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Elsa Zylberstein: «Dans ce métier, il faut oser!»

À l’affiche de cinq films entre janvier et août, la comédienne française vient de terminer le tournage du biopic sur Simone Veil. Le rôle de sa carrière?

Getty Images

Lorsqu’on aborde le sujet, Elsa Zylberstein botte en touche. Elle nous livre la même réponse qu’à Yann Barthès sur le plateau de Quotidien: «Le film est en tournage, je ne parlerai pas de ce projet», a-t-elle répliqué, le regard frondeur, lorsque nous l’avons interrogée sur ce rôle de Simone Veil qu’elle interprétera dans le biopic d’Olivier Dahan, attendu pour 2021. Ce film aura-t-il le même impact sur sa carrière que «La Môme» pour Marion Cotillard? Certains disent déjà que la comédienne a trouvé le rôle de sa vie...

Elsa Zylberstein était à Genève avant les Fêtes pour soutenir Action Innocence et sa présidente, Valérie Wertheimer, dans leur lutte contre le cyberharcèlement et la pédocriminalité sur le Net. Marraine de la fondation, elle avait convié son ami de longue date, Gad Elmaleh, à l’accompagner sur les bords du Léman pour animer cette soirée de gala. Une semaine durant, elle a donc laissé Simone Veil au repos. Et s’est glissée dans la peau de la femme engagée qu’elle revendique. Mais l’année 2020 s’annonce déjà riche en émotions. Avec cinq films à l’affiche entre janvier et août. Les deux premiers – «Selfie» et «Je ne rêve que de vous» – viennent de sortir dans les salles de l’Hexagone. Et là, elle est prête à en parler.

Pourquoi cet engagement fidèle pour Action Innocence?

J’ai une passion pour Valérie Wertheimer et Tiziana Bellucci (ndlr: directrice de la fondation). Alors qu’internet est en train de devenir un monstre, je trouve leur engagement louable. Ce que je ne supporte plus, c’est ce tribunal médiatique des réseaux sociaux et le danger que cela représente. Il n’y a pas de barrières, tout est permis, cela me révolte.

Est-ce que vous utilisez les réseaux sociaux?

J’ai Instagram, j’aime bien, mais je fais attention. On est tous «addicts» au téléphone. Mais je ne suis pas du genre à reposter un truc tout de suite. Je déteste le tribunal populaire, capable d’accuser quelqu’un dans la seconde. Je suis ébahie de voir qu’il n’y a plus de contrôle. Les paroles s’équivalent, il n’y a plus de limites. On est dans un monde où tout ce qui est dit sur cette petite chose (ndlr: elle montre son portable) et sur Google n’est plus vérifié.

Avez-vous été victime de ce tribunal populaire?

J’ai pu l’être à un moment, mais je n’ai pas envie de m’en rappeler... Il faut être fort dans ces moments-là. Quand tu es dans la lumière et que tu fais un métier comme le mien, tu dois avoir cette force-là. Imaginez les hommes politiques, regardez ce qu’ils se prennent, il faut être fait d’un bois qu’on ne connaît pas. Moi, je n’ai pas cette force-là, mon Dieu! Je fais mon art, je suis passionnée par ce que je fais et j’essaie de me concentrer sur l’essentiel.

Votre dernier film, «Selfie», sorti sur les écrans français le 15 janvier, parle justement de cette problématique-là.

Effectivement. C’est un film à sketches, une satire sur les réseaux sociaux. Je joue le personnage d’une prof de littérature totalement en dehors de cette technologie, qui tombe amoureuse d’un homme, complètement idiot, qui a deux mots de vocabulaire. Blanche Gardin, elle, incarne une femme qui obtient des «likes» parce que son enfant est malade.

Il y a aussi un thème, avec Manu Payet, autour des algorithmes...

Oui, sur le fait que la société décide que tu vas aimer le chocolat au lait parce que tu en as acheté deux fois... C’est terrifiant! Un jour, je regardais les hôtels à Megève; dans la minute qui suivait, je recevais de la pub sur cette station. C’est assez flippant! C’est George Orwell. J’essaie de ne pas trop y penser, sinon je deviendrais parano.

