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Fabrice Luchini, désir de cinéma populaire

Dans «Le meilleur reste à venir», il fait face à Patrick Bruel.

Fabrice Luchini: ««Le dîner de cons» est aussi dur à tourner que Racine ne l’est à jouer.»
Fabrice Luchini: ««Le dîner de cons» est aussi dur à tourner que Racine ne l’est à jouer.»
PAOLO VERZONE / AGENCE VU / KEYSTONE

Rare en interviews, rétif à l’exercice de la promo, Fabrice Luchini a fait une entorse à ses habitudes pour nous. Dès demain, il sera à l’affiche de «Le meilleur reste à venir», comédie sur l’amitié dans laquelle il a pour partenaire Patrick Bruel. Une histoire qui débute comme un drame, le héros du film découvrant qu’il a un cancer, avant de réaliser qu’il se trouve au cœur d’un malentendu. Pour parler à Fabrice Luchini, qui accorde ici son seul entretien à un média suisse, il a fallu prendre son mal en patience. Après quelques appels infructueux, il finit par prendre le combiné et s’excuser. «Désolé, je parlais de Genet avec quelqu’un, voilà pourquoi je ne pouvais pas vous répondre.» Pas de doute, c’est bien notre homme.

Avec un rôle comme celui-ci, dans lequel le personnage croit être atteint d’un cancer avant de réaliser qu’il s’agit d’un malentendu, est-ce que vous pensez à la manière dont vous réagiriez dans cette situation?

Pas vraiment, mais chaque acteur travaille différemment. Pour moi, la première préoccupation, c’est le souci de l’autre, du partenaire. Il faut créer un équilibre de manière à ce que la situation comique demeure vraisemblable. C’est comme chez Feydeau. L’important, c’est de croire qu’il y a un amant caché dans une armoire. Là, c’était pareil. Je devais rester crédible en jouant cet homme qui n’ose pas tout dire à son meilleur ami.

«Le meilleur reste à venir» est coréalisé par Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, qui avaient signé «Le prénom». Comment travaille-t-on lorsque deux metteurs en scène vous dirigent?

Je les laisse faire leur cuisine. Ce n’est guère différent d’autres films. Sur ceux d’Anne Fontaine, par exemple, il y a toujours son mari, le producteur Philippe Carcassone, qui se trouve présent, regarde au combo et donne son avis. Donc je suis habitué à ce genre de combinaisons. Ils se répartissent les rôles. Et ils ont cette qualité de se comprendre intuitivement.

Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans ce rôle?

Quand j’ai lu le scénario, j’ai vu du cinéma populaire. Je sors d’«Alice et le maire» de Nicolas Pariser, qui est un film plus intello et remporte d’ailleurs un énorme succès. J’avais cette envie d’alternance. Jean Carmet disait toujours: «Ma seule liberté, c’est de me déplacer.» Passer de Margueritte Duras à Zidi, par exemple. Mais Depardieu est le seul à pouvoir le faire avec élégance.

Aviez-vous recroisé Patrick Bruel, avec qui vous aviez joué il y a trente ans dans «P.R.O.F.S.»?

Oui, car ma fille voulait aller le voir sur scène. Il a toujours été curieux. Il n’a pas peur de voyager, de s’enthousiasmer du succès des autres. Il a toujours eu beaucoup de bienveillance à mon égard. A l’époque de «P.R.O.F.S.», il aurait pu me prendre de haut. J’en ai vu d’autres qui me prenaient de haut. Lui jamais.

Dans quel registre de jeu êtes-vous le moins à l’aise?

Tout ce qui est de l’ordre de la saoûlographie. Faire semblant de me réveiller le matin, dans un film, ce n’est pas mon truc. A mon âge, il me semble qu’on sait ce que l’on ne peut pas jouer. J’ai grandi en connaissant mes limites. Je ne pourrais pas faire Gabin dans «Le clan des Siciliens». Il faut savoir rester humble. Il y a quelques années, j’étais dans le bureau d’Eric Rohmer et un grand producteur italien l’appelle pour lui proposer de réaliser «La Chartreuse de Parme». Il lui a répondu qu’il n’en serait pas capable. C’était une réaction intelligente.

Lorsqu’une journée de tournage s’achève, lorsqu’une représentation théâtrale se termine, à quoi pensez-vous?

Les deux n’ont rien à voir. Le cinéma procure un bonheur enfantin. Au théâtre, il faut jouer devant 1200 personnes. Et il faut faire en sorte qu’ils écoutent du Péguy, par exemple. Quand ça se passe bien, on ressent un bonheur d’athlète à la fin d’un spectacle. Après une prise, il n’y a aucune satisfaction physique. Juste le plaisir d’être dans cette ambiance confortable du plateau de cinéma.

La décennie est en train de s’achever. Est-elle celle qui vous a rendu le plus fier de votre carrière?

Disons que je n’aurais jamais imaginé remporter une coupe Volpi de meilleur acteur (ndlr: pour «L’hermine» de Christian Vincent, en 2015). Je n'aurais jamais pensé jouer au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Ni tourner dans quatre films cette année. Je n’aurais pas cru que j’irais à Cannes avec un film intello comme «Alice et le maire». Il n’y a aucune vanité dans tout cela, ce n’est pas le fruit d’une stratégie, c’est juste la providence qui décide. Mon amour des textes plus ou moins élaborés fait le reste.

Donc des textes plus ou moins difficiles à jouer?

Mais ils sont tous difficiles. Il n’y a pas de différences ni de hiérarchie. C’est Louis Jouvet qui disait cela. Et il avait raison. Il n’y a pas de textes inférieurs. Jouer Molière, Shakespeare ou Feydeau, c’est exactement la même chose. «Le dîner de cons» est aussi dur à tourner que Racine ne l’est à jouer.

A la télévision, vous passez pour un bon client. Vous n’en avez pas marre?

Je pourrais arriver sur les plateaux avec mes problèmes, jouer l’état dans lequel je me trouve au quotidien. Pour moi, c’est inconcevable. Je préfère faire un show plutôt que donner mon avis sur les gilets jaunes ou le climat. A la télé, je suis un vendeur. C’est pour ça que Simone Signoret n’y allait jamais. Elle en avait horreur.

Est-ce que, comme le titre du film, vous pensez que le meilleur reste à venir?

Ma nature est trop anxieuse pour pouvoir affirmer cela.

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