Cronenberg: «Ma carrière n’a jamais été linéaire»

CinémaLe réalisateur canadien, 76 ans, est venu jeudi au GIFF présenter la restauration 4k de «Crash».

David Cronenberg n’est pas enthousiasmé par les productions hollywoodiennes actuelles.

David Cronenberg n’est pas enthousiasmé par les productions hollywoodiennes actuelles. Image: RICHARD DUMAS/VU

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Faire venir Cronenberg à Genève, au GIFF, n’a pas dû être facile. «C’était un concours de circonstances qui a bien joué en notre faveur, concède le directeur du festival, Emmanuel Cuénod. D’abord via le producteur Michel Merkt. De plus, son scénariste, Bruce Wagner, est dans le jury des longs-métrages. Tout comme sa fille, Caitlin Cronenberg. Tous ces facteurs ont convergé pour nous permettre de l’inviter et faire en sorte qu’il accepte.» Jeudi matin, nous avons pu nous entretenir un moment avec l’auteur de «Crash», qui a présenté le soir au festival la copie restaurée en 4k de son film.

Comment s’est passée la restauration 4k de «Crash»?

Déjà, ce n’est pas moi qui ai souhaité le restaurer. C’est le producteur du film, Jeremy Thomas, qui l’a décidé. Afin que «Crash» ait une nouvelle vie. J’étais très heureux de ce choix, le chef opérateur (ndlr: Peter Suschitzky) également. Mais il n’y avait plus de négatifs 35 mm disponibles. À part ça, restaurer son propre film, c’est une sensation étrange. Chaque jour, je pouvais visionner une nouvelle séquence, même à distance. Et le plus fou, c’est qu’à la Mostra de Venise, où cette version 4k a été dévoilée, le public était très différent de celui de Cannes en 1996, qui avait plutôt mal accueilli le film. Cette fois, il y avait des jeunes, par dizaines.

Vous rappelez-vous du tournage?

Oui, il était incroyablement difficile. Surtout les séquences d’accident, très dures. On a utilisé des dizaines de voitures pour arriver à les tourner.

Vos obsessions pour le(s) corps, la sexualité, la difformité sont-elles toujours d’actualité?

Je ne raisonne pas en termes d’obsessions. Ce sont là des conditions inhérentes à nos vies d’hommes. Nous sommes d’abord un corps, un physique. Je ne crois pas en l’au-delà. Le corps, c’est la seule chose que nous possédons. Toutes les neurologies en découlent.

Votre dernier film, «Maps to the Stars», remonte à 2014. À quand le prochain?

J’ai plusieurs projets, mais je ne sais pas quand je les réaliserai. Deux de mes scripts ont un producteur, pour l’instant. On verra ce qui en sort, je ne peux pas en dire plus. Il y a aussi la possibilité d’une série tirée de mon roman, «Consumés» (ndlr: paru chez Gallimard en 2016).

Pour beaucoup de cinéphiles, et en particulier les jeunes, vous êtes une sorte de dieu. Qu’est-ce que cela vous inspire?

De la douceur. J’ai des enfants, des petits-enfants. Et je ne ressens pas ce qu’on appelle l’écart entre les générations. Je pense que ce fossé est utopique.

Revoyez-vous souvent vos premiers films?

Jamais. Ni les premiers ni les derniers. Sauf si je dois travailler dessus, comme avec «Crash». Mais c’est une révision purement technique. Sinon, je suis heureux de les avoir faits en leur temps. Et je préfère largement voir les films des autres.

Vous avez plusieurs fois travaillé avec des stars. Est-ce plus facile pour monter un projet?

Oui, mais en même temps, les stars font monter les budgets. Donc dans tous les cas, c’est difficile. Et dans tous les cas, on a besoin de comédiens pour faire des films. Il faut juste trouver les bons. À l’époque des grands studios, c’était totalement différent. Ils avaient les stars sous contrat. Elles leur appartenaient.

Que pensez-vous de Hollywood aujourd’hui?

Je ne suis qu’un observateur lointain, je n’ai rien à y faire. Je vois que ça n’a guère changé, au fond. La production est un peu dominée par Marvel et par toutes ces suites de blockbusters. C’est une industrie plus qu’un art. Ce que Scorsese a récemment déclaré est assez vrai (ndlr: il a déclaré que les films Marvel ne sont pas du cinéma). Je ne peux pas regarder les films sur téléphone portable ou iPad. À part ça, je crains qu’il soit de plus en plus dur de faire un film indépendant en toute liberté. Scorsese, pour le citer à nouveau, aurait aimé que son film soit destiné au circuit des salles. Mais il a dû faire des compromis. Et n’a sans doute trouvé que Netflix pour le produire (ndlr: par dérogation spéciale, «The Irishman» sortira bien en salles à Genève le 15 novembre, quinze jours avant sa diffusion sur Netflix).

Le GIFF, où vous venez présenter «Crash» dans sa restauration 4k, possède une importante section dédiée à la VR (réalité virtuelle). Est-ce quelque chose qui vous attire?

Pas tant que ça. Chaque fois que j’en ai expérimenté, j’ai eu le mal de mer. C’est supposer augmenter la réalité, mais ça nous ramène au contraire à quelque chose de très physique et de peu confortable. Je trouve que c’est un vrai problème. J’attends de voir si les choses changeront un peu avec les hologrammes. Il n’y aura plus ces casques lourds qui pèsent sur le visage.

Comment avez-vous évolué au fil des années? On a l’impression que certains de vos films marquent un tournant dans votre carrière.

Mais pas vraiment. Un film comme «Dead Ringers», qui avait été salué par la critique internationale en 1988, j’ai mis dix ans à le faire. Ma carrière n’a jamais été linéaire.

Vous n’avez pas un film que vous préférez aux autres?

Non, pas de favori. C’est comme les enfants, je n’en préfère aucun aux autres. Chacun a sa personnalité. À Venise, on m’a demandé si je voudrais restaurer un autre film. Et j’ai répondu «M. Butterfly». Qui est à la fois mon film le plus cher et l’un de ceux qui ont été le moins vus. Mais je ne suis pas sûr qu’il nécessite une restauration.

Quels films aimez-vous regarder?

Parfois des films d’horreur. J’ai adoré «Grave» de Julia Ducournau. Et récemment, j’ai découvert «Revenge», un thriller qui a été réalisé par une Française dont je ne sais plus le nom. Attendez (ndlr: il consulte son portable). Voilà! Coraline Fargeat.

Créé: 09.11.2019, 11h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les 30 ans du mur de Berlin
Plus...