«Les Crevettes pailletées», gros splash émouvant

CinémaCédric Le Gallo et Maxime Gorave décortiquent l’homophobie avec humour

«Les Crevettes pailletées», une comédie «gay-friendly» qui réussit à éviter les clichés.

«Les Crevettes pailletées», une comédie «gay-friendly» qui réussit à éviter les clichés. Image: DR

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Samedi dernier, le supplément hebdomadaire de «L’Équipe» consacrait un dossier et sa une aux «Crevettes pailletées», montrant deux joueurs de water-polo en train de s’embrasser. Réaction outrée d’un kiosquier parisien qui a refusé de déballer les journaux et de les vendre, se déclarant ouvertement homophobe. Notamment rapporté par Maxime Govare, l’un des deux réalisateurs des «Crevettes pailletées», l’incident a fait le tour du web jusqu’à faire l’objet d’une enquête administrative. Le kiosquier a été suspendu et devait être entendu hier mardi. L’affaire, qui rappelle la polémique essuyée par «France football» il y a quelques semaines avec son dessin de une montrant Messi et Ronaldo en train de se galocher, en dit malheureusement long sur l’homophobie galopante sclérosant la société actuelle.

Alternative à la haine

La sortie ce mercredi des «Crevettes pailletées» n’y changera rien, certes, mais propose une saine alternative à la haine ambiante à travers une comédie à la fois décontractée et intelligente, ce qui n’est pas si courant. Tirée d’une histoire concernant directement Cédric Le Gallo, lui-même membre des «Shiny Shrimps», alias les «Crevettes pailletées», le film raconte l’odyssée de cette équipe de water-polo gay qui va tenter de se qualifier pour les Gay Games en Croatie, et cela grâce à un coach bien hétéro contraint d’accepter cette mission à la suite d’un dérapage homophobe.

Voilà le cadre posé. À l’intérieur de celui-ci, on retrouve la logique d’une comédie de groupe, avec ses situations extrêmes et ses personnages hauts en couleur. Loin d’emprunter les sentiers battus, le film compose avec un type de récit initiatique dont il s’amuse à déjouer les plus prévisibles des jalons. En clair, le film ne nous entraîne pas tout à fait là où on pense foncer, et c’est tant mieux. Il surgit par ailleurs dans le sillage de comédies gay ou LGBT susceptibles de normaliser un thème qui non seulement continue à faire débat mais qui en plus fait davantage l’objet de films sérieux et graves que de comédies débridées.

Si on peut remonter très loin dans l’histoire du cinéma pour en trouver des exemples - il y en a dans le comique troupier des années 30, dans des chansons de Fernandel («On dit qu’il en est»), ou dans un classique fondateur comme «Viktor und Viktoria» de Reinhold Schünzel, comédie inversant les sexes dans un savoureux jeu d’identité qui eut d’ailleurs un succès considérable, au point de générer doubles versions et un remake -, notons qu’ils vont un peu tous dans la même direction. Et que la représentation de l’homosexuel, qui ne s’appelait pas encore gay, se doit d’être caricaturale, outrée, et forcément très efféminée.

Les comédies sur le genre ne brisent généralement pas cette image. Un film comme «La cage aux folles» d’Édouard Molinaro, avec Michel Serrault et Ugo Tognazzi, l’entretiendra d’ailleurs pour de longues décennies avec ses suites et ses ersatz («Le trou aux folles») plus ou moins bienvenus. Le thème du travestissement est par ailleurs souvent central dans ces films. Depuis «Certains l’aiment chaud» de Billy Wilder, dans lequel Jack Lemmon et Tony Curtis sont obligés de se déguiser en femmes pour obtenir un emploi dans un orchestre, la comédie aime inclure ce thème lorsqu’il s’agit d’évoquer des ambiguïtés sexuelles.

La référence «Priscilla»

Les années 90 changeront la donne, voyant apparaître des personnages de drag-queen en phase avec l’air du temps, exemple dans le bien nommé «Priscilla, folle du désert» de Stephan Elliott, souvent cité comme film référence dans un domaine où le rire tend désormais à s’accompagner de larmes, et donc à virer au drame. Quelque part, et il faut le préciser, «Les Crevettes pailletées» crée un précédent. Composant avec une réalité dont il s’inspire, décalque (en mieux, bien sûr) d’un «Grand bain» hétéronormé, le film oppose des contraires avec une justesse qui n’a rien de militante. Même s’il semble nous avertir qu’à présent, il serait peut-être bon que les temps changent.

Créé: 07.05.2019, 17h44

La critique

La surprise de la saison

L’incident qui a eu lieu samedi à Paris (lire ci-contre) est presque en soi le teaser du film. Jugez plutôt: Matthias Le Goff, ex-champion de natation, hétéro beauf bien dans ses baskets, tient des propos homophobes à la télé. Ce qui lui vaut un rappel à l’ordre de sa fédération. Qui va le «punir» en le contraignant à entraîner une équipe de water-polo gay. Pour lui, c’est un cauchemar. Immergé au sein d’une bande de mâles qui ne pense qu’à faire la fête et l’amour (pour rester poli), il ne met aucune bonne volonté à accomplir une mission à ses yeux pliée d’avance. Du moins jusqu’au moment où un déclic se produit et qu’il se met à éprouver une forme d’attachement envers ces garçons pour lui si différents. On est en droit de craindre les clichés dans cette comédie qui rappelle autant «Priscilla, folle du désert» que «Le grand bain». Un happy end prévisible, une conclusion prédessinée, des caricatures. Il n’en est rien. Sans craindre l’humour – et il y en a une bonne dose dans cette coréalisation colorée et dynamique –, le film évite les pièges et se termine même d’une manière inattendue. Dans le registre de la détente, du mainstream et de la bonne humeur, «Les crevettes pailletées» est clairement la bonne surprise de la saison. Drôle, émouvant et intelligent.

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