Dolan carbure à Cannes

Festival de Cannes Film le plus attendu de la compétition, «Juste la fin du monde» devrait se retrouver au palmarès. Mais peut-être pas pour la Palme.

Xavier Dolan (à droite) pose avec deux des actrices de son film, Léa Seydoux (à gauche) et Marion Cotillard (au centre).

Xavier Dolan (à droite) pose avec deux des actrices de son film, Léa Seydoux (à gauche) et Marion Cotillard (au centre). Image: REUTERS/ERIC GAILLARD

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Juste la fin du monde. Et la possibilité d’une Palme. C’est en tout cas ce qu’espère Xavier Dolan, l’un des benjamins de la compétition et surtout le chouchou de la Croisette depuis ses débuts dans le cinéma. Hier, il n’hésitait pas à déclarer que Juste la fin du monde était son meilleur film.

Vu la réaction de certains à l’issue de la première projection de presse, il n’est pas le seul à le penser. Sans pour autant faire l’unanimité. Adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce montée pour la première fois il y a une quinzaine d’années à Montréal, Juste la fin du monde n’avait été vu par personne avant le festival. Tout cela afin de situer l’état de surexcitation qui précédait une projo presse qui laissa sur le carreau bon nombre de badgés frustrés.

Le parti pris de Dolan est particulièrement radical. Pour filmer cette pièce évoquant le sida et le destin d’un jeune homme de retour dans son village natal pour annoncer à sa famille qu’il va bientôt devoir la quitter pour toujours, provoquant un cataclysme au sein de cette assemblée, Dolan accentue la théâtralité de l’affaire.

Symphonie de gros plans

Juste la fin du monde est ainsi presque uniquement composé de gros plans, isolant en somme chacun des caractères dans un cadre serré et étouffant. Ces caractères, ce sont presque tous des stars. Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard composent un casting quatre étoiles que Dolan a pu se payer grâce au succès de ses précédents opus, qui en ont fait un auteur à la fois incontournable et trendy.

Ambitieux par son générique, Juste la fin du monde l’est aussi dans son propos, qui tend à une universalité sans doute précoce pour un jeune cinéaste de 27 ans qui semble vouloir tout dire, tout démontrer et tout dévorer sans attendre. Le style s’en veut l’illustration. Cette symphonie de gros plans, esthétiquement séduisante, comporte quelques fulgurances que la musique de Gabriel Yared vient souligner à grand renfort mélodique, augurant d’une musicalité déjà à l’œuvre dans d’autres films du Canadien, comme Les amours imaginaires ou Laurence Anyways. Tout cela suffit-il? Formellement, oui. Au niveau du récit, un peu moins. Le travail sur les visages et les voix provoque une mise à distance que le déroulé de l’histoire n’atténue pas. L’état de tension permanente dans lequel flottent les personnages se nimbe du coup d’une certaine artificialité, le film cherchant visiblement autant à épater son public qu’à ratisser plus large, quitte à perdre un peu de ce supplément d’âme qui parfois pèse dans la balance. Reste pour Dolan l’impact d’une montée en puissance dont Cannes témoigne depuis 2009.

Cette année-là, J’ai tué ma mère triompha à la Quinzaine des réalisateurs et révéla un jeune prodige dont on ne savait rien. Son film suivant, Les amours imaginaires, se retrouva logiquement en sélection officielle en 2010, mais relégué dans la section parallèle «Un certain regard». Un rien vexé, Xavier Dolan compta alors sur son troisième opus, Laurence Anyways, en 2012, pour briguer la compétition. Las! Thierry Frémaux le «casa» à nouveau à «Un certain regard». Le réalisateur ne fut pas content et le fit savoir. Jusqu’à donner son quatrième long-métrage, Tom à la ferme, à la Mostra de Venise, en 2013. Stratégie payante (si tant est que c’en fut une), puisque Mommy se retrouva cette fois en compétition à Cannes en 2014. Et créa la sensation sur la Croisette cette année-là. Favori pour la Palme d’or, le film se fit pourtant coiffer au poteau par Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan.

Festivaliers en larmes

Lors de la cérémonie de clôture, Dolan, prix du jury ex aequo avec Godard, remercia les jurés comme s’il avait décroché le Graal. Qu’en sera-t-il cette année? Xavier Dolan jouera-t-il les trouble-fête, délogeant l’ultrafavorite Maren Ade, que tout le monde donne gagnante avec son génial Toni Erdmann Rien ne l’exclut. On a croisé des festivaliers en larmes à l’issue de Juste la fin du monde. D’autres s’étonner que le film ne soit pas raté. D’autres affirmer que Dolan faisait trop de chichis dans sa mise en scène. Réponse dans trois jours.

Créé: 19.05.2016, 17h54

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