Dany Boon rugit au box-office

CinémaLe comédien fait face à Philippe Katerine dans «Le lion», qui est à l’affiche depuis mercredi.

Dany Boon dans «Le lion»: «Le scénario, c’est ma seule exigence.»

Dany Boon dans «Le lion»: «Le scénario, c’est ma seule exigence.» Image: DR

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Champion incontestable du box-office français, sur lequel il règne depuis que les ch’tis ont cassé la baraque il y a une douzaine d’années, Dany Boon aime parfois aussi relever de nouveaux défis. Dans «Le lion», à l’affiche depuis mercredi, il se trouve en binôme avec un Philippe Katerine que personne n’attendait dans ce rôle, mais qui est devenu «bankable» depuis le succès du «Grand bain». L’un est psychiatre, l’autre juste son patient, mais les deux sont un peu borderline, et tel est le propos de ce «Lion» qui, à défaut de battre la campagne, divise la critique. Surprenant pour les uns, totalement raté pour les autres, ce film mêlant action (aventure) et comédie débute sur un rythme trépidant avant de s’enliser un peu. Cascades et dépaysements exotiques suppléent parfois l’humour dans une production survoltée construite non pas sur un acteur, mais sur un tandem a priori aussi peu compatible que celui que Lino Ventura et Jacques Brel formaient jadis dans «L’emmerdeur». Dany Boon est passé récemment à Genève pour en parler et nous l’avons croisé.

Avec «Le lion», on sent comme une envie de bifurquer vers le cinéma d’action, ou du moins de le mélanger davantage à la comédie. Que pouvez-vous en dire?

Que c’est l’histoire, donc le scénario, qui me fait décider. Je trouve important qu’il y ait du réalisme dans ce qu’on raconte. Dans le cas contraire, le public se pose des questions et ne suit pas. Alors la difficulté, c’est qu’il y a une préparation physique. C’était le cas dans «Le lion». J’ai fait le maximum pour me préparer au tournage, et j’ai quand même réussi à me blesser plusieurs fois. Ce qui fait un peu partie du contrat, je le concède.

Comment s’est passée la rencontre avec Philippe Katerine, avec lequel vous formez un binôme particulièrement inattendu?

D’abord, j’étais très heureux de le découvrir et de le rencontrer, ce qui n’était jamais arrivé. Au final, ce fut extrêmement idyllique entre nous. Il n’y a jamais eu d’appréhension de notre part. Tous deux, nous avons trouvé l’idée formidable, d’abord parce qu’elle nous permettait, à l’un comme à l’autre, de ne pas rester dans nos zones de confort.

Et l’un n’était pas non plus le faire-valoir de l’autre?

Non, surtout pas. Chacun était ici pour de bonnes raisons. Nous n’avons jamais essayé de tirer la couverture à soi, ni lui ni moi. Cela étant, il n’y a pas de faire-valoir dans mes films.

Et les castings de vos films sont toujours conçus au début du processus de production?

Oh, non. Sur «Raid dingue», par exemple, Alice Pol est venue bien après tout le monde. A priori, son rôle devait être tenu par un homme. Mais l’histoire devenait plus forte avec un personnage féminin. J’ai dû réécrire un peu pour que cela colle, mais le résultat était tout à coup plus solide, plus convaincant.

Comment vous préparez-vous juste avant de tourner?

Je fais des échauffements physiques. Des pompes pour me tendre les muscles. Après, j’ai besoin de concentration afin de pouvoir me livrer. Pour cela, j’ai besoin du côté protecteur des tournages.

Dans un film comme «Le lion», intervenez-vous, à un stade ou un autre, sur la production?

Aucunement. Nous avons juste un peu travaillé les dialogues. Et je donne volontiers des conseils lorsqu’on m’en demande. En général, je fais tout pour que les gens soient à l’aise sur mes plateaux, que la pression soit minimale. C’est même une obsession pour moi. Dans le cas contraire, c’est moi qui suis gêné. Mais bizarrement, quand je démarre un tournage, j’ai toujours un peu le trac. Puis, dès que le travail s’installe, l’appréhension disparaît. Pour mieux revenir au montage, du moins pour les films que je réalise. Surtout quand je découvre le bout à bout. À ce stade du film, je fais d’ailleurs quelques projections tests avec des publics pris au hasard. Grâce à ces séances, je sais immédiatement si la mayonnaise prend ou pas. On ne peut tromper personne avec le rire.

Aujourd’hui, quelles sont vos exigences en termes de rôle?

Ce que raconte l’histoire, le scénario. C’est ma seule exigence. Après, on peut toujours détruire un bon scénario. En revanche, on ne peut pas réussir un film si le script est mauvais au départ.

