«Ne croyez surtout pas que je hurle», un journal intime au cœur du cinéma

CinémaCe film est un «exutoire sans frustration et regard global sur le cinéma et son histoire» aux yeux de notre critique Pascal Gavillet.

Un film fait de centaines d’extraits de films.

Un film fait de centaines d’extraits de films. Image: DR

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C’est l’un des projets les plus fous de la saison 2018-2019. Suite à une rupture avec son copain, Frank Beauvais, en lieu et place de dépression, choisit de s’enfermer dans l’appartement du petit village d’Alsace où il avait emménagé. Et d’y visionner des films. Des kilomètres de films. Quatre ou cinq par jour. Peut-être davantage. Cette boulimie devient la matrice de l’œuvre. Frank y déverse sa logorrhée, son journal intime, inépuisable suite de phrases qu’on voudrait retenir et qui résonnent avec ce torrent d’extraits qui deviennent le cœur du métrage. La démarche est totale. «Ne croyez surtout pas que je hurle», film exutoire sans frustration, œuvre somme a priori sans fin, regard global sur le cinéma et son histoire, parcourt à la fois l’histoire d’un art et le plus intime des discours à la première personne, ce «je» qui ici nous envahit, nous dépasse, nous sidère.

Face au film de Frank Beauvais, qui a parcouru les festivals toute l’année précédente, après une première en février 2019 à Berlin, le discours critique montre ses limites. Notre cinéphilie (cinéphagie pour certains), nous pousse d’abord à vouloir identifier les extraits, parfois très courts, qui se juxtaposent et courent les uns après les autres dans un désordre puissamment organisé. Mais cette soif de reconnaissance est vaine. D’abord parce que chaque segment disparaît au profit de ceux qui le suivent. Et ensuite parce que le commentaire qui les accompagne, sans chercher l’harmonie ou la logique, crée un nouveau syntagme susceptible d’infléchir le sens des images. Mots et photogrammes, témoins d’une période charnière dans la vie de son auteur, qui a consommé ainsi de la «pellicule» en 2016, entre janvier et octobre.

Comportement compulsif qu’il raconte tout en se mettant à nu, jusqu’au vertige, jusqu’à la nausée. Cet exercice de haut vol n’appartient à aucun genre préétabli. À la fois documentaire, journal intime, opus politique, cri de guerre et d’effroi, œuvre littéraire, essai linguistique, litanie sans fin qu’une seule vision ne suffira pas à parcourir (laissez-vous porter par le texte, tentez de le retenir, cherchez-en des extraits ici ou là), «Ne croyez surtout pas que je hurle» est un film qui revient de loin. Sa sortie en Suisse était d’ailleurs incertaine, comme elle peut l’être pour bon nombre de films d’auteur. Heureusement, le Spoutnik sauve une fois de plus l’honneur en le programmant dans sa grille de rentrée 2020. Frank Beauvais sera d’ailleurs là dimanche pour en parler. Notez que la séance prévue dimanche 12 janvier à 17h est repoussée à 18h30. Le film est programmé jusqu’au 16 janvier, et il ne faut absolument pas le rater.


Cinéma Spoutnik, dimanche 12 janvier à 18h30

Créé: 10.01.2020, 23h07

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