Clint Eastwood: «Je ne pense qu’à continuer»

CinémaÀ bientôt 90 ans, le réalisateur américain s’apprête à sortir un nouveau film.

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À son âge, il est toujours aussi prolifique. Clint Eastwood sort dans les prochaines semaines son nouveau film en tant que réalisateur: «Le cas Richard Jewell». D’aucuns se souviennent du nom de ce policier qui avait alerté les forces de l’ordre à la découverte d’un colis suspect dans le très fréquenté Centennial Park d’Atlanta, pendant les Jeux olympiques en 1996. Le paquet avait explosé, mais le zèle de l’homme avait sauvé de nombreuses vies. Par la suite, le héros fut accusé d’être un mythomane et de tout avoir orchestré lui-même. Il passa du statut de héros à terroriste présumé, sur la base d’hypothèses qui finirent par être invalidées, mais qui eurent le temps de ruiner sa

vie et peut-être de contribuer à sa mort, à seulement 44 ans, d’une crise cardiaque.

Clint Eastwood revient sur les lieux de l’attentat et raconte sa version de l’affaire dans ce film sorti le 13 décembre aux États-Unis et prévu le 19 février en Suisse. Pour lui, il ne fait aucun doute que Jewell (interprété par Paul Walter Hauser) est le héros le plus maltraité de l’histoire du pays. Kathy Bates joue le rôle de la mère de Richard, Bobi, Sam Rockwell l’avocat Watson Bryant, à qui Richard confie sa défense, Jon Hamm celui de l’enquêteur du FBI convaincu de sa culpabilité et Olivia Wilde la journaliste Kathy Scruggs, qui monte l’opinion publique contre Jewell.

Après «American Sniper» et «Sully», Eastwood retourne à l’histoire récente et ses héros par accident, avec un film déjà pressenti pour les Oscars. «Cela fait cinq ans que je voulais le réaliser», s’empresse-t-il de nous dire.

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette histoire?

C’est une grande tragédie américaine où quelqu’un est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis et risque la peine de mort alors qu’il est en réalité un héros. Mais il n’arrive pas à en faire la preuve. Je voulais l’appeler «La grande tragédie américaine», mais Theodore Dreiser a déjà donné ce titre à l’un de ses livres (ndlr: «An Americain Tragedy»), que George Stevens a adapté à l’écran sous le titre «Une place au soleil», avec Montgomery Clift et Elizabeth Taylor. Il m’a fallu cinq ans, parce que le film appartenait à la Fox, puis Disney a racheté la Fox et finalement, Alan Horn, le directeur de Disney, m’a dit: «Vas-y!»

Au départ, Jonah Hill devait interpréter Jewell: pourquoi avez-vous choisi Paul Walter Hauser, qui est moins connu?

Au début du projet, Jonah Hill et Leonardo DiCaprio devaient jouer les rôles de Jewell et de l’avocat, mais ils ont préféré se concentrer sur la production du film et je me suis souvenu de Hauser dans «Tonya». Du pur génie. Et il y a une ressemblance incroyable entre Hauser et Jewell, il était parfait pour le rôle. J’ai toujours dit que dans un film, la distribution est l’élément le plus important, c’est quelque chose d’instinctif. Tout est plus facile quand on a la bonne distribution.

Les médias ont contribué aux malheurs de Jewell: vous pensez que le film parle également de «fake news» telles que nous les connaissons aujourd’hui?

Il arrive souvent à la presse de tirer des conclusions faciles et de semer le doute au sein de l’opinion publique. La course au scoop et aux gros titres fait des victimes innocentes. J’ai grandi dans le culte du FBI, mais je dois reconnaître que ces dernières années, il s’est fourvoyé en divulguant à la presse des informations erronées. Jewell en a fait les frais. On a vu ce qui peut se produire quand on ne fait pas attention, les conséquences sont effrayantes. Le résultat, c’est une société hors de contrôle.

Que pensez-vous du président Trump?

Le bon, la brute et le truand. Voilà l’observation que je peux en faire (il rit). Chaque jour est une surprise, tout peut arriver. On peut être d’accord avec Trump sur certaines choses, et sur d’autres non. Mais c’est la même chose pour tous les politiques, de Bush à Obama, ils font tous des choses intelligentes et stupides. Je ne me sens proche d’aucun parti.

Vous fêterez vos 90 ans en mai…

Inutile de me le rappeler! À votre âge, je ne pensais pas qu’un jour ce serait la fin. Aujourd’hui, je ne pense qu’à continuer, je regarde derrière moi et je me demande comment j’ai pu échapper à l’hospice jusqu’ici! J’ai la chance d’avoir hérité des gènes de mon grand-père. Et je continue à faire de mon mieux.

Vous voudriez continuer à faire un film par an, comme vous l’avez pratiquement fait ces dix dernières années?

Oui, il y a plusieurs choses qui m’intéressent, mais je n’ai encore rien décidé. J’aime ce film et je me suis amusé à regarder jouer Paul, Sam, Olivia et Kathy. Il n’y a rien de mieux après avoir moi-même joué pendant si longtemps. C’est pour cela que je suis devenu réalisateur, quand je n’ai plus envie de me voir à l’écran, je peux regarder les autres et m’assurer qu’ils joueront correctement.

Comment décririez-vous l’évolution d’Hollywood? Que pensez-vous du streaming?

Je suis de la vieille école, ces choses-là sont trop modernes pour moi. Streaming et screaming (ndlr: «hurler» en français) sont trop proches. Je finirai par m’y faire, mais ce n’est pas facile pour moi. Je poursuis ma route: ça a été une belle chevauchée et je continuerai à monter mon cheval de contes (il rit).

Dans «Il était une fois… à Hollywood», Tarantino fait clairement référence à vous et aux films que vous avez tournés en Italie, les westerns spaghettis avec Sergio Leone.

Je n’ai pas vu le film, mais on m’a dit que le personnage de DiCaprio est un peu comme moi, il va en Italie pour faire un film. J’aime bien l’idée, ça a été un moment très important qui a changé ma vie.

Créé: 16.01.2020, 21h04

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