Festival de Cannes : du petit bijou avec «Girl» au gros plouf avec «Le grand bain»

L'acteur Victor Polster (au centre), le réalisateur belge Lukas Dhont (à droite) et l'acteur Arieh Worthalter posent pour«Girl». Le film est présenté dans la section Un Certain Regard.

L'acteur Victor Polster (au centre), le réalisateur belge Lukas Dhont (à droite) et l'acteur Arieh Worthalter posent pour«Girl». Le film est présenté dans la section Un Certain Regard. Image: EPA / FRANCK ROBICHON

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Le Flamand Lukas Dhont nous offre un superbe film poignant, tandis que le Français Gilles Lellouche nous gratifie d’une comédie calamiteuse.

«Girl» a fait chavirer la Croisette en nous faisant découvrir la ravissante et gracile Lara, 15 ans, les yeux bleus, les yeux bleus, le teint translucide. L’adolescente a un rêve, devenir ballerine. Avec l’aide inconditionnelle d’un père formidable qui l’aime, la comprend et la protège, elle est prête à tout pour le réaliser. Travaillant comme une forcenée, pieds en sang, dos douloureux, jambes raides, elle souffre plus encore que ses camarades de cours, pour se plier à cette discipline de fer qu’est la danse classique.

Car Lara est un garçon transgenre, qui suit un traitement hormonal. Pour elle, une danseuse est l’incarnation de la féminité. Mais avant que la transformation s’opère, elle doit dompter, soumettre ce corps qui se dérobe, cacher ce sexe qu’elle ne peut, qu’elle ne veut plus voir, le comprimant sous des pansements adhésifs qui lui brûlent le ventre.

Pas de voyeurisme ou de sensationnalisme dans cette histoire en forme de coup de cœur. Sélectionné dans Un Certain Regard, Lukas Dhont propose une première œuvre rare, sensible, pleine de subtilité, de grâce, d’émotion. Mais aussi frontale et crue. Déjà comparé au prodige québécois Xavier Dolan, l’auteur fait figure de révélation à l’instar de son protagoniste Victor Polster.

Victor Polster, une formidable découverte

Pour ses débuts à l’écran, ce Belge francophone de 16 ans, qui étudie la danse à Anvers, est époustouflant de talent, de maîtrise, de justesse. Il livre une exceptionnelle performance physique dans le rôle de Lara lancée à la fois dans l’apprentissage d’un art astreignant et le parcours hors-norme du changement de sexe, dont le réalisateur nous montre les différentes étapes.

Car au-delà de magnifiques séquences chorégraphiées, c’est aussi, sinon surtout cela qui passionne, la façon dont Lara envisage et vit sa métamorphose, beaucoup trop lente à son goût et qui la poussera vers la violence… Longuement ovationné par tous les publics dans toutes les salles où il a été projeté, ce bijou en lice pour la Caméra d’or possède les atouts nécessaires pour l’emporter.

Le grand écart avec Gilles Lellouche

A l’opposé de cette bouleversante quête d’absolu, on trouve le film bourrin de Gilles Lellouche, « Le grand bain », avec une brochette de quadras, quinquas et sexas qui se rencontrent dans une piscine municipale. Plus ou moins ventripotents et déprimés, ils tentent de redonner un sens à leur vie pourrie en décidant de se mettre à la natation synchronisée pour participer au championnat du monde.

Nous avons donc Guillaume Canet haï par sa mère, Mathieu Amalric en chômeur humilié, Philippe Katerine en vieux garçon simplet, Benoît Poelvoorde endetté jusqu’au coup ou encore au chevelu Jean-Hugues Anglade, rock star déglinguée, qui se livrent à leur thérapie de groupe en bassin. Ils sont improbablement coachés par Virginie Efira, ancienne gloire des bassins brisée, larguée en cours de route et remplacée par Leïla Bekhti en fauteuil roulant, aboyant ses ordres en cinglant les fesses des réfractaires à l’entraînement.

Si seulement c’était loufoque. Mais non, c’est pathétique. Une comédie calamiteuse à la réalisation convenue, avec des comédiens en roue libre, des dialogues laborieux, des vannes aussi grossières que gênantes. A se demander ce que cette chose fait à Cannes. Certes hors compétition, mais tout de même. Eh bien apparemment, elle y a sa place, si on en juge par l’accueil chaleureux lors de sa présentation au Palais et aux critiques élogieuses de la presse française. Qui, tout en évoquant carrément un « Full Monty » aquatique, lui prédit un carton à sa sortie en salles. C’est hélas possible… (TDG)

Créé: 15.05.2018, 16h51

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