castings. En quelques jours, j’ai constitué l’équipe comme ça. J’ai proposé le film à deux comédiens que j’aime et ils ont accepté. J’ai aussi emprunté, afin que les gens puissent au moins se nourrir et avoir leurs frais couverts. Mon envie, c’était d’aller vite.»

Problème au montage

Cette urgence, Robin la revit, s’enthousiasme, fait de grands gestes. Pour la réalisation, il sollicite alors une première fois la participation des gens via le crowdfunding. Cet essai se solde par un échec. Robin n’obtient pas un centime par ce biais. Pour ne pas retomber dans une spirale de déprime, il se décide à tourner tout de suite. Ce sera long, presque deux ans, pour mettre en boîte l’ensemble des plans. «J’ai même eu neuf preneurs de son successifs. Et il y a des périodes où les comédiens étaient pris par d’autres obligations. Entre-temps, j’ai eu mon second fils. Je vivais grâce au chômage, ou en tournant des films «corporate».»

Une fois les rushes rassemblés, le cinéaste se rend alors compte qu’il manque quelque chose au montage. «Mais au montage, cela ne marchait pas. Et c’est en faisant un stage de déménageur que j’ai eu le déclic. Il fallait recentrer autour d’un personnage de déménageur. Cela a aussi suggéré le bon titre, Biceps. Nous avons retourné un mois entier.» Ensuite, Robin Harsch a sollicité des aides pour la postproduction. «La Migros m’a dit non et je n’ai même pas voulu savoir pourquoi. J’ai préféré prendre mon film sous le bras et demander des rabais aux différentes boîtes techniques.» Et en parallèle, lancer une nouvelle opération de crowdfunding. Qui cette fois s’avérera la bonne. En quelques jours, la somme nécessaire (20 000 francs) était réunie. Mais les dons sont en revanche encore ouverts jusqu’au 15 avril. Où? Sur le site wemakeit.com. Quant au film, nous en reparlerons bientôt, forcément.

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