Les César vont avoir lieu bientôt. Comme chaque année, les comédies en sont presque totalement absentes. Quel est votre avis sur cette cérémonie?

Les comédies y sont quand même représentées (ndlr: cet entretien a été réalisé avant l’annonce des nominations pour les César 2020), du moins au premier tour. Il est important que tous les cinémas soient honorés. En même temps, les comédies n’ont pas vraiment besoin de récompenses. Pour le reste, les César permettent de se rappeler que techniciens et acteurs font le même métier.

Rêvez-vous d’une carrière outre-Atlantique?

Je rêve de rencontrer d’autres artistes, d’échanger, de voir d’autres histoires. Mais d’une carrière, non. J’admire énormément de monde aux États-Unis, mais je ne me compare pas.

De «La maison du bonheur» à «La ch’tite famille», en passant par «Bienvenue chez les ch’tis», «Rien à déclarer», «Supercondriaque» et «Raid dingue», vous avez réalisé six films.

Oui, et il arrive même qu’on me demande de remplacer quelqu’un d’autre sur un tournage. Sinon, j’ai beaucoup de projets dans les tiroirs. Surtout des drames. Mais on ne m’attend pas dans ce genre de films.


L’acteur vu par son réalisateur

Pour mettre en boîte ce «Lion», il fallait un réalisateur qui soit très technicien de formation, ne serait-ce qu’en raison des cascades et des nombreuses scènes d’action qui ponctuent les interventions des deux acteurs. Clairement, Dany Boon ne pouvait pas, cette fois, se charger de la réalisation.

C’est donc Ludovic Colbeau-Justin qu’on retrouve à la tête du métrage. Son nom n’est absolument pas connu, mais on sait qu’il a précédemment réalisé un film, des téléfilms, dont un avec Jenifer, et des épisodes de séries. Et surtout qu’il a été directeur de la photographie, notamment chez EuropaCorp, la société de Luc Besson.

«Lorsque Dany Boon a reçu le scénario, raconte-t-il, il n’a pas tardé à réagir. Deux jours plus tard, il a accepté le rôle. Puis je lui ai parlé de Philippe Katerine, et son agent m’a donné le feu vert. Dany Boon ne comprenait pas toujours pourquoi on l’emmenait sur des scènes aussi physiques. Pour les deux comédiens, le défi du film n’était pas ailleurs. Katerine n’avait jamais fait d’hélicoptère. Et il a fini par se faire mal en roulant à vélo. Dany Boon, qui a la réputation d’être gentil et généreux, a été fidèle à lui-même.»

La difficulté a pourtant surgi d’ailleurs. «Les gens ne le savent pas forcément, mais Katerine fait partie des acteurs qui sont bons à la première prise. Il n’est pas du tout technicien et joue de manière instinctive. Dany Boon, c’est l’inverse, il a besoin de plusieurs prises pour arriver à ce qu’il veut. Sur ce plan, c’est un technicien accompli. Et c’est souvent comme ça avec les comédiens qui font de la scène.»

«Le Lion», Ludovic Colbeau-Justin l’a appréhendé comme une grosse machine. «Il y avait en moyenne 150 personnes en permanence à la cantine, des imprévus en cascade et des décisions à prendre dans la minute. J’ai appris à décider très vite en travaillant sur les documentaires de Serge Moati. Je viens moi-même de l’école du documentaire, des news et du film institutionnel.» Et c’est bien connu, le docu mène à tout.

Créé: 01.02.2020, 16h21

Bio express

1966 C’est cette année-là que Daniel Faid Hamidou choisit de naître, à Armentières, ville qu’avait chantée Line Renaud, l’une des futures héroïnes des ch’tis. Il est issu d’une famille modeste et ouvrière du Nord, mais c’est en Belgique qu’il ira étudier les arts graphiques. Nous sommes encore bien loin du cinéma.

2008 Dany Boon, qui s’est fait un nom sur scène puis dans les films depuis quelques années, réalise, après un premier long-métrage passé inaperçu («La maison du bonheur»), «Bienvenue chez les ch’tis». Son succès vire rapidement au phénomène. Au box-office national, il totalise 20489303 entrées, ce qui en fait le film français le plus vu de l’Hexagone de tous les temps, dépassant «La Grande Vadrouille», jusqu’alors indétrônable. En 2009, il est même nominé au César du meilleur scénario original, ce qui est rarissime pour une comédie commerciale.

2013 Devenu l’acteur le plus demandé du cinéma français, il continue d’attirer les foules chaque fois qu’il apparaît dans un film. Même sa voix est connue. Fin 2013, il participe au doublage du Disney de Noël, «La Reine des neiges». Un carton à nouveau.

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