Dans votre carrière, vous passez souvent de la comédie à des films plus dramatiques, comme dans «Je ne rêve que de vous» de Laurent Heynemann, sorti cette semaine en France.

Oui, j’ai toujours adoré ça. Ce n’est pas évident au départ, quand tu commences dans cette carrière, de revendiquer cette liberté, mais aujourd’hui, j’en récolte les fruits avec bonheur. Je reçois des propositions absolument différentes les unes des autres. Demain, je peux bosser avec Philippe Garrel, puis refaire un film avec Franck Dubosc. C’est cette liberté-là qui me plaît au cinéma et je veux continuer d’aller dans ce sens.

Dans le milieu, cette liberté est-elle facilement comprise?

Vous savez, les gens sont des suiveurs. Il suffit que je le fasse et que ça fonctionne, pour que tout le monde fasse la même chose. Quand j’ai commencé, on se demandait si ce serait bon pour mon image. Il faut se sentir libre, plus forte que les ouï-dire.

Votre actualité est très riche en ce début d’année avec ces deux sorties conjointes...

Oui, il y a encore l’adaptation du roman d’Anna Gavalda, «Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part», dont la sortie est prévue le 22janvier, avec Jean-Paul Rouve. J’ai aussi un film qui sera présenté au Festival de l’Alpe-d’Huez, «Tout nous sourit», avec Stéphane de Groodt, qui, lui, sortira le 5 avril. J’ai encore une autre comédie prévue pour le 5août, qui s’appelle «Adorable». On aura le temps de parler de Simone Veil plus tard... (sourires)

Vous êtes très présente sur grand écran. La télévision ne vous intéresse-t-elle pas?

Je n’en fais pas. Je n’ai rien contre. Je suis quelqu’un de passionné, j’aimerais bien tourner une super série. Sur Netflix ou Amazon, j’ai vu des trucs géniaux. Mais il faudrait LE personnage. Je suis tout-terrain. Caméléon dans mes rôles et dans ma manière de les aborder. C’est un luxe! En France, il y a une grande snoberie, les gens ont peur de leur propre ombre. Moi, je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas une suiveuse et je ne le serai jamais. Il ne faut pas avoir peur, il faut aller vers, il faut oser.

Vous avez souvent interprété des rôles forts au cinéma. C’est pour ça que vous n’avez peut-être pas besoin de la télévision?

Cela n’a rien à voir. Ce serait super de tourner dans une série aujourd’hui, avec 6 ou 7millions de personnes qui la regardent. La notoriété du cinéma est complexe. Moi, j’ai la chance d’avoir commencé très jeune et de ne jamais avoir arrêté. Je profite donc d’une célébrité de fond. Mais ça me plairait d’obtenir un super rôle dans une série TV.

Et toute cette polémique autour de Netflix, avec ces films qui ne sortent plus sur les écrans. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que le cinéma existera toujours. Je suis peut-être très optimiste. Mais rien ne remplacera l’expérience de la salle. Surtout quand c’est un film à grand spectacle. «Star Wars», personne n’a envie de le regarder sur un mini-écran. C’est aussi une sortie, une expérience en groupe, ce n’est pas pareil. Mais, c’est vrai, quand Scorsese a un projet de film à 150millions et qu’il ne trouve pas le budget, il tape à la porte de Netflix. Tant mieux pour lui! Il le fait aussi pour qu’on puisse le voir sur un iPad.

On n’en sort pas: on revient toujours à ces écrans!

Oui, mais on ne regarde pas un Antonioni sur ces écrans-là. Les gens suivent des séries TV, des petites histoires... c’est un peu du fast-food! Si tu aimes le cinéma, tu consommes différemment. Le dernier Scorsese, je l’ai vu sur un ordinateur. Je n’étais pas très fière de moi, mais je n’avais pas le choix. (sourires) C’est quand même dommage de ne pas le voir sur écran géant. Mais peut-être que les adolescents n’ont pas le même raisonnement.

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