Ses drôles de petites bêtes prennent vie au cinéma

Long-métrageLe monde miniature d’Antoon Krings passe au film d’animation avec un rare bonheur.

Antoon Krings s’en est allé faire une balade au jardin des Rois, un jour de décembre.

Antoon Krings s’en est allé faire une balade au jardin des Rois, un jour de décembre. Image: Laurent Guiraud

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Cet auteur et dessinateur est un poids lourd de la littérature jeunesse! Depuis un quart de siècle, Antoon Krings régale les enfants du monde entier avec ses Drôles de petites bêtes qui ont pour nom Mireille l’abeille, Léon le bourdon, Loulou le pou et tant d’autres encore.

Les albums de son jardin extraordinaire se sont déjà vendus à plus de 20 millions d’exemplaires. Fort de ce succès d’édition, le créateur a fait le grand saut: il adapte son œuvre au cinéma. Son film est à découvrir dès aujourd’hui dans les salles romandes.

– Le livre ne vous suffisait plus? Pourquoi passer au cinéma?

– Un film, c’est une grande aventure que je désirais depuis des années. J’ai pris le temps qu’il fallait pour la réaliser, et c’est magique de voir s’animer un monde que l’on a imaginé avec quelques dessins et quelques mots. Il ne faut pas grand-chose pour créer un livre: du papier, des pinceaux, des tubes de gouache. Plus une histoire à inventer. Faire un film, c’est tout autre chose…

– Comme travailler en équipe?

– Oui, j’ai eu la chance d’œuvrer ces dernières années avec des gens hypermotivés à tous les niveaux de la production. Ce film doit beaucoup à toutes ces équipes qui ont travaillé corps et âme sur le projet, des gens de l’ombre, qui sont de véritables artistes.

– Quelles étaient vos envies?

– Je voulais une grande aventure romanesque, épique, romantique, qui touche un public assez large. Faire aussi un film qui soit très élégant et personnel. Un film d’auteur, avec de l’émotion. J’ai travaillé le scénario avec Arnaud Delalande. Nous avons gardé certains insectes iconiques de la collection, en avons écarté d’autres et créé de nouveaux pour cette histoire originale qui comporte plusieurs niveaux de lecture. À travers la vie de ce jardin et des tensions qui se développent entre les mielleux et les nuisibles, on parle de la nature qui est menacée, de la fragilité de la démocratie, mais aussi de résistance et de solidarité. On est dans un monde qui peut paraître enfantin, mais qui a une certaine complexité.

– Comment passer d’un univers pictural à celui de la 3D?

– Il était impossible de faire de la peinture animée pour assurer un lien direct entre le livre et le film. Avec le réalisateur Arnaud Bouron, spécialiste en animation, nous avons donc opté pour la 3D, dont les possibles sont infinis. Mais nous avons pris garde de ne pas tomber dans les travers de cette technique qui peut conduire à l’hyperréalisme, avec son côté froid ou plastique qui nuit à la magie de l’image. Avec les décorateurs, on a donc cherché à texturer le plus possible la matière, à lui apporter de la vibration, à travailler sur la lumière, les clairs-obscurs, avec des palettes de couleurs très nuancées, mais aussi contrastées. Je souhaitais également que chaque accessoire soit fait de matériau naturel. Le design de la ruche est le fruit de longues recherches: il devait ressembler à la fois à une ruche et à un château fort…

– Quel traitement avez-vous réservé à vos petites bêtes?

– La sculpture des personnages a été une étape importante du film et a demandé un grand travail d’interprétation et de simplification des formes. Les gentils, les lumineux, les mielleux sont tout en rondeur. C’est la boule, le cercle. Pour les nuisibles, le frelon ou les guêpes, on est dans le triangle, le côté anguleux. C’est une volonté de résumer ces caractères à des formes géométriques. Je tenais aussi à ce que ces petites bêtes aient un aspect de peluche, ou duveteux, afin qu’il y ait du lien affectif, que les enfants puissent se projeter dans l’histoire. Qu’ils aient de l’émotion, de l’amour pour les personnages ou alors de l’anxiété face à ceux qui représentent le côté sombre du jardin.

– La musique joue un rôle très important dans ce film. D’où vient-elle?

– J’avais en tête la musique que Bruno Coulais avait composée pour Microcosmos: le peuple de l’herbe, en 1996. J’avais adoré le film et sa bande-son, d’une grande créativité. Le producteur Aton Soumache était d’accord avec mon choix.

«J’avais l’ambition que chaque scène du film soit un petit tableau.»

Antoon Krings, auteur et réalisateur

– À notre première rencontre, j’ai dit à Bruno que j’aimais la musique française du début du XXe siècle, Debussy, Ravel. J’ai parlé aussi de Britten, de son monde empreint d’étrangeté et de mystère. Et il s’est mis à la tâche. J’étais déjà très ému en écoutant la première maquette, formidable. L’enregistrement a été un moment inoubliable, j’en aurais pleuré.

– Comment avez-vous choisi les voix de vos petites bêtes?

– Loulou le pou a la voix de Kev Adams et Huguette la guêpe celle de Virginie Efira. D’autres acteurs de studio ont participé au film, en nous envoyant une dizaine de voix pour chaque rôle. À l’écoute, l’une d’elles s’impose comme une évidence. C’est un choix tout à fait arbitraire, une idée que l’on se fait d’un personnage.

– La sortie de votre film est très remarquée en librairie.

– Suite à un accord passé entre le producteur du film et mon éditrice, chez Gallimard Jeunesse, nous avons effectivement sorti une dizaine de livres qui sont dans les bacs des libraires depuis fin novembre déjà. Les retours sont plutôt bons!

– Quels sont vos projets pour l’immédiat?

– Une grosse envie de me reposer! Mais j’ai très envie de recommencer un film, j’ai des idées plein les tiroirs, et dans la tête aussi.


Une grande aventure dans un monde miniature

C’est avant tout l’histoire d’un jardin qui est le royaume des abeilles et des petites bêtes. Il y a celles du jour, les mielleux, et celles de la nuit, les nuisibles. Arrive Apollon le grillon, jeune saltimbanque en quête d’une ruche qui puisse le nourrir. Par l’entremise d’Huguette, la méchante guêpe, il rencontrera la reine Marguerite, qui vit recluse dans la ruche dont elle s’échappe, parfois, la nuit. Cette rencontre va devenir un piège tendu par Huguette, qui n’a qu’un rêve: s’emparer de la couronne. Et elle va presque y parvenir! Dans ce film qui séduira les petits dès 3 ans, tout en captivant les plus grands, les gentils le sont vraiment, les méchants aussi. Or il n’y a rien de bêtifiant là-dedans. Ce long-métrage, plein d’humour, de joie, de douceur, avec un brin de noirceur, sait varier les rythmes et les atmosphères, soutenu en cela par une belle partition musicale. Pour ne rien gâcher, les images sont vraiment splendides. C’est donc une réussite! F.NY

«Drôles de petites bêtes», en salle dès le 13 décembre

(TDG)

Créé: 12.12.2017, 20h43

Marguerite, la jeune et jolie reine de la ruche, se prend parfois à rêver d’ailleurs…

Apollon le grillon, le saltimbanque en quête de ruche.

Loulou le pou est un fidèle au service de Sa Majesté, et son plus proche confident.

Huguette la guêpe, une rusée qui veut s’emparer du trône.

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